La Coordination interreligieuse pour le Grand Paris (CINPA) a organisé, lundi 18 mai, un évènement autour de la thématique des exilés à l'occasion de la Journée internationale du vivre-ensemble en paix (JIVEP) 2026. © Laurent Grzybowski
À l’occasion de la Journée internationale du vivre-ensemble en paix (JIVEP), la Coordination interconvictionnelle du Grand Paris (CINPA - Osons la fraternité) - qui rassemble 16 associations engagées en Ile-de-France pour une société plus fraternelle - a organisé lundi 18 mai une soirée d’une rare intensité humaine à Oasis 21, dans le nord de Paris. Une centaine de personnes étaient présentes sur place, une cinquantaine d’autres ayant choisi de suivre les échanges en visioconférence, signe d’un intérêt profond pour cette rencontre consacrée au thème : « Exilés, réfugiés, venus d’ailleurs : que fait-on ? »
Christine Taieb, présidente de l’Amitié judéo-musulmane de France (AJMF-Paris) et Marc Lebret, secrétaire général et cofondateur de la CINPA, ont introduit la soirée par un quiz démontant quelques idées reçues sur la présence des immigrés en France et récusant le fait qu’il existerait une vague migratoire dans notre pays. Saviez-vous par exemple qu’en France, selon l’Institut national d’étude démographiques (INED), 32% des moins de 60 ans, soit une personne sur trois, est soit immigrée, soit enfant ou petit-enfant d’immigré(s) ?
Autre résultat qui va à l’encontre des clichés : les immigrés arrivés en France sont souvent diplômés. Avant 1989, la part des diplômés représentait 29 % des personnes arrivées. Elle atteint 53 % pour celles arrivées depuis 2009. Et en moyenne, la proportion des personnes qui ont un Bac + 3 ou plus est plus élevée chez les immigrés qu’en population majoritaire, c’est-à-dire sans ascendance migratoire. C’est un « effet de sélection », les personnes émigrant en France venant fréquemment des fractions plus instruites de leur société d’origine.
Christine Taieb, présidente de l’Amitié judéo-musulmane de France (AJMF-Paris) et Marc Lebret, secrétaire général et cofondateur de la CINPA, ont introduit la soirée par un quiz démontant quelques idées reçues sur la présence des immigrés en France et récusant le fait qu’il existerait une vague migratoire dans notre pays. Saviez-vous par exemple qu’en France, selon l’Institut national d’étude démographiques (INED), 32% des moins de 60 ans, soit une personne sur trois, est soit immigrée, soit enfant ou petit-enfant d’immigré(s) ?
Autre résultat qui va à l’encontre des clichés : les immigrés arrivés en France sont souvent diplômés. Avant 1989, la part des diplômés représentait 29 % des personnes arrivées. Elle atteint 53 % pour celles arrivées depuis 2009. Et en moyenne, la proportion des personnes qui ont un Bac + 3 ou plus est plus élevée chez les immigrés qu’en population majoritaire, c’est-à-dire sans ascendance migratoire. C’est un « effet de sélection », les personnes émigrant en France venant fréquemment des fractions plus instruites de leur société d’origine.
« Le droit d’asile n’est pas une faveur, c’est un droit »
Dès l’ouverture, le ton a été donné avec l’intervention en visio de Najat Vallaud-Belkacem, présidente de France Terre d’Asile. Dans une parole à la fois claire, documentée et profondément humaine, elle a rappelé combien les migrations sont souvent instrumentalisées dans le débat public, alors qu’elles révèlent avant tout notre capacité - ou notre incapacité - à faire société. Refusant les caricatures, l’ex-ministre de l’Éducation nationale a plaidé pour une politique d’accueil fondée sur la dignité, la lucidité et la rencontre. « Les exilés ne viennent pas chez nous par convenance mais par nécessité », a-t-elle rappelé. « Ils fuient pour la plupart des pays en guerre ou des régimes dictatoriaux où la répression politique passe par des assassinats ciblés (...). Le droit d’asile n’est pas une faveur, c’est un droit fondé sur notre histoire et sur le droit international », affirme celle qui est aussi l’autrice d’un livre publié aux éditions Stock (2025) Réfugiés : ce qu’on ne nous dit pas, coécrit avec l’économiste Benjamin Michallet.
Assesseur à la Cour nationale du droit d’asile (CNDA), Jacques Augustin a ensuite donné son témoignage comme juge dans cette juridiction de recours pour les exilés déboutés par l’Office français de protection des réfugiés et apatrides (OFPRA). Fort de son expérience, celui-ci a expliqué que le statut de réfugié pouvait être accordé à des personnes poursuivies du fait de leur orientation sexuelle, de leur religion ou de leur appartenance à un groupe ethnique. Citant le cas d’une jeune Afghane accusée dans son pays de s’être « occidentalisée », Jacques Augustin a aussi rappelé que les personnes qui présentent le risque d’être soumis à la peine de mort, à la torture ou à des peines dégradantes, peuvent bénéficier pour leur part d’une protection dite « subsidiaire » (carte de séjour d’une durée maximale de quatre ans).
Assesseur à la Cour nationale du droit d’asile (CNDA), Jacques Augustin a ensuite donné son témoignage comme juge dans cette juridiction de recours pour les exilés déboutés par l’Office français de protection des réfugiés et apatrides (OFPRA). Fort de son expérience, celui-ci a expliqué que le statut de réfugié pouvait être accordé à des personnes poursuivies du fait de leur orientation sexuelle, de leur religion ou de leur appartenance à un groupe ethnique. Citant le cas d’une jeune Afghane accusée dans son pays de s’être « occidentalisée », Jacques Augustin a aussi rappelé que les personnes qui présentent le risque d’être soumis à la peine de mort, à la torture ou à des peines dégradantes, peuvent bénéficier pour leur part d’une protection dite « subsidiaire » (carte de séjour d’une durée maximale de quatre ans).
« La France connaît surtout une crise de l’accueil des demandeurs d’asile »
Coordinateur à Médecins du monde et à InterOrga - un collectif qui regroupe plusieurs dizaines d’associations intervenant auprès des personnes de la rue à Paris -, Paul Alauzy a témoigné d’une situation qui s’aggrave d’année en année. « Le problème de ceux qui demandent l’asile en France tient notamment au fait qu’il leur est interdit de travailler avant d’obtenir leurs papiers », a-t-il regretté. Parlant « d’un passage obligatoire par le trottoir », il a dénoncé la situation des demandeurs d’asile qui se retrouvent dans le froid ou sous la canicule, en dormant à même le sol dans des conditions d’insalubrité insupportable. Appelant à la création de centres de « premier accueil », cet activiste s’est ému de la manière dont la police harcèle les campements de migrants qui ne cessent de se multiplier dans la capitale faute de structures d’accueil.
« Loin de connaître une crise migratoire, la France connaît surtout une crise de l’accueil des demandeurs d’asile », s’est exclamé Vincent Chauvet, maire d’Autun (Saône-et-Loire), qui au nom du développement économique des territoires prône une politique volontariste d’accueil des exilés. Élu Modem d’une ville de 14 000 habitants dont la population ne cesse de décroître, il estime que sa ville pourrait accueillir 4 000 nouveaux habitants venus d’ailleurs afin de maintenir les écoles ouvertes, les commerces, la vie locale et les différents services sociaux de la commune.
« Comme dans de nombreuses petites villes de France, nous avons beaucoup de logements vacants », a-t-il expliqué. « Plutôt que de les détruire, nous préférons investir dans un travail d’intégration, notamment à travers des cours de français pour tous et à travers des événements sportifs et culturels. Nous avons pour cela un bon tissu associatif. (...) Face au discours décliniste de l’extrême droite, il est essentiel de s’engager dans une politique dynamique. Il faut revitaliser les campagnes pour combattre le sentiment de déclin qui fait voter RN dans ces territoires. Le problème, ce n’est pas l’immigration, c’est le sentiment d’être abandonné. Nous devons répondre à cela. Et les personnes exilées peuvent nous y aider. »
« Loin de connaître une crise migratoire, la France connaît surtout une crise de l’accueil des demandeurs d’asile », s’est exclamé Vincent Chauvet, maire d’Autun (Saône-et-Loire), qui au nom du développement économique des territoires prône une politique volontariste d’accueil des exilés. Élu Modem d’une ville de 14 000 habitants dont la population ne cesse de décroître, il estime que sa ville pourrait accueillir 4 000 nouveaux habitants venus d’ailleurs afin de maintenir les écoles ouvertes, les commerces, la vie locale et les différents services sociaux de la commune.
« Comme dans de nombreuses petites villes de France, nous avons beaucoup de logements vacants », a-t-il expliqué. « Plutôt que de les détruire, nous préférons investir dans un travail d’intégration, notamment à travers des cours de français pour tous et à travers des événements sportifs et culturels. Nous avons pour cela un bon tissu associatif. (...) Face au discours décliniste de l’extrême droite, il est essentiel de s’engager dans une politique dynamique. Il faut revitaliser les campagnes pour combattre le sentiment de déclin qui fait voter RN dans ces territoires. Le problème, ce n’est pas l’immigration, c’est le sentiment d’être abandonné. Nous devons répondre à cela. Et les personnes exilées peuvent nous y aider. »
Donner des voix et des visages aux exilés
© Laurent Grzybowski
Animée d’une main de maître par Jean-René Brunetière, président de Compostelle-Cordoue et administrateur de la CINPA, la soirée s’est poursuivie par un beau moment poétique et musical avec la poétesse Louisa Nadour, accompagnée à la guitare par Skandar Guetar. Ce temps de méditation a permis au public d’être encore plus réceptif pour écouter les témoignages, souvent bouleversants, des réfugiés, exilés et autres acteurs associatifs venus raconter leur parcours, leurs blessures, mais aussi leur espérance.
Loin des statistiques abstraites, les récits ont donné des visages et des voix à ces femmes et ces hommes contraints de quitter leur pays, souvent au péril de leur vie. Parmi les interventions les plus marquantes, celle de François Thomas, président de SOS Méditerranée, qui a profondément ému l’assemblée. Avec gravité, il a rappelé la réalité quotidienne des opérations de sauvetage en Méditerranée, les milliers de morts anonymes (35 000 depuis 2014, c’est-à-dire depuis le début du recensement systématique par l’Organisation internationale pour les migrations), mais aussi le devoir absolu d’humanité qui pousse les bénévoles et les équipages à poursuivre leurs missions malgré les obstacles politiques et administratifs. Son témoignage a suscité un long silence, puis une salve d’applaudissements nourris.
Loin des statistiques abstraites, les récits ont donné des visages et des voix à ces femmes et ces hommes contraints de quitter leur pays, souvent au péril de leur vie. Parmi les interventions les plus marquantes, celle de François Thomas, président de SOS Méditerranée, qui a profondément ému l’assemblée. Avec gravité, il a rappelé la réalité quotidienne des opérations de sauvetage en Méditerranée, les milliers de morts anonymes (35 000 depuis 2014, c’est-à-dire depuis le début du recensement systématique par l’Organisation internationale pour les migrations), mais aussi le devoir absolu d’humanité qui pousse les bénévoles et les équipages à poursuivre leurs missions malgré les obstacles politiques et administratifs. Son témoignage a suscité un long silence, puis une salve d’applaudissements nourris.
« Aucun être humain ne doit être considéré comme un étranger à l’humanité commune »
« Notre responsabilité individuelle et collective est de ne jamais laisser la peur étouffer notre humanité », a conclu avec force Laurent Grzybowski, président de la CINPA - Osons la fraternité. « Le vivre-ensemble ne se décrète pas. Il se construit. Lentement, concrètement. Par la rencontre. Par la parole échangée. Par le refus des caricatures. Et surtout par la conviction qu’aucun être humain ne doit être considéré comme un étranger à l’humanité commune. Notre collectif continuera humblement à ouvrir ces espaces de dialogue entre croyants, non-croyants, citoyens de toutes convictions et de toutes origines. Dans un monde traversé par les guerres, les tensions identitaires et les fractures sociales, nous avons plus que jamais besoin de lieux où l’on puisse encore se parler sans se haïr. »
Ce qui a frappé tout au long de la soirée, c’est la qualité de l’écoute. Dans une époque saturée de polémiques et de crispations identitaires, cette rencontre a offert un espace rare de dialogue, de fraternité et de vérité. Les échanges se sont prolongés tard dans la soirée autour des tables et des stands associatifs, dans une atmosphère à la fois grave et chaleureuse. Cette soirée aura montré qu’au-delà des discours, le vivre-ensemble se construit d’abord par la rencontre concrète avec l’autre, surtout lorsqu’il est fragile, déraciné ou rejeté. Une soirée forte en émotion qui a rappelé à chacun que la fraternité n’est pas une idée abstraite, mais une responsabilité partagée.
*****
Stanislas Wyndika est journaliste indépendant, engagé dans le dialogue interconvictionnel.
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