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Arts & Scènes

Le Maroc médiéval s'expose au Louvre

Rédigé par | Mardi 4 Novembre 2014



Le grand lustre almohade (entre  1202-1213) de la mosquée al-Qarawiyyin, à Fès, alliage de cuivre coulé, moulé et ciselé, ouvre l’exposition « Le Maroc médiéval − Un empire de l’Afrique à l’Espagne », qui a lieu au musée du Louvre, du 17 octobre 2014 au 19 janvier 2015.
Le grand lustre almohade (entre 1202-1213) de la mosquée al-Qarawiyyin, à Fès, alliage de cuivre coulé, moulé et ciselé, ouvre l’exposition « Le Maroc médiéval − Un empire de l’Afrique à l’Espagne », qui a lieu au musée du Louvre, du 17 octobre 2014 au 19 janvier 2015.
Qu’est-ce que l’Occident islamique si ce n’est ce vaste empire qui s’est étendu du Maghreb à l’Andalousie à travers les conquêtes de dynasties du XIe au XVe siècle ? L’exposition organisée par le musée du Louvre et la Fondation nationale des musées du Maroc nous plonge dans « Le Maroc médiéval − Un empire de l’Afrique à l’Espagne » au gré d’un parcours autant historique qu’artistique.

Près de 300 œuvres dans les domaines du décor architectural, du textile, de la céramique et de la calligraphie nous sont ainsi présentées suivant un fil chronologique : « Naissance du Maghreb al-Aqsa, 788-927 » ; « Les Almoravides : le premier empire amazigh (berbère), 1049-1146 » ; « Les Almohades, ou la refondation d’un empire autour du dogme de l’unicité divine, 1146-1269 ; « Les Mérinides : cheminements symboliques et retour à Fès, 1269-1465 ».

Cycle de conférences (Ibn Khaldoun, Maïmonide, chérifisme et soufisme…), concert, spectacle de danse et carte blanche dédiée au cinéaste Nabil Ayouch viennent compléter le programme, faisant le lien entre tradition et modernité du Maroc.

Rencontre avec les deux commissaires de cette exposition : Yannick Lintz, directrice du département des Arts de l’islam au musée du Louvre, et Bahija Simou, directrice des Archives royales du Maroc.

Saphirnews : En quoi cette exposition est-elle exceptionnelle ?

Yannick Lintz : Cette exposition est la réunion de 300 œuvres, venant de 84 prêteurs différents. Plus d’une centaine d’œuvres viennent du Maroc : Mme Simou vous dira combien ces prêts sont exceptionnels pour le Maroc. Et nous avons aussi négocié des prêts remarquables d’Espagne : plus d’une centaine viennent de musées et d’églises d’Espagne et permettent d’évoquer la face andalouse de ces dynasties marocaines. Et puis nous avons d’autres œuvres provenant de l’Europe entière.
La réunion de ces trésors souvent invisibles au public et réunies en un même endroit pour évoquer cette histoire entre les deux rives de l’Afrique et de l’Espagne rend la chose tout à fait exceptionnelle.

Les deux commissaires de l’exposition « Le Maroc médiéval » : Bahija Simou (à g.), directrice des Archives royales du Maroc, et Yannick Lintz, directrice du département des Arts de l’islam au musée du Louvre.
Les deux commissaires de l’exposition « Le Maroc médiéval » : Bahija Simou (à g.), directrice des Archives royales du Maroc, et Yannick Lintz, directrice du département des Arts de l’islam au musée du Louvre.

Ainsi des œuvres sont-elles sorties pour la première fois du Maroc…

Bahija Simou : En effet, des objets sont pour la première fois exposés : issus de fouilles archéologiques, d’autres sont muséologiques et d’autres non muséologiques.
S’agissant des objets non muséologiques, je fais référence, par exemple, au lustre de la mosquée al-Qarawiyyin, de Fès, qui illumine les veillées spirituelles pendant des siècles. Je pense aux minbars qui sont toujours en usage. Certains de ces objets non muséologiques sont spécifiques aussi de par leurs dimensions monumentales tels les portes et les minbars. Cela a d’ailleurs posé de grands problèmes pour les faire sortir et les transporter !
La plupart de ces objets viennent de la médina de Fès. Et la médina est elle-même un monument historique datant de 12 siècles, donc très ancienne et fragile avec une architecture spécifique, des ruelles très étroites, des arcades basses, ce qui n’a pas facilité le déplacement de ces objets ! Il y a dû y avoir toute une réflexion à laquelle ont contribué plusieurs institutions marocaines : la protection civile, la sûreté nationale, le ministère des Habous…
On a transporté le lustre de la mosquée al-Qarawiyyin à l’aube, pour ne pas déranger les pratiquants, car c’est une ville spirituelle où il y a un mouvement très dense, notamment aux moments des prières, donc on a choisi de le déplacer entre la salat al-isha qui est la dernière prière de la nuit et celle de l’aube…

Après cette exposition, ces objets vont-ils retrouver leur lieu d’origine, puisqu’ils continuent à vivre au sein de la société marocaine ?

Bahija Simou : Une réflexion très importante a été entamée, qui nous vient de cette coopération avec le Louvre. Cela nous a donné l’occasion de repenser notre patrimoine. Il y a une proposition qui a été soumise à la haute attention de Sa Majesté le Roi : comment rendre ces objets non muséologiques muséologiques et comment constituer un musée d’Art islamique au Maroc ?
Yannick Lintz : Signalons déjà que cette exposition sera ensuite présentée du 2 mars au 30 juin 2015 à Rabat, dans le nouveau musée Mohammed-VI qui vient d’être inauguré.

Le parcours de l’exposition est chronologique : est-ce une volonté pédagogique car on estime que le public en France ne connaît pratiquement rien de cette partie de l’Histoire marocaine ou est-ce pour une autre raison ?

Yannick Lintz : Il s’agit d’une volonté pédagogique par rapport à une Histoire que l’on veut faire découvrir. Et la manière on espère la plus simple de faire comprendre cette Histoire est de montrer comment elle se développe sur les quatre siècles : évolution artistique, évolution culturelle, évolution urbaine...

Lors de votre discours d’inauguration de l’exposition, vous avez beaucoup insisté sur cet islam soufi, apaisé, modéré, très présent au Maroc. Pourquoi ? Est-ce lié à l’actualité ou est-ce tout simplement parce que c’est ancré dans l’Histoire du Maroc ?

Bahija Simou : C’est ancré dans l’Histoire car cette exposition parle du Moyen Âge. Et, comme vous le savez, l’État marocain tout comme les autres pays de la Méditerranée ont été centrés autour de la religion : le Maroc, autour de l’islam, et l’Occident latin, autour du christianisme. Le fondement de l’État marocain reposait sur le rite malékite et la doctrine asharite et je montre comment il prônait un islam modéré, qui est pratiqué jusqu’à maintenant. La pratique du soufisme règne sur le Maroc ; c’est une particularité qui le diffère d’autres pays musulmans.

Quelles pièces de l’exposition montrent cet aspect de la religion ?

Bahija Simou : Beaucoup de manuscrits évoquent la jurisprudence, qui se fonde sur le rite malékite et la doctrine asharite. Il y a aussi l’expansion de l’islam vers d’autres pays africains qui est évoquée, symbolisée par la stèle du Mali. Et également cette ouverture d’esprit marquée par les échanges entre le Maroc et les États italiques, qu’on trouve à travers les grands bronzes (le griffon et le lion), qui sont issus d’une église de Pise. Il y a aussi des correspondances qui témoignent de l’ouverture officielle du Maroc sur les pays chrétiens.
Nous détenons beaucoup d’archives que nous n’avons pu exposer ici telle une correspondance dense entre le Saint Siège et les sultans du Maroc au moment des guerres de croisade.
Tout cela témoigne d’une pratique d’un islam tolérant, modéré, qui demeure jusqu’à nos jours.

L’exposition n’est finalement pas thématique mais, en parallèle à celle-ci, vous proposez tout un programme de conférences, de films...

Yannick Lintz : Oui, le programme de conférences (sur l’histoire des sciences au Maroc, sur le soufisme…) est très complémentaire de l’exposition, car il permet d’éclairer ce qu’une exposition et des objets ne permettent pas forcément de raconter. Concernant la programmation contemporaine, nous avons travaillé en symbiose et en complémentarité avec l’Institut du monde arabe (IMA) pour faire de cet automne et de cet hiver un vrai moment marocain.

En quoi est-ce important, pour vous, directrice du département des Arts de l’islam au musée du Louvre, que les jeunes générations viennent découvrir cette exposition ?

Yannick Lintz : J’espère que les jeunes Marocains et les jeunes Français d’origine maghrébine viendront voir cette exposition car je pense qu’elle ne doit pas attirer seulement le public habituel du Louvre : elle doit permettre de mieux comprendre sa propre histoire et son identité à travers les œuvres que l’on présente. J’espère que les jeunes oseront franchir les portes de la pyramide du Louvre pour venir les voir !


Exposition « Le Maroc médiéval − Un empire de l’Afrique à l’Espagne », au musée du Louvre, du 17 octobre 2014 au 19 janvier 2015. Programme complet ici
Le Maroc médiéval s'expose au Louvre





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