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Monde

Solidaire des musulmans avec le hijab, une prof chrétienne suspendue de son université

Rédigé par Hanan Ben Rhouma | Jeudi 17 Décembre 2015



Larycia Hawkins, enseignante, a été suspendue par l'université évangélique de Wheaton après son appel à la solidarité aux musulmans lancé le 10 décembre.
Larycia Hawkins, enseignante, a été suspendue par l'université évangélique de Wheaton après son appel à la solidarité aux musulmans lancé le 10 décembre.
Musulmans et chrétiens adorent le même Dieu. C’est pour avoir fait cette déclaration sur Facebook qu’une enseignante de science politique du Wheaton College, une université privée évangélique située dans la banlieue de Chicago, dans l’Illinois, a été suspendue de ses fonctions. Ces mots avaient alors été accompagnés le 10 décembre d’une photo d’elle portant le voile (ou hijab) pour marquer sa solidarité avec les musulmans.

« Je n’aime pas mon voisin musulman parce qu’il ou elle est Américain-e. Je l’aime car il ou elle mérite l’amour en vertu de sa dignité humaine. J’exprime ma solidarité humaine avec mon voisin musulman parce que nous sommes formés de la même argile primitive, de descendants du même berceau de l'humanité. J’exprime ma solidarité religieuse avec les musulmans parce qu'ils sont, comme moi, chrétienne, les Gens du Livre... Et comme le disait le pape François la semaine dernière, nous adorons le même Dieu. Mais comme je le dis à mes étudiants, une solidarité théorique n’est pas du tout une solidarité. Ainsi, à partir de ce soir, ma solidarité est une solidarité intrinsèque », s’expliquait alors Larycia Hawkins, annonçant qu’elle portera le voile au travail, à l’église et dans tout lieu public le temps de l'Avent, la période de l'avant-Noël que préparent traditionnellement les chrétiens.

Solidaire des musulmans avec le hijab, une prof chrétienne suspendue de son université

Une invitation à l’action

A l’heure où Donald Trump attise l’islamophobie dans une Amérique où les actes anti-musulmans ont explosé depuis les attentats de Paris, Larycia Hawkins invite également au port du hijab les femmes de toutes les confessions, y compris les musulmanes non voilées. Son action a été bien accueillie par le Conseil des relations américano-islamiques (CAIR) qu’elle a pris soin de contacter en amont pour s’assurer que son appel ne soit pas perçu comme offensant pour les musulmans. « Un mouvement à grande échelle de femmes solidaires avec des hijab est mon vœu de Noël cette année », dit-elle.

Dans un communiqué paru mardi 15 décembre, l’établissement a fait savoir, pour expliquer sa décision, que ses professeurs se doivent de « parler de questions d'intérêt public d'une manière qui représentent fidèlement » sa ligne officielle. Il fait ainsi comprendre que l'opinion de Larycia Hawkins ne correspond pas à celle défendue à Wheaton.

La suspension intervient une semaine après une levée de bouclier d'étudiants qui avaient dénoncé les propos polémiques d’un des administrateurs de l'université. S’exprimant récemment auprès des étudiants sur le terrorisme, il les appelait à s’armer pour « en finir avec ces musulmans ». Ce dernier a précisé plus tard qu’il ne faisant référence qu’aux radicaux mais il n'a pas convaincu. Larycia Hawkins n’a fait aucune référence à cette affaire mais sa suspension montre une hiérarchie qui a un problème avec l'islam.

Des étudiants réclament son retour

Un sit-in a réuni le lendemain une centaine de personnes en soutien à la professeure, rapporte le Chicago Tribune. Certains étudiants portaient même le hijab en signe de solidarité.

Dans une lettre ouverte réclamant le retour de Larycia Hawkins, elles ont fait savoir à la direction de Wheaton que rien dans les prises de position de l'enseignante « ne vont à l’encontre de la croyance en la puissance de Dieu, du Christ ou du Saint-Esprit (...) présenté comme un élément majeur de l’affiliation à Wheaton ». Celle-ci a cependant refusé de revenir sur sa décision dont la durée n'a pas été précisée, ce qui inquiète le personnel car la suspension d’un membre du corps enseignant pour un post Facebook est une première.

La section locale de CAIR s'est dite consternée par la décision et a appelé l'université, mercredi 16 décembre, à organiser une rencontre publique entre théologiens chrétiens et musulmans pour dissiper des préjugés.

Mise à jour mercredi 6 janvier : La situation de la professeur reste inchangée. Larycia Hawkins, qui campe sur ses positions, reste menacée de licenciement par son université.
Mise à jour mercredi 10 février : La professeure a quitté l'université. Pour en savoir plus.






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