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Politique

Pays-Bas : l'islamophobie, le carburant d'un Geert Wilders aux portes du pouvoir

Comment Geert Wilders veut « désislamiser » son pays

Rédigé par Samba Doucouré et H. Ben Rhouma | Mardi 14 Mars 2017

L’Europe a les yeux rivés sur les Pays-Bas où sont organisées, mercredi 15 mars, les élections législatives qui pourraient bien voir la victoire de l’extrême droite. Après la victoire du Brexit en Grande-Bretagne et l'élection de Donald Trump aux Etats-Unis, le succès tendra-t-il sa main à Geert Wilders ? A l’instar d'autres partis d'extrême droite en Europe, la haine de l’islam est un des ressorts de l’ascension du président du PVV, qui a construit tout un programme autour de la « désislamisation » des Pays-Bas.



Pays-Bas : l'islamophobie, le carburant d'un Geert Wilders aux portes du pouvoir
La carrière politique de Geert Wilders s’ouvre en mai 2002 avec l’assassinat du leader de l'extrême droite Pim Fortuyn, abattu par un écologiste radical. L’assassin avait justifié son geste par la volonté de protéger les musulmans de l’ascension d'un population aux positions anti-islam et anti-immigration ancrées. Mal lui en a pris. En 2004, c’est Théo Van Gogh, réalisateur d’un film islamophobe, qui est sauvagement assassiné. Ces tragiques épisodes ont ouvert un boulevard à la haine que n’a pas manqué d’exploiter Geert Wilders.

En 2006, après une rupture avec le Parti libéral, il créé le PVV, le « Parti de la liberté », et réussit très vite à placer neuf députés au parlement à l’issue des élections législatives. L’homme politique aux cheveux peroxydés prend des positions très radicales sur l’islam, comparant le Coran à Mein Kampf et appelant à la fermeture de toutes les mosquées. En 2014, devant les militants du PVV, dans un style à la Sarkozy, il demande s’ils veulent « plus ou moins de Marocains dans leur ville » afin de réduire les « problèmes ». A la réponse « moins moins moins ! », il opposait [« nous allons nous en charger »]i. Plus de 6 400 plaintes avaient été déposées à son encontre mais Geert Wilders a finalement été acquitté, comme en 2011 lorsqu'il était accusé d'incitation à la haine raciale.

Le visage néerlandais d'une banalisation de la haine

Le succès du personnage aux Pays-Bas illustre bel et bien la montée de l’extrême droite sur le Vieux continent. Ce Trump à la sauce néerlandaise est adepte des petites phrases assassines. « Le Coran expurgé de ses passages haineux n’est pas plus épais que le journal de Mickey » déclarait-il en 2007. « C’est un maître des messages courts que recherchent de nombreuses personnes dans l’époque complexe que nous traversons. Ils recherchent une vision politique simple et sans nuances. Geert la leur donne. Il procure une identité: Nous, le peuple néerlandais. Il fournit les éléments (présentés comme) s’y opposant: les musulmans, l’UE, les élites », analyse auprès du Spiegel son frère Paul, à l'opposé des idées de Geert Wilders.

Né en 1963 à Venlo, dans l’est du pays, il est décrit par son frère comme quelqu’un de profondément intolérant : « C’était une calamité. (Il était) égocentrique et agressif. (…) Même à l’adolescence, il se montrait déjà extrême. Il a une vision étriquée des choses. Pour lui, il n’y a pas de compromis. »

On raconte que son attrait pour la politique serait consécutif à un voyage en Israël à la fin de ses études : l'homme, qui affiche depuis des années une indéfectible amitié pour Israël, aurait vu dans l'Etat hébreu le dernier rempart face à « l’islam conquérant ». Son frère Paul opte, lui, davantage pour de l’opportunisme. Il explique qu’à la fin des années 1980, « nous avons, tous les deux, discuté pendant des heures dans quel parti il devait aller. Il était alors ni clairement de gauche ni de droite, il n’était pas encore xénophobe. Mais le jeu politique l’a fasciné, (avec) le combat pour le pouvoir et l’influence ».

La « désislamisation » d'un pays, tout un programme

Embauché par le parti libéral VVD en 1990 où il est en charge des questions socio-économiques, Geert Wilders est élu sept ans plus tard comme conseiller municipal à Utrecht, puis député en 1998.

Suite aux décès de Pim Fortuyn et de Théo Van Gogh, il se fait le nouveau héraut du populisme néerlandais, reprenant leurs patins contre l'islam. Il s’allie à la Somalienne Ayaan Hirsi Ali puis produit en 2008 le pamphlet « Fitna ». Aujourd'hui, il fait de la « désislamisation » des Pays-Bas un des points phares de son programme. A cette fin, il déclare vouloir la fermeture des écoles musulmanes et des mosquées - des « temples nazis » à ses yeux -, ainsi que l'interdiction du Coran à travers le pays. Il en va de même pour le voile et tout signe religieux musulman « qui viole l’ordre public ». Haro sur les libertés fondamentales avec le PVV.

Pays-Bas : l'islamophobie, le carburant d'un Geert Wilders aux portes du pouvoir

« Il n’y a pas d’homme politique qui ait moins de contact avec le peuple que Geert »

Parmi les vœux formulés par le parti, on note également l'interdiction d'entrée pour tous les réfugiés et migrants originaires de pays musulmans, de même que la fermeture les centres d'asiles. En outre, il promet le retrait de la nationalité néerlandaise à tous les « criminels binationaux », l'impossibilité pour les personnes parties en Syrie de revenir aux Pays-Bas ainsi que « la détention préventive pour les musulmans radicaux ». Eurosceptique convaincu, il réclame le retrait de son pays de l'Union européenne. En matière économique et culturel, le vide est total dans son programme. Le parti islamophobe promet une baisse des impôts, une hausse des dépenses publiques en faveur de la police et de l'armée et leur fin s'agissant de l'aide au développement, des arts ou encore de l'énergie durable (les éoliennes citées).

Un programme qui a tout l'air d'être irréalisable. Mais l'inquiétude des minorités sur l'avenir que leur promet le PVV, chantre du slogan « les Pays-Bas aux Néerlandais », n'est pas moindre.

Geert Wilders vit depuis des années dans un lieu tenu secret et sous protection policière permanente. Selon son frère Paul, depuis une douzaine d’années, « il n’y a pas d’homme politique qui ait moins de contact avec le peuple que Geert. Il ne peut même pas faire un seul pas dans la rue ». A la veille des élections législatives, le PVV figure en seconde position dans les sondages avec 13 % d’intentions de vote derrière le Parti social-libéral de Mark Rutte, Premier ministre sortant, crédité de 16 %. Le mouvement qui arrivera en tête aura donc besoin d’une coalition pour diriger le pays. Un paramètre qui est pour l’instant loin d’être acquis avec 28 formations politiques qui concourent lors de ce scrutin.

Mise à jour : Le parti de Geert Wilders est arrivé en seconde position dans les élections. Pour en savoir plus.

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