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Société

Le Père Noël à la mosquée

Rédigé par Amara Bamba | Vendredi 25 Décembre 2009

Que fait-on à Noël quand on est musulman en France ? Rien, diront certains. Et ils ont leurs arguments. D’autres diront qu’il y a plein de choses à faire en France surtout lorsque, comme cette année, le jour de Noël est un vendredi. Exemple : inviter le Père Noël à la mosquée !



Le Père Noël à la mosquée
Autrefois, dans les années 1980, l’Association des étudiants islamiques de France (AEIF) tenait son congrès annuel à Noël. Le choix était stratégique. Plus qu’un congrès d’association, c’était une réunion de familles. Les étudiants et leurs familles se retrouvaient dans un chalet ou dans leur mosquée de Strasbourg. Les délégués des sections tenaient séance et les familles tissaient du lien social. En ces temps-là, pour bien de musulmans de France, Noël était synonyme de « congrès de l’AEIF » ; entendons : « réunion fraternelle ».

Puis vint l’Union des organisations islamiques de France (UOIF). Suivant la même stratégie elle commence par tenir son congrès à Noël. Débats associatifs d’un côté, festivités de l’autre. Le succès ne tarda pas à venir. Mais le succès a ses exigences.

L’AEIF éteinte dans ses débats d’intellos, l’UOIF a dû gérer un succès toujours plus grand. Son congrès de Noël fut déplacé au printemps plus propice aux commerçants qui se sont appropriés l’événement. Désespérément, l’Union a essayé de sauver les meubles en gardant l’esprit d’origine : débats, d’un côté, et foire, de l’autre. Du « Congrès de l’UOIF » on est passé à la RAMF, la Rencontre annuelle des musulmans de France, qui ne se tient donc pas à Noël.

Que fait-on alors à Noël quand on est musulman ? Car, l’école publique est fermée au hijab mais pas encore au Père Noël. Nos impôts laïcs habillent toujours nos villes à Noël. La télé et autres sanctuaires de la consommation, bien avant Noël, matraquent nos esprits athées, croyants, chrétiens ou musulmans, avec des offres de Noël qu’on se sent idiot de repousser.

Mais, pour certains musulmans, il n’est pas question de fêter Noël. Car, disent-ils, c’est avant tout une fête chrétienne et, surtout une fête commerciale. Pour ceux-là, les chrétiens pensent fêter Jésus. Or le Père Noël n’est rien de plus qu’un agent commercial qui se moque du salut des âmes mais qui s’intéresse au porte-monnaie avec le petit Jésus comme argument de vente. S’il fallait fêter Noël disent-ils, le Prophète de l’islam l’aurait fait. S’il fallait fêter Noël, ses compagnons l’auraient fait. A leurs enfants curieux, ces musulmans expliquent que Noël est pour leurs camarades chrétiens et l’Aïd pour nous, les musulmans.

A leurs enfants curieux d’autres musulmans répondent qu’ils fêtent Noël en souvenir de Jésus, fils de Maryam, un grand prophète de Dieu que le Coran couvre d’éloges. A Noël, ceux-là couvrent leurs enfants de cadeaux comme ils les gâtent à l’Aïd. Ils estiment que, surtout dans un pays comme la France, ils ne peuvent laisser les chrétiens confisquer le souvenir de Jésus. Noël est donc une occasion de resserrer le lien social avec leurs amis chrétiens.
Et le Prophète de l’islam n’a pas interdit Noël. Il ne l’a pas fêté, pas plus qu’il n’a fêté son anniversaire qui est célébré dans bien de mosquées : Mawlid (Mouloud ou Mawloud). S’ils le pouvaient, ceux-là réuniraient les enfants du quartier, chrétiens ou non, pour voir le Père Noël descendre le long du minaret de la mosquée et distribuer ses cadeaux à tous, sans discriminations.

On peut donc dresser deux colonnes : arguments d’un côté, contre-arguments de l’autre. Puis, au bas de ce tableau inconciliable, on trouvera : l’islam et l’Islam. Un Message unique, un vécu multiple. Car, dans le jardin de l’humanité, l’eau arrive par la même pluie mais chaque fleur dégage son propre parfum. Bonne fête donc à celles et à ceux qui fêtent Noël !






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