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Société

Sécurité des mosquées : des dispositifs de l’Etat sous-exploités des lieux de culte

Rédigé par Hanan Ben Rhouma | Vendredi 8 Avril 2016

Aux lendemains des attentats de Paris en janvier 2015, Bernard Cazeneuve faisait de la sécurité des lieux de culte, mosquées en particulier, une de ses priorités, en nommant dans la foulée un préfet chargé de la coordination de la protection des lieux de culte. Plusieurs annonces avaient alors été faites pour concrétiser cet axe de la lutte contre l’islamophobie, à son plus niveau en 2015. Qu’en est-il des résultats ?



L'entrée de la mosquée Al Warithine de la zone des Landiers, à Chambéry (Savoie) fait partie du millier de mosquées protégées par des militaires de l'opération Sentinelle.
L'entrée de la mosquée Al Warithine de la zone des Landiers, à Chambéry (Savoie) fait partie du millier de mosquées protégées par des militaires de l'opération Sentinelle.
L’instance de dialogue avec l’islam, dont la deuxième réunion s’est tenue le 21 mars Place Beauvau, a été l’occasion de présenter un bilan du dispositif de lutte contre les actes antimusulmans mais uniquement ceux dont les mosquées et autres sites confessionnels sont régulièrement la cible.

En janvier et février 2016, sur les 28 actes islamophobes enregistrés, 12 ont été dirigés contre des mosquées et trois contre des carrés musulmans, nous signale Abdallah Zekri, président de l’Observatoire national contre l’islamophobie. Dans l’attente d’un bilan trimestriel, il est clair que le niveau des actes a chuté par rapport à l’année des attentats durant laquelle le nombre de 429 avait été signalé, rappelle le secrétaire général du CFCM qui fait partie d’un groupe de travail dédié à la sécurisation des lieux de culte, en lien direct avec le ministère de l’Intérieur.

1 047 sites musulmans mis sous protection

Depuis les sinistres attentats de janvier 2015, dans le cadre de l’opération Sentinelle qui complète le plan Vigipirate, 1 047 sites musulmans font l’objet d’une protection en métropole, dont 631 par la police municipale (60 %), 327 par la gendarmerie nationale (31 %), 86 par les forces armées (8 %) et trois par des polices municipales.

Le dispositif ne concernant pas uniquement les sites musulmans, 1220 sites cultuels chrétiens sont aussi mis sous protection, à près de 94 % par police ou gendarmerie, ainsi que 790 sites juifs, protégés principalement par les forces armées, indique à Saphirnews Thierry Coudert, préfet chargé de la coordination de la protection des lieux de culte depuis janvier 2015.

« C’est au niveau local que s’effectuent les choix des sites à privilégier en matière de surveillance », en collaboration avec les responsables religieux locaux, précise-t-il. Tous les sites sont protégés « par le biais de patrouilles dynamiques avec des points fixes devant les lieux les plus sensibles aux moments des offices les plus importants dont la prière du vendredi », explique-t-on, à l’exception de la Grande Mosquée de Lyon. Celle-ci est la seule protégée 24h/24 en garde statique par les forces armées, des modalités de protection « déterminées par le préfet en fonction de la situation géographique du bâtiment et des possibilités humaines mises jusqu’à présent à sa disposition », fait part le préfet.

Thierry Coudert, préfet chargé de la coordination de la protection des lieux de culte.
Thierry Coudert, préfet chargé de la coordination de la protection des lieux de culte.

Une aide publique importante

L'opération Sentinelle est complétée par des dispositifs matériels, financés par le Fonds interministériel pour la prévention de la délinquance (FIPD) dont les modalités ont été explicitées dans une circulaire datée de mars 2015 (à télécharger plus bas). Sur les 9 millions d’euros alloués à la sécurisation des lieux sensibles sur trois ans (2015-2017), 6,5 millions sont dédiés au renforcement de la vidéosurveillance tandis que les 2,5 millions d’euros restants visent à consolider la sécurité des lieux en complément de la vidéo, le plus souvent par le renforcement des accès (portes blindées, clôture, vidéophone, alarmes…).

« La communauté musulmane a d’ores et déjà pu améliorer les dispositifs de sécurité internes de certains de ses lieux cultuels en bénéficiant de subventions à hauteur de 800 000 € sur la base de 73 projets de protection expertisés », indique le préfet. Dans le détail, les associations musulmanes, dont les dossiers sont étudiés au cas par cas, ont bénéficié de subventions à hauteur de 450 000 € pour 50 projets en vidéoprodection et 350 000 € pour 23 projets d’une autre nature. « Les dossiers sont instruits au fur et à mesure de leur arrivée, et aucun n’a été, à ce stade, refusé », ajoute-t-il.

Depuis le 1er janvier 2016, « trois nouveaux dossiers parvenus au service vont faire l’objet d’une délégation de crédits aux préfectures concernées pour 50 000 € de subventions ». Dernièrement, c’est la mosquée de Perpignan qui a bénéficié de ce fonds après un nouvel acte de profanation en janvier dernier. Une quinzaine de caméras vont être prochainement installés autour de l’édifice religieux excentré de la ville.

« On est encore loin du compte »

Les candidats au FIPD peuvent être subventionnées par l’Etat à hauteur maximale de 80 %. Une aide aussi bienvenue que bien perçue tant la sécurité est un lourd budget pour des structures souvent démunies qui comptent, tant bien que mal, sur la générosité seule de leurs fidèles.

Cependant, Abdallah Zekri n’est pas satisfait du bilan affiché : « On est encore loin du compte. » A ses yeux, encore trop peu de mosquées et salles de prières – la France en compte environ 2 500 - ont adressé un dossier auprès des préfectures. Pourtant, les Conseils régionaux du culte musulman « ont fait leur boulot. Nous leur avons transmis les imprimés afin d'informer les lieux de culte de cette aide de l'Etat. Des réunions ont été organisées mais les responsables de culte ne se mobilisent pas encore assez. (...) On ne va pas remplir le dossier à leur place ! », lance-t-il. Aucune ambition chiffrée n'est fixée mais « plus il y en a, mieux c'est ».

S’il est encore trop tôt pour mesurer l'efficacité des dispositifs, il est certain qu’ils sont des plus utiles pour prévenir des actes islamophobes ou pour, dès lors qu’ils sont commis, permettre à des enquêtes d’avancer. Les responsables musulmans, qui ont jusqu’en 2017 pour faire valoir leur droit à des subventions, sont incités à faire appel à des référents sûreté de la police et de la gendarmerie pour établir un diagnostic de sécurisation des sites qu’ils gèrent.





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