Société

Colloque de l’UOIF : rappel de la loi et perspectives européennes

Rédigé par Pauline Compan | Lundi 11 Avril 2011 à 15:25

Islam et Europe. Islam et laïcité. Ces thèmes forts étaient l’objet du colloque organisé à l’initiative de l’UOIF, le 31 mars. L’organisation a pu réunir des intervenants reconnus pour un débat stimulant. Peut-être le pouvoir politique aurait-il intérêt à s’inspirer de ces initiatives lorsqu’il décide de s’emparer de ces questions et d’en débattre...



De gauche à droite : Nasser Suleiman-Gabryel, Dounia Bouzar, Galeb Benchik, Jean Baubérot.
L’UOIF organisait jeudi 31 mars un grand colloque sur le thème : « Islam européen et enracinement national ». Les intervenants étaient prestigieux : Dounia Bouzar, Jean Baubérot, Franck Frégosi, Tariq Ramadan. Le thème, lui, avait été choisi de longue date. Il apparaissait pourtant comme central à l’heure où l’UMP débat d’Islam et de laïcité.

Islam et Europe sont déjà liés

L’Europe porte en son sein l’Islam. Rappeler l’histoire et les racines peut s’avérer utile sur un tel thème. « L’histoire de l’Islam dans les sociétés européennes doit être revisitée, de la présence anglaise en Égypte à la présence française en Algérie », explique Franck Frégosi membre de l’Observatoire du religieux et auteur du livre « Penser l’Islam dans la laïcité ».

Mais la colonisation n’est pas le seul lien entre Islam et l’Europe. La présence arabe en Andalousie est évidemment un exemple célèbre. Mais comme le rappelle Tariq Ramadan « l’Est de l’Europe à une forte présence musulmane ». « Cet aspect est souvent oublié car on pense que l’avance économique (ici de l’Europe de l’Ouest) induit une avance intellectuelle. Or, l’Islam de l’Est de l’Europe est très productif et dynamique. »

Pour l’islamologue suisse, « au niveau du droit, il est acquis que l’Islam fait parti de l’Europe mais c’est maintenant les perceptions qui bloquent ». « Le discours dominant dans les associations culturelles musulmanes européennes est que la loi du pays est leur loi. Il faut juste respecter la loi. » Une affirmation qui fait écho en France à la loi de 1905 dont la majorité des musulmans demandent simplement l’application.

En France aussi, il faut appliquer les lois

« Dès qu’il s’agit d’islam, tout le monde s’assoit sur la loi. » Dounia Bouzar, anthropologue du fait religieux, a voulu travailler sur les codes de loi pour revenir aux sources du droit. Elle réalise aussi un travail de terrain, dans les entreprises, pour identifier les problèmes liés aux faits religieux dans le monde du travail et tenter de trouver des solutions.

« Le travail de Dounia sur le terrain est irremplaçable », selon Jean Baubérot, sociologue et auteur (avec Micheline Milot) du livre « Laïcités sans frontières ». M. Baubérot rappelle, pour sa part, que le radicalisme et le laïcisme n’ont pas triomphé dans la loi. Mais à l’heure d’aujourd’hui, ce ne serait plus le politique qui impose sa loi mais bien une société de communication de masse où des symboles montés en affaires d’Etat dictent le calendrier politique.

« Avant le politique arrivait à se projeter dans l’avenir. Il faut avoir confiance, la République n’est pas toujours en danger et sûrement pas pour quelques robes longues. Il faut redynamiser la république, c’est la meilleure réponse actuellement », conclut M. Baubérot. Les questions sur la laïcité et l’Islam doivent s’affranchir des échéances électorales et politiques.