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Politique

Primaire à gauche : les six cailloux dans la chaussure du candidat Valls

Rédigé par | Mercredi 25 Janvier 2017

Au lendemain du premier tour de la primaire de gauche, un front « Tous sauf Valls » se dessine déjà pour contrer la candidature de Manuel Valls à l’élection présidentielle. L’ancien maire d’Evry, qui incarne l'aile droite du PS, risque de payer au prix fort les diverses polémiques qui ont émaillé son passage au gouvernement. Voici les six raisons qui peuvent coûter cher à l'ex-Premier ministre.



Primaire à gauche : les six cailloux dans la chaussure du candidat Valls

1. « 49-3 ! On n’oublie pas ! »

49-3 : un nom de code facile à dégainer et qui a pollué la campagne de Manuel Valls. Ce dernier a fait usage à six reprises du décrié article 49-3 afin d’imposer la loi Travail et la loi Macron relative au travail du dimanche au Parlement. En décembre 2016, un homme a enfariné Manuel Valls au cri de « 49-3, on n’oublie pas ! » lors d’un déplacement à Strasbourg.

En forçant la main à sa majorité parlementaire, le candidat s’est mis à dos une bonne partie de l’électorat de gauche, à tel point qu’il propose désormais sa suppression, provoquant au mieux de l’incompréhension et, au pire, des réactions moqueuses. L’ancien pensionnaire de Matignon n’a pas convaincu grand monde lorsqu’il a argué que les frondeurs du Parti socialiste lui ont « imposé » l’utilisation de l’article 49-3 de la Constitution. Celle-ci a, en revanche, convaincu les détracteurs du candidat de son goût prononcé pour un autoritarisme qui ne saurait être rassembleur.

2. Son soutien à la déchéance de nationalité

Lors de l’annonce de sa non-candidature à l’élection présidentielle de 2017, François Hollande a admis qu’il regrettait d’avoir divisé les Français en proposant la déchéance de nationalité pour les auteurs d’attentats terroristes.

La mesure annoncée à la suite des attaques du 13 novembre 2015 avait finalement été abandonnée mais elle marquera à jamais la fin du quinquennat. Manuel Valls s’était positionné en grand défenseur de cette disposition qui devait entrer dans le cadre de la réforme constitutionnelle. Le débat autour de la déchéance de nationalité, qui avait provoqué le départ de Christiane Taubira du gouvernement, a profondément heurté une partie des Français car elle devait dans un premier temps seulement concerner les binationaux, les règlements internationaux interdisant de rendre des personnes apatrides. Nombreux sont ceux qui ont estimé qu’on faisait des binationaux des Français en sursis. Manuel Valls refuse encore aujourd’hui de reconnaître son erreur et assume avoir voulu rassembler les Français contre les terroristes.

3. Sa vision d'une laïcité excluante

Manuel Valls aime se lancer dans de vibrants hommages à la République. Et dans cette République justement, il y a un principe qu’il déclare chérir plus que tout : la laïcité. Ses discours reviennent pourtant inlassablement à parler de la question du voile, omettant de souligner la liberté qu'institue la laïcité en matière de port de signes religieux dans l'espace public français. Lors d’un meeting socialiste en août 2016, il déclarait : « Vous parlez de Marianne ! Marianne, le symbole de la République ! Elle a le sein nu parce qu'elle nourrit le peuple ! Elle n'est pas voilée, parce qu'elle est libre ! C'est ça la République ! C'est ça Marianne ! C'est ça que nous devons toujours porter ! »

Manuel Valls dramatise continuellement à l’excès le port du voile. Lorsque, en mars 2016, la ministre Laurence Rossignol a tenu des propos chocs sur les femmes voilées, assimilées aux « nègres américains » favorables à l’esclavage, l’ancien maire d’Evry enfonçait le clou : « Ce que représente le voile pour les femmes, non, ce n'est pas un phénomène de mode, non, ce n'est pas une couleur qu'on porte, non : c'est un asservissement de la femme. » Puis, durant l’été 2016, alors que la polémique du burkini exaspérait une majeure partie des Français, il a pris la parole pour soutenir les arrêtés d’interdiction. « Je soutiens donc ceux qui ont pris des arrêtés, s’ils sont motivés par la volonté d’encourager le vivre-ensemble », déclarait-il dans La Provence.

Il souhaite inscrire la laïcité dans une charte adossée à la Constitution. Une proposition qui, selon son application, fait craindre de nouvelles divisions au sein de la société.

4. Son volte-face sur les contrôles au faciès

La remise d’un récépissé à chaque contrôle de police était un des rares engagements pris par François Hollande à destination des quartiers populaires. Selon l’agenda qu’il s’était fixé, le président avait promis de mettre en place la mesure avant le 29 juin 2012. Mais Manuel Valls, alors ministre de l’Intérieur, s’y est opposé frontalement après l'avoir un temps soutenu par le passé.

Les syndicats de police, pour la plupart, ont affiché leur refus de reconnaître l’existence des contrôles au faciès. Le 14 août 2012, sur le plateau du 20 h de France 2, il a enterré la proposition. Dans l’ouvrage « Valls à l’intérieur », les journalistes Laurent Borredon et David Revault d'Allones écrivent à propos de cet épisode : « Derrière des abords courtois à l'égard du chef du gouvernement, le ministre de l'Intérieur fait ce qui lui plaît. Il l'a d'emblée montré, enterrant la question du récépissé de contrôle d'identité. "Quand le Premier ministre a sorti un communiqué pour le recadrer sur son récépissé, il s'est gondolé de rire", raconte un ami. » En octobre 2015, alors que l’Etat avait été condamné pour des cas de contrôles d’identité discriminants, Manuel Valls a lancé, fin 2016, un pourvoi en cassation, cela malgré l’opposition de la ministre de la Justice de l'époque Christiane Taubira, du Syndicat de la magistrature et du Syndicat des avocats.

5. A quand le droit de vote aux étrangers ?

Autre promesse du candidat François Hollande, autre espoir déçu. Le droit de vote des étrangers aux élections locales a été enterré. Et même si on ne peut pas imputer cet échec à Manuel Valls, on ne peut pas dire qu’il soit un fervent partisan de la mesure. En avril 2015, lors d’une intervention à Sciences Po, il a affirmé qu’« il ne faut pas courir derrière des totems », à ce propos.

Selon le Premier ministre de l’époque, cette promesse électorale n’est « plus une priorité » car « le vrai sujet » est de « renouer avec la naturalisation », ajoutant qu’il est « convaincu qu’elle ne sera pas proposée à la prochaine présidentielle ». Du moins en ce qui le concerne. Son rival Benoît Hamon propose, pour sa part, dans son projet d'organiser un référendum sur cette question.

6. La question palestinienne

« Il y a l'antisémitisme et il y a l'antisionisme, c'est-à-dire tout simplement le synonyme de l'antisémitisme et de la haine d'Israël », déclare Manuel Valls lors du dîner du Conseil représentatif des institutions juives de France (CRIF) en mars 2016. Une déclaration symptomatique des prises de positions régulières du candidat sur la question israélo-palestinienne. Manuel Valls, qui affiche régulièrement son hostilité envers le mouvement BDS (Boycott, Désinvestissement, Sanctions), avait été des partisans de l’interdiction des manifestations de soutien à la population gazaouie en été 2014, que le chef du gouvernement considérait alors comme une manifestation d'un « nouvel antisémitisme ». Autant de déclarations que les soutiens pour une solution pour une paix juste et durable au Proche-Orient ont pris note contre lui.

Les résultats du second tour de la primaire à gauche trancheront le 29 janvier entre deux visions de la gauche socialiste pour la présidentielle 2017.





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