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Points de vue

Primaire à gauche : l’occasion d’une redéfinition des orientations du PS

Rédigé par Soulaïmane Berka | Vendredi 20 Janvier 2017



Primaire à gauche : l’occasion d’une redéfinition des orientations du PS
Après les primaires de la droite et du centre, des primaires de la gauche réunissant le Parti socialiste et quelques formations alliées sont organisées les 22 et 29 janvier. Les candidats en lice ont, pour la plupart, déjà été à l'épreuve du pouvoir ; un bilan de leur mandature permet de saisir assez nettement la portée philosophique de leur conception de la République et de certains de ses affluents dont la laïcité n'est pas le moindre.

Outre la présidentielle en elle-même, un des enjeux sera de redéfinir les orientations du Parti socialiste dont les rênes échoiront à la frange frondeuse du parti qui veut se réconcilier avec sa tradition sociale ou la sensibilité sortante qui assume un libéralisme décomplexé.

Propédeutique à un changement de paradigme

Face à un Parti socialiste en proie à des soubresauts existentiels, d'autres candidats de gauche ont choisi de concourir hors adoubement formel du parti, ce qui, en d'autres temps, aurait été qualifié au mieux d'impavide, au pire de suicidaire. La bonne santé sondagière de ces cavaliers solitaires montre l'érosion des partis politiques et, au premier chef, ceux de gauche. Cette tendance participative se rapprocherait de la conception rousseauiste de la démocratie qui devait s'accomplir par un mandat impératif pour établir une souveraineté populaire.

Entendons-nous bien, cette conception est anticonstitutionnelle puisque la Constitution de 1958 consacre le mandat représentatif partant la souveraineté nationale. Pour illustrer le propos, l'abbé Sieyès, connu pour ses écrits et son action pendant la Révolution française, l'a emporté sur Jean-Jacques Rousseau. Néanmoins, les réseaux sociaux, et plus largement Internet, ont bousculé l'esprit grégaire de ce que Voltaire appelait « les gueux ignorants » quand il estimait que « lorsque la populace se mêle de raisonner, tout est perdu ».

Primaire à gauche : l’occasion d’une redéfinition des orientations du PS

Responsabilité collective avant le confort individuel

Certaines manières patelines de candidats peuvent rebuter et pousser le citoyen à désapprendre le chemin de l'isoloir. Néanmoins, il convient pour chaque choix personnel, a fortiori ceux qui concernent le bien commun, de circonscrire ses affects et d'arbitrer entre responsabilité collective et confort individuel. S'abstenir de voter est contre-productif car cette désaffection ne pouvant être totale, il subsistera toujours un corps d'électeurs actifs, fût-il réduit à peau de chagrin, qui validera l'élection, aucun quorum n'étant défini constitutionnellement.

Ainsi, le pouvoir que nous possédons de jure sera dévolu de facto à des représentants que nous n'aurions même pas choisis ? On conviendra que c'est là une aporie – une invraisemblance - donquichottesque ; cette offre moins-disante ne peut trouver preneur. Comment alors faire en sorte de continuer à voter sans ressentir ce sentiment de confiscation de souveraineté que beaucoup d'abstentionnistes peuvent légitimement ou non invoquer ?

Renverser l'expression « Ah ! le bon billet qu'a La Châtre ! »*

Le choix d'un candidat ne doit pas être synonyme de blanc-seing accordé. D'aucuns ressentent ce qu'a dû ressentir La Châtre avec son billet inopérant en songeant au bulletin glissé dans l'urne. Ne laissons pas nos élus se muer en une Ninon de Lenclos désinvolte et sarcastique car la vigilance est ce qui rend la liberté inamissible, vigilance dont le fameux Alain décrétera qu'elle « ne se délègue pas » en concluant sur un aphorisme sapientiel : « Tout chef sera un détestable tyran si on le laisse faire. »

Montesquieu aussi intronisait le primat du contre-pouvoir sur le pouvoir dans De l'esprit des lois : « C’est une expérience éternelle que tout homme qui a du pouvoir est porté à en abuser ; il va jusqu’à ce qu’il trouve des limites ». Si pour lui, le contre-pouvoir peut être efficacement réifié par un pouvoir de nature différente, pour d'autres penseurs d'horizons aussi divers que Platon, Tocqueville, Marat, Gandhi ou Aldous Huxley, ce sont bien les citoyens eux-mêmes qui doivent s'intéresser au bien commun afin d'accompagner utilement leurs dirigeants.

Si les citoyens combattent « l'inertie du peuple » que louait Machiavel dans son miroir des princes, l'expression « Ah ! le bon billet qu'a La châtre » sera plus prédicable aux élus qu'aux électeurs, eu égard à la valeur toute relative du suffrage qui s'indexera sur un programme défini et précis.

Votons donc en nous investissant pour l'intérêt général car comme le rappelait Platon :
« La punition des gens bons qui ne s’intéressent pas à la politique, c’est d’être gouvernés par des gens mauvais. »

*Se dit pour exprimer une promesse sans valeur. Référence est faite à l’histoire du marquis de la Châtre, qui avait exigé de sa maîtresse Ninon de Lenclos un billet où elle s'engageait à lui être fidèle pendant son service militaire. Une promesse vite rompue par cette femme, auteure de cette phrase depuis devenu un proverbe.

Participer au sondage Saphirnews sur la primaire de gauche ici.

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Soulaïmane Berka est secrétaire général de la Grande Mosquée de Mantes-La-Jolie (Yvelines).

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