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Politique

Pourquoi le Front national sort gagnant des régionales 2015

Rédigé par Mérième Alaoui et Hanan Ben Rhouma | Mardi 15 Décembre 2015

Si on se félicite ici et là que le parti de Marine Le Pen n’ait gagné aucune région, l’héritière du parti d’extrême droite a eu raison de faire un discours de victoire dès l’officialisation des résultats au vu de sa nouvelle percée électorale spectaculaire. Les chiffres parlent d'eux-mêmes.



Dimanche soir, derrière son pupitre dans son fief de Hénin-Beaumont, Marine le Pen, tout sourire, a prononcé un discours de victoire alors même qu’on venait d’annoncer que le FN n’avait emporté aucune conseil régionaux. Elle avait raison d'avoir le sourire car la défaite est d'apparence : son parti d’extrême droite est sorti du scrutin plus fort que jamais.

En 2010, le FN avait obtenu 17,5 % des suffrages exprimés au second tour des élections régionales. Cinq ans plus tard, et avec un taux de participation plus fort, il a rassemblé 30,4 % des voix, une grosse progression qui lui permet d'obtenir 6,8 millions de voix, un record. Le parti dépasse ainsi son nombre de voix historique obtenu lors de la présidentielle de 2012 (6,42 millions de voix).

Concrètement, le parti passe de 120 à 358 élus régionaux répartis sur tout le territoire national. Il triple ainsi son chiffre, s’assurant une solide implantation territoriale. Il est par ailleurs devenu la première force d’opposition dans plusieurs régions, à commencer par la PACA et le Nord-Pas-de-Calais-Picardie où ont candidaté la famille Le Pen. Conséquences directe : Marine Le Pen pourra rassembler sans aucune difficulté ses 500 signatures imposées pour se présenter à l’Elysée en 2017.

Pas de « grand chelem » pour Sarkozy

Ce n’est qu’en apparence que la gauche a réussi à sauver les meubles. Elle a conservé cinq des douze régions (hors Outre-Mer. Mais, dans les chiffres, la gauche recule spectaculairement. Elle a perdu 21 des 22 régions (avant la réforme) qu’elle possédait en métropole avant le scrutin. Si son appel au front républicain pour barrer la route au FN semble bien avoir été entendu, il a surtout profité à la droite qui n'a retiré aucune de ses listes, conformément à la volonté de Nicolas Sarkozy, quand la gauche a préféré se retirer de la course lorsque ses listes étaient arrivés en troisième position à l'issue du premier tour, sauf en Alsace-Champagne-Ardenne-Lorraine.

A droite, ce n’est pas non plus la fête. La prise de la région Ile-de-France peut briller sur le tableau de chasse des Républicains mais la promesse du « grand chelem » de Nicolas Sarkozy du parti était illusoire. Le parti espérait profiter de l'impopularité du gouvernement Valls comme ce fut le cas en 1992 lorsqu'il avait raflé 20 des 22 régions. La victoire est en partie le fruit du retrait des candidats PS et de la mobilisation d'abstentionnistes et d'électeurs de gauche qui ont avant tout voté « contre » le FN. Un appel qui vient d'ailleurs crédibiliser le discours lepeniste sur le partage des « privilèges de l’UMPS ».

Le fait est que la gauche a perdu des fiefs, aujourd'hui gouvernés par la droite dite républicaine. Cette victoire est aussi le fruit d'une stratégie consistant pour bien des candidats à chasser sur les terres du Front national, à l'image de Christian Estrosi qui incarne l'aile droite des Républicains. En Ile-de-France, la gauche fait grise mine. Après 17 ans de règne, le PS cède sa place à la droite, qui a bénéficié du vote « utile » des sympathisants de l'extrême droite, la liste de Wallerand de Saint-Just ayant baissé de 10 % entre le premier et le second tour. Claude Bartolone, qui a sans doute perdu pour avoir décrit Valérie Pécresse comme « la candidate de la race blanche », a été reconduit mardi par les députés socialistes à la présidence de l’Assemblée nationale.

Ambiance tendue aux lendemains des élections

Ainsi, contrairement aux autres partis, le FN continue de séduire de nouveaux électeurs par adhésion. Ces derniers, frustrés d’être passés à côté de la victoire, devraient être encore plus combatifs pour les prochaines élections.

L’ambiance est tout autre dans les partis traditionnels. Dès le lendemain du deuxième tour, les couteaux sont tirés chez les Républicains. Au lendemain du second tour, au premier bureau politique des Républicains, Nathalie Kosciusko-Morizet, qui avait critiqué son président pour sa position du « ni PS, nI FN », est viré de la direction du parti. « Évincer au moment où on lance un débat, c'est une vieille idée stalinienne », a déclaré NKM.

Toute cette semaine, à droite et en particulier à gauche, on devrait continuer à promettre la main sur le cœur avoir compris les « leçons du scrutin » et à annoncer de nouvelles mesures. Pourtant, l'histoire se répète, toujours avec les mêmes logiques, les mêmes acteurs, mais avec des résultats du FN qui progressent incontestablement. Les partis se projettent déjà sur l'élection présidentielle de 2017. Les solutions contre l'extrême droite et, par-dessus tout, ses idées et leur banalisation devront cependant venir avant.





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