Economie

ASIDCOM : les produits « halal » autocertifiés à boycotter

L'enquête 2009 sur les organismes de certification halal est en ligne

Rédigé par | Lundi 3 Mai 2010 à 00:38

En publiant l'enquête 2009 sur les certificateurs halal, l'Association de sensibilisation d'information et de défense du consommateur musulman (ASIDCOM) dresse un état des lieux partiel du marché du halal en France. Pour Hadj Abdelaziz Di Spigno, président de l'association, ce n'est pas à lui mais aux consommateurs musulmans de trancher le débat sur la définition du halal en boycottant les produits auxquels ils n'ont pas confiance. Il explique les finalités de cette enquête à Saphirnews.



Sur les 26 organismes de certification recensés par ASIDCOM, 10 seulement ont répondu à l'enquête.

Saphirnews : Quels constats avez-vous pu dresser de façon globale à l’issue de l’enquête menée par ASIDCOM ?

Hadj Abdelaziz Di Spigno : C’est la deuxième année que l’association mène cette enquête. Elle a le mérite de poursuivre le travail de photographie sur le champ de la certification halal. Nous constatons, comme l’an dernier, qu’il existe une multitude de définitions pour le halal. On retrouve le problème de traçabilité, de sécurité des produits dans le marché du halal et de la qualité du contrôle.
Il existe deux champs de certification, dont l’autocertification. L’association appelle clairement à boycotter les produits autocertifiés, car il pose le problème de l’indépendance. Les certificateurs ne sont pas indépendants dans leurs actes et dans la qualité de leur travail. Ils ne doivent pas être salariés de l’entreprise qu’ils contrôlent. C’est un gage d’efficacité.
Ensuite, on entre dans le cadre de la certification elle-même. Là, il existe toute une palette comme celle des couleurs : il existe une gamme étendue de définitions. On estime qu’il existe aujourd’hui au moins une cinquantaine d’organismes de certification. Nous en avons recensé cette année 26 et nous avons reçu seulement 10 réponses à nos questionnaires. L’enquête dresse un tableau de bord sur 26 organismes, sachant que nous avons dépassé le cadre franco-français. On a étendu à l’Europe car on est dans le champ de la mondialisation. Il reste encore beaucoup de travail à faire mais ce qu’on retrouve en France se retrouve ailleurs aussi, c’est-à-dire qu’il existe toujours de multiples définitions sur le sacrifice, la certification et le halal.

Vous dites dans le rapport que vous n’aviez pas vérifié l’exactitude des informations qui vous ont été fournies par les organismes. Pourquoi ? Cela ne décrédibilise-t-il pas un peu le travail ?

Non, pas du tout. Cela ne le décrédibilise pas, car c’est le premier stade de l’enquête. On a dressé une liste de questions et on a interpellé les organismes de certification. Nous pensons que ce sont déjà aux organismes et à ceux qui se revendiquent du champ de la consommation musulmane de fournir des éléments d’informations et de communiquer auprès des consommateurs.
On sait que ce document ne représente pas la totalité du champ de la certification, mais c’est une question de moyens humains et matériels qui nous empêche de poursuivre l’enquête de façon plus complète et de faire du travail de terrain et d’investigation.
On a fait un certain croisement d’informations mais la limite de notre travail, c’est aussi le manque de temps car nous sommes des bénévoles et que nous n’avons pas de subventions publiques. Nous sommes vraiment indépendants, nous sommes salariés par ailleurs et nous devons prendre des congés pour mener à bien le travail de l’association ASIDCOM. Cela va même au-delà du travail de bénévolat...

Comptez-vous alors faire des demandes de financements pour les prochaines enquêtes à venir de votre association ?

Nous y travaillons mais tout en gardant notre indépendance. On [un syndicat professionnel, selon M. Di Spigno, ndlr] nous a déjà proposé de l’argent pour prolonger l’enquête mais pas dans le sens où on l’entend. Nous ne voulons pas entrer dans la guerre commerciale des uns et des autres. Le financement ne doit pas être conditionnel pour nous.
Il appartient aussi à l’association de ne pas être instrumentalisé et au profit des uns et des autres. Notre travail est surtout axé autour de la sensibilisation, de l’information, de l’éducation et de la défense du consommateur musulman.

Mais vous ne donnez pas de nom pour aiguiller les consommateurs ?

Non, les consommateurs sont à même de mener ce travail. Nous sommes là pour les éclaircir. On fait un travail en amont et non en aval du marché. Le consommateur est à même de faire la différence entre la certification et l’autocertification. Un produit certifié se voit apposer un logo sur le produit. Quand il est simplement écrit « abattu selon le rite musulman », ce produit est autocertifié et nous demandons aux consommateurs musulmans de le boycotter.

On peut s’étonner de l’absence de la Grande Mosquée de Paris dans la liste que vous avez faite...

La Grande Mosquée de Paris apparaît dans la liste par un organisme à qui elle a confié le contrôle [la SFCVH, Société française de contrôle de viande halal, affiliée à la Grande Mosquée, ndlr] qui contrôle la viande mais il est vrai qu’elle n’a pas répondu pas à ASIDCOM et cela sans raison comme la Grande Mosquée d’Evry. Ils considèrent ainsi qu’ils n’ont pas de compte à rendre aux consommateurs musulmans. On ne juge pas leur attitude car cela leur appartient de répondre ou de ne pas répondre.
Globalement, il n’y a pas une réelle transparence, une grande volonté de communiquer et d’assumer sa responsabilité.
Pour nous, libre à chacun des organismes de certification de faire son propre cahier des charges, mais il faut que celui-ci informe les consommateurs de son contenu afin qu’ils puissent acheter en toute connaissance de cause. Le consommateur est la première victime du marché du halal, c’est l’acteur oublié.

Ne souhaitez-vous pas tout de même définir ce qu’est le halal afin d’assainir le marché ?

On ne veut pas entrer dans la guerre des définitions car le halal est devenu une étiquette commerciale. Nous souhaitons que les consommateurs possèdent les éléments techniques qui leur permettent de faire un choix. Est-ce un abattage mécanisé ou manuel ? Utilise-t-on l’électronarcose, le pistolet ou le gaz ? Si oui, à quel stade ? C’est à lui finalement de trancher le débat car il en va de sa responsabilité.

Pour télécharger l'enquête, voir plus bas




Rédactrice en chef de Saphirnews En savoir plus sur cet auteur