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Cinéma, DVD

Oriana Fallaci, un biopic qui occulte l'islamophobie de la célèbre journaliste italienne

Rédigé par Fatima Khaldi et H. Ben Rhouma | Vendredi 7 Août 2015

« Oriana Fallaci », un biopic consacré à la célèbre reporter de guerre italienne, est diffusé sur grand écran depuis mercredi 5 août. Réalisé par Marco Turco, il donne à voir une image glorieuse et glamour de cette femme tumultueuse sans que puisse être évoqué son côté sombre : celui d'une islamophobe notoire qui, à la fin de sa vie, ressemblait davantage à une femme aigrie et raciste qu'à une icône glamour et intellectuelle.



Un biopic autour de la vie d'Oriana Fallaci est sorti le 5 août. Celui-ci occulte l'islamophobie de la journaliste italienne qu'elle a développé dans la dernière partie de sa vie. © Francesca Fago
Un biopic autour de la vie d'Oriana Fallaci est sorti le 5 août. Celui-ci occulte l'islamophobie de la journaliste italienne qu'elle a développé dans la dernière partie de sa vie. © Francesca Fago
Un biopic consacré à Oriana Fallaci est diffusé sur grand écran depuis mercredi 5 août. Née en 1929 et décédée en 2006, elle était connue pour son activisme dans la résistance italienne antifasciste durant la Seconde Guerre mondiale, puis pour son engagement en faveur de la cause féminine à travers le monde. Un monde qu'elle a parcouru du nord au sud, d'est en ouest, pour couvrir des guerres et autres grands événements de son temps en sa qualité de reporter, jusqu'à devenir une référence dans le monde du journalisme qu'elle finit par quitter à la fin des années 1970.

Un noble parcours terni, dans la dernière partie de sa vie, par de profondes convictions qui prennent pour source la haine : Oriana Fallaci était en effet une islamophobe assumée dont personne n’ignorait ni les discours ni les écrits. Ses convictions anti-islam, elle les exprime haut et fort dans La Rage et l’Orgueil, paru en 2002 en écho aux attentats du 11-Septembre, après dix ans d'une retraite en silence à New York.

Son essai, qui tire son origine d'un long entretien accordé au quotidien italien Corriere della serra, a été rejeté par plusieurs maisons d’édition avant d’être finalement publié par Plon. Il nous donne à lire l’idéologie islamophobe de cette femme que le film élude volontairement. A l'époque, le Mouvement contre la racisme et pour l'amitié entre les peuples (MRAP) avait bien tenté d'interdire l'ouvrage de l'athée convaincue, en vain.

Un florilège de propos racistes

Musulmans, immigrés, étrangers... dans son délire xénophobe, ils sont tous les mêmes avec Oriana Fallaci, à savoir détestables. Dans La Rage et l’Orgueil, suivi en 2004 de La Force de la raison pour réaffirmer avec plus de force son islamophobie, on pouvait notamment lire :

« Les Italiens ne font plus d’enfants, les imbéciles. Les autres Européens, à peu près pareil. Les fils d’Allah, au contraire, se multiplient comme les rats. » Ces même « fils d’Allah » sont aussi décrits comme « des messieurs qui au lieu de contribuer au progrès de l’humanité passent leur temps avec le derrière en l’air, à prier cinq fois par jour. »

« Si je suis vivante aujourd'hui, c'est bien grâce à notre science, et non à celle de Mahomet. »

« N’importe quelle théologie de l’islam peut t’expliquer que, pour défendre la foi, le Coran autorise le mensonge, la calomnie, l’hypocrisie. »

« Derrière chaque terroriste islamique, il y a nécessairement un imam, et je rappelle que Khomeini était un imam. »

« Les mosquées qui, surtout en Italie, fleurissent à l’ombre de notre laïcisme oublié et de notre pacifisme mal placé, grouillent jusqu’à la nausée de terroristes ou aspirants terroristes. »

Exaspérée par la construction de mosquées, dont une en Toscane d'où elle est originaire, elle va jusqu'à affirmer, en 2006, à un journaliste du New Yorker qu’elle était prête à prendre de l'explosif pour faire sauter une mosquée alors en construction dans sa ville natale.

Oriana Fallaci, un biopic qui occulte l'islamophobie de la célèbre journaliste italienne

Une icône de l'extrême droite européenne

D’abord journaliste people, Oriana Fallaci est devenue reporter de guerre au début des années 1960 et a eu le privilège d’interviewer de nombreux chefs d’Etat et personnalités de renommée mondiale, du dalaï lama à la figure polonaise Lech Walesa, en passant par le Libyen Kadhafi et à l'Israélienne Golda Meir.

Celle de l’ayatollah Khomeini, peu de temps après la révolution iranienne en 1979, a été une de ses interviews les plus mémorables : après un échange musclé sur la question féminine en Iran, elle décide d'enlever son voile, qui lui a été imposé, pour faire face au chef religieux et qu'elle nomme devant l'interviewé de « stupide chiffon moyenâgeux », interrompant ainsi (temporairement) l'entrevue... Celle qui aura marqué les esprits par son ton tranchant et impertinent s’est aussi révélée être, avec le temps, une des premiers intellectuels islamophobes inspirant l'extrême droite européenne.

Dans La Force de la raison, la journaliste italienne se désolait que l’Europe soit devenue « une colonie de l'islam transformée en Eurabie ». Une expression chère aux défenseurs de la théorie du remplacement qu'elle a contribuée à populariser.

Le biopic de ce personnage, qui n'est pas que « controversé », aurait mérité d’être vu si son réalisateur Marco Turco, déjà auteur d'une série en deux épisodes à la gloire d'Oriana Fallaci diffusées en février sur la Rai, avait eu le courage de montrer cette icône italienne sous son pire jour, celui d'une icône de la liberté qui a sombré dans la haine de l'Autre. Telle est la réalité.





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