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Culture & Médias

Show déjanté pour la première cérémonie des Mokhtar Awards

Rédigé par Maria Magassa-Konaté | Lundi 23 Décembre 2013

La cérémonie des Mokhtar Awards s’est tenue dimanche 22 décembre aux Docks de Paris, à la Plaine-Saint-Denis. Plus de 3 000 personnes avaient fait le déplacement pour assister au premier festival de courts métrages sur l’islam en France. Beaucoup d’humour et une pincée d’émotions ont fait le succès de l’événement, à l’issue duquel trois réalisateurs amateurs ont été couronnés.



Les membres du jury des Mokhtar Awards, de gauche à droite, le cinéaste Nadir Ioulain, le producteur Sadia Diawara, l'humoriste Samia Orosemane, l'imam de la mosquée de Longjumeau Ismail Mounir et le directeur photo Amida Belgharbi.
Les membres du jury des Mokhtar Awards, de gauche à droite, le cinéaste Nadir Ioulain, le producteur Sadia Diawara, l'humoriste Samia Orosemane, l'imam de la mosquée de Longjumeau Ismail Mounir et le directeur photo Amida Belgharbi.
Les réalisateurs et acteurs des 15 vidéos finalistes des Mokhtar Awards avaient le cœur qui battait la chamade dimanche 22 décembre. Dans la grande salle des Docks de Paris, située à la Plaine-Saint-Denis, ils attendaient de connaître les résultats de ce premier festival « islamophile ».

Sélectionnés après le vote des internautes et d’un jury de professionnels parmi près de 80 vidéos, ils avaient déjà fait un bon parcours. Mais dimanche, les grands lauréats allaient enfin être connus lors d’une cérémonie pleine de surprises. C’est à 16 h (avec plus d’une heure de retard) que son coup d’envoi fut donné par deux animateurs des plus dynamiques.

La culture pour redéfinir l’identité musulmane

Les 3 000 personnes du public avaient chacune pour tâche de voter pour leurs deux vidéos préférées. Les trois ayant obtenu le plus de suffrages seraient alors sacrées. Pour permettre au public de faire son choix, l’ensemble des 15 vidéos sous-titrées a été diffusé sur grand écran. Après la diffusion de chaque vidéo, le réalisateur et/ou l’acteur principal était invité à expliquer le sens de son court-métrage. Le tout traduit en direct par un interprète en langue des signes, un geste qui se doit d'être souligné.

Tous avaient pour ambition de véhiculer un message particulier. Ainsi, Le Trompeur réalisé par Samed Ben critique fermement le capitalisme et ses dérives, évoquant notamment « la riba, les intérêts qui provoquent beaucoup de dégâts ». Le Trompeur n'est autre que « la dounia », la vie ici-bas, déclare-t-il. De la ferme à la fourchette de la YesFamily, ne paye pas de mine mais le message se veut percutant : la nécessité de promouvoir un halal éthique, responsable, donc bio. Toujours de la YesFamily, la vidéo Soif de Ramadan, quant à elle, met en scène des enfants et comporte « trois morales » que ces jeunes acteurs ont formulées lors du festival : qu'il « ne sert à rien de faire des bêtises en cachette car Allah nous voit », que « les gens qui nous donnent des conseils ne sont pas toujours des bons exemples à suivre » mais que « la porte du repentir est toujours grande ouverte ».

Avec des messages aussi divers, le festival répondait à l’attente de son fondateur Gibran Hasnoui, qui souhaite que la communauté musulmane utilise la culture comme « vecteur » pour diffuser ses messages. Pour lui, face à l’islamophobie, il est important pour les musulmans de « redéfinir leur identité » et de montrer « le vrai visage » de l’islam.

Show déjanté pour la première cérémonie des Mokhtar Awards

Une salle pleine de rires

Visiblement, cela passe par l’humour pour le jeune homme, qui a choisi de truffer cette cérémonie de mises en scène humoristiques très agréables. Le déjanté Mokhtar, présenté comme le créateur du trophée des Mokhtar, a tout de suite emballé le public avec son extravagance et son accent colombien, tout au long de la soirée.

Entre la présentation des vidéos, les publicités parodiques mettant en scène une voiture halal « certifiée par l’imam de Drancy » ou des pastiches des publicités de l’opticien Krys, ont également fait hurler de rire le public. Tout comme la bande à Momo : les cinq jeunes comiques ont débarqué sur scène en furie avant que ne soient projetés quatre épisodes de leur œuvre, où on les voit s’atteler à la réalisation d’une vidéo pour le festival. Fou rire garanti.

L’humour était également au rendez-vous avec des vidéos comme Bienvenue de Charbel & Karim où, durant sa projection, la salle s’est esclaffée de rires face aux scènes loufoques dépeintes. Mais l’émotion était également présente lors de ce premier festival, à l’image de Samia Orosemane, membre du jury, émue par le « magnifique message » diffusé par Premier Pas de Habiba El Houssaini, une réalisation qui suit différents personnages créant une chaîne de solidarité.

Gibran Hasnaoui.
Gibran Hasnaoui.

Quatre lauréats aux anges

Les autres membres du jury, le cinéaste Nadir Ioulain, le directeur photo Amida Belgharbi, l'imam Ismail Mounir, à la mosquée de Longjumeau (Essonne), et le producteur Sadia Diawara, invités à commenter les 15 vidéos finalistes n’ont également pas été avares de compliments. Mais ce dernier juré, coauteur notamment du film La Cité rose, n’a pas manqué de faire remarquer que les vidéos avaient « intérêt à être plus ouvertes » et à être moins « idéalistes ».

Reste que, pour cette première édition, les vidéos ont globalement ravi un public au goût hétéroclite. Sous les yeux d’Ahmed Jaballah, le président de l'Institut européen des sciences humaines de Paris (IESH) et ancien président de l’Union des Organisations Islamiques de France (UOIF) et du rappeur Médine, les noms des vainqueurs ont été dévoilés dans la soirée.

Dans la catégorie internationale, le jury a choisi de couronner le film Destin du Français Mohamed-Ali Neffati qui avait décidé de faire son film... en langue anglaise. Le jeune homme a indiqué vouloir aider l’association humanitaire Barakacity avec son prix de 5 000 €. Dans la catégorie française, Regarde plutôt la mer tournée à Marseille a décroché la troisième place. Mais à la place d’un menu kebab d'une valeur de 8,90 € annoncé comme 3e prix, son réalisateur Sofiane Benabdallah a remporté, à la surprise générale, un voyage à Istanbul.

Le Strasbourgeois Hicham Ismaili, réalisateur de la vidéo Sunna, arrive en deuxième position des votes et repart avec un voyage à La Mecque ou à Jérusalem selon sa convenance. Enfin, le grand gagnant des Mokhtar Awards est une gagnante. Sarah Sayd, la réalisatrice du court-métrage Le Fil Vert, a conquis le cœur du public avec une histoire touchante qui raconte la quête de spiritualité d’Hicham. Elle repart avec un chèque de 10 000 €. Très émue, la jeune femme, qui vit en Angleterre, a tenu à saluer le travail de son équipe sans qui elle n’aurait rien pu faire. Finalement, au terme d'une soirée déjantée, c'est l'émotion et la spiritualité qui l'emportent.

Une formation audiovisuelle « sur le long terme » pour les musulmans

Après un premier festival réussi, dont les spectateurs sont repartis avec deux livres sur la vie du Prophète Muhammad en cadeau (et la possibilité pour les pratiquants d'avoir pu effectuer les prières à l'heure), Gibran Hasnoui a en tête la 2e édition pour laquelle il a d’ores et déjà annoncé un premier prix à 30 000 €. Les bénéfices réalisés lors de la première cérémonie, qui a attiré du monde, permettront de s’y préparer. L’argent collecté servira également à financer la Mokhtar Académie lancée en parallèle du festival, qui a déjà formé une centaine de personnes aux techniques de base de la vidéo.

Gibran Hasnoui compte développer cette activité audiovisuelle. « On veut que les musulmans travaillent ensemble », argue-t-il. « Chaque musulman doit être un média », selon le jeune homme, qui compte « continuer à former les musulmans sur le long terme » et « miser sur les talents découverts cette année ». Hicham Ismaili, deuxième du concours et heureux gagnant d’un voyage à La Mecque, nous confie déjà vouloir donner une « suite » à son court-métrage Sunna. Ce festival a pour mérite de permettre l’éclosion de talents cinématographiques prêts à défendre une autre vision de l’islam. L'expérience est appelée à se renouveler avec le soutien d'un public conquis par le concept.





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