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Economie

World Halal Forum : « Le consommateur musulman est l’acteur oublié du halal »

Rédigé par Hanan Ben Rhouma | Vendredi 4 Décembre 2009

La 4e édition du World Halal Forum (WHF), lancé en 2006, s’est tenue pour la première fois en Europe les 17 et 18 novembre dernier. Un forum auquel a participé ASIDCOM, l’Association de sensibilisation, d'information et de défense de consommateurs musulmans, qui compte à ce jour plusieurs centaines d’adhérents. Son président, Hadj Abdelaziz Di Spigno, livre ses impressions de cet événement à Saphirnews.



À La Haye (Pays-Bas), l'entité régionale du World Halal Forum a réuni une trentaine de délégations du monde entier. Parmi les présents, le grand mufti de Bosnie-Herzégovine, Mustafa Ceric.
À La Haye (Pays-Bas), l'entité régionale du World Halal Forum a réuni une trentaine de délégations du monde entier. Parmi les présents, le grand mufti de Bosnie-Herzégovine, Mustafa Ceric.

Saphirnews : Quel bilan faites-vous à présent du World Halal Forum ? Qu’avez-vous retenu de cet événement ?

Hadj Abdelaziz Di Spigno : 31 délégations du monde entier étaient représentées au Forum de La Haye. ASIDCOM s’est fait un devoir de représenter les consommateurs musulmans de France dans cette rencontre. Un moment de fraternité où il y avait l’odeur de l’argent !
Nous retenons l’idée que le consommateur musulman doit faire partager son point de vue : celui d’être informé pour décider. Mais la France a été la risée du Forum tant sa représentation était faible, alors qu’elle est la première machine agroalimentaire d’Europe, où vit la communauté musulmane la plus nombreuse du continent.

Vous dénoncez la faible participation de la France. Qu’entendez-vous par là ? Comment expliquez-vous ce fait ?

H. A. D. S. : La France est crispée. Elle a été en retard sur l’agriculture biologique, aujourd’hui elle en paye le prix car elle est à la remorque. Au Forum, aucun grand dirigeant n’était présent alors que nous sommes un territoire de paysans, d’agro-industries, de gastronomie et de millions de musulmans ! C’est un peu triste. La France − l’État, les Grandes Mosquées, le CFCM, les industriels, les associations − a manqué un grand rendez vous.

Le WHF avait une vocation davantage économique. Les problèmes inhérents au marché du halal en Europe et à l’éthique ont-ils été abordés ? Lesquels ?

H. A. D. S. : Nous allons analyser les interventions. Il est un peu trop tôt pour un bilan mais, au cœur du Forum, il y a bien l’adéquation entre le commerce et l’éthique religieuse. Le capitalisme marchandise tout, même la religion. Cela peut être un objet de domination des peuples, mais la foi peut aussi libérer et intégrer la protection animale, celle de l’homme et de l’environnement.

Où en est-on dans la mise en place d’une norme internationale sur le halal aujourd’hui ?

H. A. D. S. : Il y a une concurrence féroce entre pays. L’initiative la plus structurée est celle de l’Alliance IHI (Alliance internationale d'intégrité du marché halal), qui vise à l’intégration de « la naissance à la mort de l’animal concerné » et dans tous les domaines de la vie, au-delà de l’alimentation.
Peut-on normaliser une éthique ? Une recommandation du Codex Alimentarius (qui admet qu’il peut exister de légères divergences d’opinions dans l’interprétation de la loi concernant les animaux dont la consommation est autorisée ou interdite et la méthode d’abattage, selon les différentes écoles de pensée islamique, ndlr) existe depuis 1997.
En somme, nous sommes d’accord pour dire que nous ne sommes pas d’accord ! Je résume ainsi la recommandation, même si elle pose des incontournables comme l’absence de porc et d’alcool. Il y a divergence sur les techniques de sacrifice et, notamment, avec l’ajout parfois de méthodes d’« étourdissement » comme l’utilisation du gaz, du pistolet ou de l’électricité.

Prête-t-on suffisamment attention aux besoins des consommateurs musulmans ?

H. A. D. S. : Aujourd’hui, le consommateur musulman est l’acteur oublié du halal. Il y a trop de tromperies sur la marchandise. Le consommateur n’achète pas en connaissance de cause. Nous savons pourquoi : parce qu’il y a des milliards de dollars en jeu. De plus, le consommateur musulman est considéré par l’industrie agroalimentaire comme l’acteur de valorisation des déchets. Certaines histoires nous montrent qu’il est parfois considéré comme en dessous de l’alimentation des chiens et des chats ! Il faut un changement radical. Le consommateur musulman est un client, alors respect !

Quels étaient les objectifs d’ASIDCOM en venant à ce forum ? Quel message souhaitiez-vous faire passer à travers votre présence ?

H. A. D. S. : Notre participation visait à faire connaître nos travaux sur le sacrifice rituel, publiés lors du Grenelle de l’animal en 2008 par le ministère de l’Alimentation, de l’Agriculture et de la Pêche, ainsi que l’enquête sur la certification halal.
Cette participation nous a aussi permis de montrer nos actions menées pour défendre le sacrifice rituel des juifs et des musulmans dans l’Union européenne à l’occasion de la modification de la Directive européenne relative à la protection de l’animal au moment de l’abattage ou de la mise à mort.
Notre message est clair : le consommateur musulman est un acteur incontournable du halal !

Quels sont désormais vos projets ? Sur quels travaux vous attelez-vous à présent ?

H. A. D. S. : ASIDCOM est une jeune association. Elle est pauvre et veut le rester car c’est un choix éthique. J’entends par pauvreté aucune subvention publique comme garantie de notre indépendance, nous obligeant ainsi à faire des choix et à éviter les gaspillages. C’est un choix qui s’appuie sur le modèle prophétique. La pauvreté nous protège de l’envie, de l’hypocrisie… c’est une grande leçon de vie. Les moyens matériels doivent exister mais le don de soi, le partage sont des valeurs humaines inestimables. Les adhérents d’ASIDCOM donnent le meilleur d’eux-mêmes sans sacrifier leur vie de famille.
Un grand proverbe africain dit que pour recevoir il faut donner ! Et nous appliquons cela au quotidien. Les consommateurs doivent s’organiser, s’éduquer, se former, se défendre, telle est la vocation d’ASIDCOM.







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