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Société

Quick : un directeur islamophobe dans les rangs ?

Rédigé par Maria Magassa-Konaté | Mercredi 28 Novembre 2012

Le directeur de cinq restaurants Quick dont l'un est halal fait circuler un mail raciste à ses collaborateurs : le tableau n’est pas du tout reluisant. L'affaire a beau dater de 2011, elle n'est sortie du placard que ces derniers jours. Alors pourquoi maintenant ? Qu'en est-il des accusations de racisme ? Claude Louis, le directeur mis en cause, s’explique sur Saphirnews. La salariée, qui a révélé au grand jour l’existence de ce mail, s’exprime également dans nos colonnes.



Quick : un directeur islamophobe dans les rangs ?
Claude Louis, franchisé Quick à la tête de cinq restaurants de l’enseigne à Reims, en Champagne-Ardenne, se fait du mouron en ce moment. On l’accuse d’être raciste. A l’origine de ces accusations, un mail intitulé « les Niktamères » comportant, sur deux pages, des propos insultants envers les Maghrébins et les musulmans qu’il a transféré à ses collaborateurs en mars 2011.

Kheira B., l’une de ses employées, tombée « par hasard » sur ce mail, a alerté le procureur de la République lundi 19 novembre. Depuis, M. Louis, accusé de racisme et menacé de sanctions par Quick, est dans la tourmente.

Le halal en terrain islamophobe

Claude Louis se défend bec et ongles des accusations de racisme dont il est la cible. Et pour cause : il n’est pas l’auteur de ce mail qu’il s'est contenté de transférer à trois personnes uniquement dans l’entreprise, à savoir son adjointe opérationnelle, le directeur du restaurant halal et le responsable administratif, nous assure-t-il.

Mais pourquoi avoir transféré un mail nauséabond où l’on peut lire notamment que le Niktamère est « un animal en voie de disparition dans son pays d’origine, le Maghreb » qui « meurt de faim, car il est trop paresseux » ?

Pour le franchisé de bientôt 65 ans qui travaille avec Quick depuis 18 ans, il faut « rappeler le contexte » dans lequel ce mail a été envoyé pour le comprendre. « En septembre 2010, après une décision stratégique de Quick, 14 nouveaux restaurants, en plus des huit existants, sont sur le point de proposer une offre halal dont l’un des mes restaurants, celui du quartier Croix Rouge. Lors de cette mise en œuvre, nous avons été assaillis de courriers, de coups de téléphone et de mails de gens qui n’étaient pas d’accord qu’on impose une offre unique », raconte M. Louis.

Au milieu de ces nombreux courriels d’insultes, il indique avoir transféré « entre autres » le mail qui lui vaut aujourd’hui toutes les critiques à son égard. En le transférant, « le but de l’opération était, compte tenu des pressions, d'avoir une parfaite connaissance des risques », explique-t-il. D’après lui, l’objectif était donc purement informatif dans un contexte où proposer de la viande halal suscitait les critiques les plus extrêmes. Avec l’arrivée du halal dans l’un de ses restaurants, il indique ainsi avoir dû faire face à des « menaces physiques », certaines personnes menaçant jusqu'à « brûler le restaurant ».

Aujourd’hui, Claude Louis dit regretter d’avoir transféré ce mail mais assume. « J’aurais mieux fait de mettre une annotation mais je ne l’ai pas fait », juge-t-il avec le recul.

Le directeur prêt à partir

Mais il est trop tard. La direction de Quick s’est empressée de « condamner avec la plus extrême fermeté les propos contenus dans le mail » dans un communiqué.

« Des mesures seront prises à l’encontre de cet exploitant qui, par son comportement, porte préjudice à l’intégrité de l’enseigne, des 493 restaurants de son réseau et de ses 19 000 collaborateurs », est-il également indiqué. Ces sanctions sont attendues avec philosophie par Claude Louis. « Je suis solidaire de ce communiqué. Quick est dans son rôle. Je suis prêt à partir. Si je dois partir, je le ferai », déclare-t-il en dénonçant un mail « à vocation polémique qui est une caricature ».

Valérie Raynal, la directrice de communication du groupe Quick, note cependant qu’au regard du contexte les explications de son franchisé sont compréhensibles. « Nous-mêmes, au siège, nous avons reçu pendant une année, de l’hiver 2009 à fin 2010, des centaines de mails racistes », fait-elle savoir. Mais cela « ne justifie pas de transférer un mail comme cela sans y mettre un avertissement », ajoute-t-elle.

Seule une chose est certaine pour Quick qui a mené « sa propre enquête » : leur franchisé n’est pas l’auteur de ce mail qui circule depuis 2005 sur le Web, comme le constate également le Collectif contre l’islamophobie en France (CCIF).

Une employée victime de harcèlement moral ?

Ce mail transféré par le directeur des Quick de Reims a été dévoilé au grand jour par l’une de ses employés, Kheira B. Dans la restauration depuis 20 ans, elle travaille chez Quick pour Claude Louis depuis les débuts du directeur à ce poste il y a 18 ans. Occupant actuellement un poste de manager dans le restaurant halal, la mère de famille raconte être tombée « par hasard » sur le mail raciste en consultant une « messagerie au boulot » en août 2011.

A l’époque, elle préfèrait ne pas en parler, comme d’autres collègues qui ont lu le mail. « Je travaillais encore. Je ne voulais pas perdre mon emploi », justifie-t-elle. Actuellement en arrêt maternité, Kheira dit être la victime d'« un harcèlement moral depuis deux ans », ce qui l’a poussée à agir.

« Après des années de travail, tout d’un coup, on me dit que mon boulot n’est pas bien. » Des reproches qui viennent de la superviseur et du directeur du restaurant Croix Rouge, indique-t-elle. Mais Mme B. en veut à Claude Louis de « leur donner toujours raison ». Pour elle, c’était la « misère ». « Enceinte, j’ai osé leur demander de changer mes horaires. Ils m’ont tout supprimé. On m’a enlevé mes responsabilités. Je devais effectuer des tâches d’équipier et rester debout cinq heures consécutives », explique-t-elle.

Les relations sont loin d’être bonnes avec son employeur. Elle est d’ailleurs en pleine procédure judiciaire devant les prud’hommes où elle réclame cinq ans d’heures supplémentaires impayées. Elle a également décidé de porter plainte pour harcèlement moral.

De son côté, M. Louis, qui a connaissance de la procédure concernant les heures supplémentaires en cours depuis août dernier, ne comprend pas que Kheira se dise victime de harcèlement moral. Elle est « très bien traitée » selon lui.

« Humilié de me faire taxer de raciste »

C’est donc dans le cadre d'un conflit interne que le mail intitulé « Niktamère » est ressorti, plus d'un an après son transfert. Ce mail a été « gardé sous le coude à mon avis pour me nuire à moi et à l’entreprise », juge M. Louis.

« Je mets au défi quiconque de me donner un exemple de comportement raciste de ma part. Mes meilleurs avocats sont mes collaborateurs », se défend-il. « Je suis profondément humilié de me faire taxer de raciste alors que mon équipe, qui est un melting-pot tout niveau hiérarchique confondu, démontre le contraire », poursuit le franchisé de Quick, indiquant avoir rencontré le recteur de la mosquée de Reims et les membres du Conseil régional du culte musulman (CRCM) qui l’ont assuré de leur soutien.

Kheira ne dit pas que son employeur est raciste mais se demande tout de même pourquoi il n’a pas transféré ce mail aux directeurs des autres Quick d’origine maghrébine tout en lui reprochant de ne pas être venu parler de ce mail aux employés qui en avaient eu connaissance par la suite. « En dépression », Kheira a décidé de parler de ce mail : « Je ne pouvais pas garder cela pour moi. J’étais sous pression. »

Au fond, il s’agit surtout d’un problème de communication managériale plutôt que d’une histoire de racisme. Le hic : depuis la médiatisation de l’affaire, Claude Louis et Kheira ne sont pas entrés en contact alors que le dialogue aurait pu être la solution pour apaiser les tensions.






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