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#1AnAprès

Rafael Tyszblat : Reprendre en main notre démocratie, restaurer nos relations

Rédigé par Rafael Tyszblat | Jeudi 14 Janvier 2016

Un an après les premiers attentats qui ont bouleversé la société française, que faut-il retenir de ces funestes événements et de leurs conséquences ? Quels messages promouvoir et que préconiser pour construire une société meilleure ? Le point sur Saphirnews avec Rafael Tyszblat, médiateur et représentant en France de la Muslim Jewish Conference.



Rafael Tyszblat est médiateur et représentant en France de la Muslim Jewish Conference.
Rafael Tyszblat est médiateur et représentant en France de la Muslim Jewish Conference.
Les leçons à tirer après des événements comme ceux de 2015 sont multiples et nous n’avons pas encore fini d’en faire le tour.

D’abord, se souvenir qu’un des objectifs du terrorisme contemporain est de déchirer des sociétés unies en y injectant de la violence polarisante. Par certains égards, les attaques terroristes ont réussi leur mission en fragilisant un peu plus un tissu social déjà très abîmé.

Le réflexe guerrier et les abus sécuritaires nourrissent le ressentiment en France et au Moyen-Orient et notre gouvernement s’entête à reprendre des recettes dépassées en tentant de nous faire croire que nous sommes en guerre mais que nous n’avons rien à craindre, que les bombes anéantiront le terrorisme mais que nos ennemis sont sans visage, que nous sommes en sécurité mais qu’il faut avoir peur…

Pour autant, nous sommes sans doute de moins en moins dupes et l’idée que les citoyens s’approprient enfin la question des affaires étrangères, au-delà d’un prétendu domaine régalien auquel ils n’auraient aucun droit d’accès, est en train de faire son chemin.

Car le terrorisme fait paradoxalement le lien entre politique intérieure et politique extérieure et nous ne pouvons plus être tenus à l’écart de celle-ci, surtout lorsque des sommes colossales sont dépensées pour une guerre sans issue. 


Ne pas oublier le chômage et la violence économique

2015 nous a aussi montré que, malgré des tensions intercommunautaires indéniables, les Français ont appris, d’une attaque terroriste à l’autre, à moins céder à la tentation du bouc émissaire. Les demandes insistantes à l’égard des musulmans de se désolidariser du terrorisme se sont faites plus rares, en même temps que les condamnations exprimées par des musulmans contre l’extrémisme se sont multipliées.

On a vu un peu plus de lucidité, de sagesse et d’unité entre janvier et novembre, et la société civile a multiplié les initiatives de dialogue, ce qui montre bien que notre pays est encore vivant.

Si les extrêmes montent, c’est moins à cause de la peur des autres que de la défiance, bien compréhensible, envers les élites politiques. Le problème le plus fondamental n’est pas culturel mais il est social, même si les divisions identitaires ne doivent pas être ignorées. Il ne faudrait pas que le radicalisme religieux nous fasse oublier le chômage et la violence économique.

Lucidité, responsabilité, éthique

Soyons lucides : 2016 éprouvera encore la résilience des Français et ce sera d’abord à nous tous de prendre la responsabilité de nos actions.

Il incombe à chaque citoyen de faire davantage pour casser les barrières identitaires et sociales qui minent notre société. Ne pas oublier que celui qu’on traite de « fasciste », quelle que soit sa couleur, est d’abord notre voisin et qu’il faut faire des efforts pour créer ou maintenir ce lien.

Il nous faut aussi constamment nous poser la question de l’éthique dans notre communication, notamment sur la Toile : la possibilité de s’informer mutuellement est essentielle mais nous devons être plus précis lorsque nous commentons des faits. On ne peut plus se contenter de points de suspension, d’allusions ni de photos prises hors contexte. Si nous dénonçons quelque chose, dénonçons-le clairement mais sans généraliser.

Avancer pour recréer notre projet de société

De même que ce n’est pas parce qu’il existe des actes extrêmes commis au nom d’une religion que cette religion tout entière doit être condamnée, ce n’est pas parce qu’il existe des actes racistes qu’une société est raciste dans son ensemble. En étant trop occupé à dénoncer ce qui ne va pas, on ne permet pas à ce qui va mieux de continuer à aller mieux.

Attention, donc, à ne pas chercher des coupables au détriment des solutions. En d’autres termes, ne nous contentons pas de combattre ce à quoi nous nous opposons, mais avançons pour recréer notre projet de société.

En tant que médiateur, je ne peux m’empêcher de voir de la responsabilité chez toutes les composantes d’un pays en crise. Il nous appartient à tous de faire un pas vers l’autre et de reconnaître quand l’autre fait un pas vers nous.

Qu’on se le dise : en 2016, la France sera de nouveau attaquée. Et même si nous ne sommes pas forcément responsables de ces attaques, nous serons tous comptables de la manière dont nous nous en relèverons, ou pas.




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