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Points de vue

La presse arabe et les élections françaises de 2017

Rédigé par Nayla Haddad | Vendredi 30 Juin 2017



Le roi de Jordanie Abdallah II et le président français Emmanuel Macron.
Le roi de Jordanie Abdallah II et le président français Emmanuel Macron.
Rarement une élection française aura suscité autant d’intérêt, de questionnements et d’enthousiasme dans la presse arabe.

En effet, la Gazette saoudienne du 22 novembre 2016 s’empressera de délimiter les enjeux électoraux qui lui paraissent les plus incontournables. Les thématiques retenues notamment à l’occasion des présidentielles, s’articulent autour de dossiers brûlants : l’immigration et les réfugiés, la laïcité, le conflit israélo-palestinien, la guerre en Syrie, les relations de la République avec l’Islam et la lutte contre le terrorisme.

Qu’elle soit saoudienne, émiratie, libanaise, algérienne, la presse arabe va ainsi passer au crible chacun des cinq principaux candidats cherchant à élucider leur positionnement respectif.

Programmes et candidats

Si, à l’aune du premier tour des présidentielles, les médias arabes se sont interrogés sur le sens du vote de la communauté arabe et musulmane de France et sur l’identité du meilleur candidat potentiel à la présidence, c’est lors de l’entre-deux tours des élections que le candidat Macron s’est imposé comme une évidence en favori des médias arabes.

Jugé meilleur candidat dans l’intérêt de la communauté arabe et musulmane au détriment des partis de gauche /habituellement plébiscités, Emmanuel Macron est salué par les médias arabes pour ses propos concernant la guerre d’Algérie et pour sa visite fort appréciée au Liban, contrairement à celle de Marine Le Pen au Dar el Fatwa libanais qui n’a fait que diviser l’opinion arabe.

Par ailleurs et, contrairement à ses rivaux politiques, Le Pen, Mélenchon et Fillon, Emmanuel Macron sera ovationné sur la politique qu’il entend mener en Syrie et notamment sur son refus de s’aligner sur la politique russe dans la région.

Second tour de la présidentielle

À la veille du second tour de la présidentielle, la perspective d’une victoire de Marine Le Pen, surnommée la « Trump française », a préoccupé le monde arabo-musulman.

Le quotidien saoudien Asharq al Awsat ira même jusqu’à apparenter l’élection présidentielle à un « carrefour à la croisée des chemins » dans lequel les électeurs français ont un choix irréductible à faire entre deux logiques antagonistes : la première, celle du choc des civilisations, du refus de l’autre, de l’islamophobie de Marine Le Pen et la seconde, celle du dialogue, de l’ouverture et de la France des Lumières incarnée par Emmanuel Macron.

Après l’élection

Au lendemain de la victoire d’Emmanuel Macron, le quotidien égyptien Al Masrawi n’hésite pas à parler du « tsunami Macron » et appelle à tirer les leçons qui en découlent : le triomphe de la mondialisation, du libéralisme économique – chance de renouveau pour la France – la défaite des partis traditionnels de droite et de gauche ainsi que celle du parti d’extrême droite et des populismes.

Qualifiant cette victoire de « moment historique », les journaux jordaniens Al Rai et saoudien Alsharq el Awsat titrent leur une respective sur les Français qui ont préféré la voie du changement et de la modération à celle de la haine, du rejet de l’étranger et des tentations de repli identitaire.

Soulagée par ce vote qui encourage la pacification de la France avec le monde arabo-musulman, la presse émiratie, Emirates News Agency, qualifie la victoire du président Macron de synonyme de business et de bon augure pour le renforcement des relations économiques entre le monde arabe et une France accueillante aux investissements arabes et étrangers.

Le cas syrien

La presse syrienne, quant à elle, adopte une attitude plus nuancée à l’égard des élections françaises qui ont eu un tout autre retentissement auprès de la population syrienne.

Si quelques journalistes de l’opposition au régime exhortent, sur leur page Facebook, les Syriens à mener une « révolution à la française » en Syrie contre le régime de la famille Assad et à reprendre leur destin en main, la presse syrienne soutenant le régime n’hésite pas à rappeler que seules l’armée syrienne et la direction du parti Baath sont les ennemis du terrorisme qui frappe le monde et la France.

Cette presse appelle de ses vœux le nouveau président élu à revoir la politique syrienne de son prédécesseur.

Un espoir, l’unité

La presse arabe tire une dernière leçon des élections françaises, donnée par AlYoumAl Sabi3. Le quotidien égyptien pose en conclusion ultime que les élections françaises signent la victoire de l’unité nationale d’un pays, celle du rassemblement de ses forces politiques au-delà des divergences partisanes, dans le but ultime d’endiguer le danger de l’extrême droite qui guette.

Les presses égyptienne et globalement arabe se désolent d’établir le constat que les hommes politiques du monde arabe n’ont pas eu à ce jour, et ce, malgré les dangers du radicalisme religieux, la capacité de renoncer à leurs ambitions politiques personnelles pour le bien-être suprême de la nation et de l’État.

Les élections françaises ont donné un signal fort à la presse arabe : le changement est possible, le renouvellement des élites plausible et les sociétés ne sont jamais vouées à rester sclérosées.

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Nayla Haddad est avocate aux barreaux de Beyrouth et de Paris et membre de Justice et Paix, service de la Conférence des évêques de France. Première parution de cet article dans la Lettre de Justice et Paix, n° 225, juin 2017.






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