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Finance éthique

La finance islamique, une éthique valorisée par la Sorbonne

Rédigé par Hanan Ben Rhouma | Mardi 6 Décembre 2011

En pleine crise de la dette en Europe, une nouvelle pierre à l’édifice de la réflexion sur l’apport de la finance islamique dans les sociétés non musulmanes s’est ajoutée avec le lancement officiel, mercredi 30 novembre, de la chaire « Ethique et normes de la finance », qui scelle le partenariat entre l’université Paris-1 Panthéon-Sorbonne et celle du roi Abdulaziz, à Djeddah. La chaire est entièrement tournée vers la recherche, mais l’apparition d’une formation de finance islamique à la Sorbonne n’est pas exclue pour les prochaines années.



La Chaire « Ethique et normes de la finance », lancée officiellement le 30 novembre, scelle le partenariat entre l’université de Paris-1 Panthéon-Sorbonne et celle du roi Abdulaziz, à Djeddah.
La Chaire « Ethique et normes de la finance », lancée officiellement le 30 novembre, scelle le partenariat entre l’université de Paris-1 Panthéon-Sorbonne et celle du roi Abdulaziz, à Djeddah.
Un temps épargnées par les conséquences de la crise financière qui a gravement frappé les Etats-Unis en 2008, la France et l’Europe sont depuis plusieurs mois en plein marasme économique. Mise en accusation, la finance conventionnelle ne cesse de voir son image se dégrader. Dans ce contexte, le développement de normes éthiques dans la finance est devenu nécessaire pour redresser la barre.

Dans ce sens, la chaire « Ethique et normes de la finance », née d’un accord-cadre de coopération signé en janvier dernier entre l'université Paris 1-Sorbonne et l’université du roi Abdulaziz à Djeddah, a été inaugurée mercredi 30 novembre en présence de Jean-Claude Colliard, président de La Sorbonne, d’Osama S. Tayeb, président de la faculté saoudienne, de Pierre-Charles Pradier et d’Abdullah Turkistani, les responsables de la chaire.

Réintroduire l’éthique dans la finance

Au travers de cette initiative inédite, les deux universités ont pour ambition de développer une recherche de qualité autour de la moralisation de la finance et, par ce biais, autour de la finance islamique, présentée aujourd'hui comme une alternative éthique à la finance conventionnelle, qui interdit notamment les intérêts (riba), la spéculation et qui se fonde sur les principes d'adossement de tout financement à un actif tangible et du partage des pertes et des profits.

Selon Pierre-Charles Pradier, spécialiste de la théorie de la décision et de l'économie du risque et coresponsable de la chaire, « son objectif est de répondre à une demande sociale qui est celle de trouver une évolution soutenable, socialement acceptable de la finance. » « On voit aujourd’hui avec la crise de la dette souveraine que les modalités de financement des Etats conduisent à une remise en cause de la construction européenne. L’objet de notre chaire est de réintroduire une dimension éthique dans la finance pour qu’elle soit au service de l’économie et au service des projets politiques et de développement des peuples », ajoute-t-il.

Même si une formation de finance islamique n’est pour le moment pas envisagée à la Sorbonne, la perspective d’une formation de finance islamique pourrait prochainement naître dès lors que l’opportunité s’en fera sentir dans les prochaines années. « Les meilleurs diplômes sont ceux qui sont adossés à une activité de recherche reconnue et donc si nous n’avons pas encore développé une activité d’enseignement, c’est prévu » mais pas pour tout de suite, nous confie M. Pradier.

L'objet premier de la chaire est donc de développer une recherche de haut niveau sur l'éthique de la finance. Une chaire entièrement financée par l’Arabie Saoudite à hauteur de 1 million d’euros sur trois ans, en la personne de Mohammed Hussein Al-Amoudi, un homme d'affaires ayant déjà financé cinq autres chaires de recherche.

La coopération bilatérale au cœur de la chaire

C'est ainsi que des séminaires mensuels à destination d’un public avisé (doctorants, post-doctorants et chercheurs) ont déjà été organisés dans le cadre de la chaire depuis mai 2011 et se poursuivront tout au long de l'année universitaire. Il s'agit de vidéoconférences, tripartites entre Paris-1, l'Institut d'économie islamique et la faculté des femmes de l'université du roi Abdulaziz, qui permettent de travailler à trois sur des sujets précis.

Cinq colloques, à destination d'un plus large public, sont prévus, dont un sur le dialogue des cultures en février, sur le développement économique de l'Arabie Saoudite en mai et sur le financement de l'Etat en novembre. De ces colloques, des publications scientifiques seront ensuite produites.

Un programme d’échange de doctorants entre les deux universités sera également développé, ajoute Kader Merbouh, coordinateur de la chaire à la Sorbonne. L'opportunité pour cette faculté, réputée pour ses formations en droit et en économie, de se positionner au Moyen-Orient.

La coopération avec l'université du roi Abdulaziz est « fondamentale car l'Arabie Saoudite représente une source de légitimité académique dans le domaine de l'éthique musulmane. L'académie de jurisprudence (fiqh) est située à Djeddah et est voisine de l'université, qui a des équipes de recherche pionnières dans le domaine de la finance islamique, la meilleure bibliothèque et une proximité avec la Banque islamique du développement (BID) », s'enthousiasme M. Pradier. Autant d'atouts dont La Sorbonne peut se servir pour faire rayonner la finance islamique en France.







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