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Monde

USA : contre Trump, la mobilisation électorale des musulmans se renforce

Rédigé par Samba Doucouré | Samedi 19 Mars 2016

Donald Trump enchaîne les victoires aux primaires et est bien parti pour devenir le candidat des républicains pour la présidentielle américaine en novembre 2016. Le milliardaire excentrique continue de multiplier, durant sa campagne, les sorties islamophobes. Les Américains de confession musulmane sont chaque jour plus nombreux à choisir de se mobiliser aux urnes pour lui faire barrage.



Couverture du livre « A day in the life of a Muslim-American » © Sadaf Syed
Couverture du livre « A day in the life of a Muslim-American » © Sadaf Syed
Donald Trump les fait tomber un à un. Au lendemain de sa défaite, mardi 15 mars, sur ses terres en Floride, Marco Rubio a annoncé le retrait de sa candidature à la primaire républicaine en vue de l’élection présidentielle des États-Unis. Une défection qui suit celles de Jeb Bush, de Ben Carson et de Chris Christie.

L’establishment républicain est désemparé car la victoire de Donald Trump se précise. La convention républicaine en juillet prochain pourrait refuser de lui accorder l’investiture s’il remporte la course sans pour autant obtenir les 1 237 délégués minimum requis, sur un total de 2 472. « Je pense que vous auriez des émeutes, je représente un nombre énorme… des millions de gens », a prévenu cette semaine le milliardaire sur CNN.

Donald Trump surfe depuis le début de sa campagne sur des discours islamophobes et xénophobes. Pour faire valoir sa cause auprès des Américains, il n’hésite pas ainsi à faire usage de la vulgarité et à raconter des mensonges. Il a expliqué lors d’un meeting avoir vu des milliers de musulmans fêter les attentats du 11-Septembre.

Un candidat adepte des légendes urbaines

Entre octobre et décembre 2015, il proposait de fermer les mosquées du pays, de ficher l'ensemble des musulmans des États-Unis par souci de « précaution » avant de juger bon la fermeture de tout accès des États-Unis aux fidèles de l'islam. Le 20 février, il racontait avec fierté l’exécution par un général américain de 50 prisonniers musulmans accusés de terrorisme aux Philippines. Ils auraient été tués par des munitions trempées dans du sang de porc... Une légende urbaine qui remonte à la Première guerre mondiale et dont Donald Trump ne se soucie pas vraiment de la véracité.

Dernièrement, une phrase a de nouveau généré la colère des musulmans. « Je pense que l’islam nous hait. Il y a une sorte de haine immense là-bas », a-t-il déclaré lors d'un débat organisé en Floride par CNN le 10 mars. Mais qui est ce « nous » dont il se vante d'en faire partie en excluant ses concitoyens musulmans ? Lorsque Marco Rubio l’a sermonné, rappelant qu’un président des États-Unis ne pouvait pas dire tout ce qui lui passait par la tête, Donald Trump lui a alors répondu : « Vous pouvez être politiquement correct si vous voulez, moi je veux résoudre des problèmes. »

L'institutionnalisation d'un « problème musulman »

Le cyclone Trump fait des ravages impressionnants et retourne des vestes sur son passage. Ainsi Chris Christie, candidat à la primaire des Républicains s’est désisté le 26 février dernier pour se ranger aux côtés du magnat de l’immobilier. Il était pourtant considéré comme un candidat muslim-friendly.

Voici ce qu’il déclarait lors d’un meeting dans le New Hampshire à propos de ses visites dans les mosquées du New Jersey : « On réalise, avec le temps, qu’ils sont eux aussi Américains. Et qu’ils aiment notre pays, qu’ils font extrêmement attention à l’avenir de ce pays et à l’avenir de leurs enfants. Et c’est du bon sens, sachez-le tous. Il ne faut pas mettre tout le monde dans le même panier. Ce n’est pas possible. » Depuis, le vent a tourné.

Les musulmans ont décidé de ne pas se laisser faire. « La rhétorique antimusulmane motive les Américains musulmans dans tout le pays à s’engager dans le processus politique comme jamais auparavant », explique le député du Minnesota Keith Ellison, premier musulman élu au Congrès en 2007. Interrogé par RNS, il estime que les musulmans vont jouer « un rôle décisif le jour de l’élection » dans le Minnesota mais aussi dans les "swing states" tels que la Virgine ou la Floride.

Selon une récente enquête menée par le Conseil des relations américano-islamiques (CAIR), 3/4 des musulmans eux ont décidé d’aller voter lors des élections primaires. Altaf Husain, vice-président de la Islamic Society of North America (ISNA), a déclaré la guerre aux candidats qui « ont choisi de vomir la haine » et « calomnier les Américains musulmans ». « Nous allons user de chaque moyen démocratique et chaque stratégie politique pour s’assurer que votre candidature n’aboutisse jamais », avait-il fait savoir lors d’une conférence de presse en décembre.

Les centres d'intérêt des Américains musulmans pour la campagne présidentielle 2016 selon Emerge USA.
Les centres d'intérêt des Américains musulmans pour la campagne présidentielle 2016 selon Emerge USA.

Des musulmans appelés à s'inscrire en masse

Le Conseil des organisations musulmanes des Etats-Unis (USCMO), une coalition d’une quinzaine d'organisations musulmanes nationales et locales comprenant le CAIR, le Conseil musulman des affaires publiques (MPAC) ou encore le Cercle des musulmans d'Amérique du Nord (ICNA), a lancé dès décembre 2015 une campagne appelée « One America » visant l’inscription d’un million d’électeurs avant le jour de l’élection présidentielle.

En Virgine et en Georgie, les mosquées, sans donner de consignes de vote, ont envoyé en masse des mails pour enjoindre les fidèles à se rendre dans les urnes. Certains ont même installé des stands à la sortie de salles de prière pour sensibiliser et expliquer comment voter lors des primaires. Des imams de Chicago ont parlé de l’importance du suffrage lors des sermons du vendredi. Des initiatives telles que la création du site Emerge USA s’inscrivent dans cette dynamique. La plateforme a pour objectif de faire émerger des jeunes leaders et d'éduquer les électeurs à l'exercice du vote.

Les musulmans ont leurs favoris

Les musulmans, dont le nombre est à 3,3 millions aux États-Unis selon le centre de recherches Pew, ont pendant longtemps soutenu les candidats républicains, nombre d’entre eux se reconnaissant au travers du conservatisme social affiché par leur parti sur les questions autour du mariage gay et de l’avortement. Selon le CAIR, 78 % des électeurs musulmans ont déclaré avoir voté pour Georges W. Bush en 2000. Aujourd’hui, seuls 15 % d’entre eux se disent prêts à voter républicain dont 7 % pour Trump. Selon l'Institut pour la politique sociale et la compréhension entre les peuples (ISPU) qui a communiqué les résultats d'une enquête mardi 15 mars, le chiffre tombe même à 4 %. Le 11-Septembre, le Patriot Act et ses conséquences ainsi que la guerre d’Irak sont passés par là.

Les musulmans, souvent les plus jeunes, ont tendance à se ranger du côté de Bernie Sanders - lui-même soutenu par Keith Ellison - qui a choisi de multiplier les visites de mosquées et de pourfendre l’islamophobie. Malgré ses accointances avec les dirigeants israéliens, les musulmans sont toutefois le groupe religieux qui se range le plus du côté d'Hillary Clinton, la candidate de l’establishment démocrate. Selon l'ISPU, ils sont 40 % à rejoindre la candidate adoubée par Barack Obama, contre 30 % du côté des juifs et 13 % du côté des catholiques et des protestants.





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