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Joachim Barbier : « Ce qui est scandaleux, ce n'est pas le salaire d'un footballeur mais le fait qu'une infirmière soit payée 1 500 euros »

Rédigé par Assmaâ Rakho-Mom | Mardi 24 Juillet 2012

La France n'aime pas le foot. C'est en tout cas le sentiment de Joachim Barbier, journaliste sportif et auteur de « Ce pays qui n'aime pas le foot ». Un ouvrage très accessible, dans lequel l'auteur montre comment, depuis 1998, la France et ses élites en particulier, appréhendent de manière erronée la culture foot. Entretien.




Buzzlim : Votre titre, c'est une provocation ou une réalité ?

Joachim Barbier : Non, ni une provocation, ni une réalité, plutôt un sentiment né avec tous les commentaires entendus après la grève en Afrique du Sud en 2010. Des mots comme racaille, caïds, etc. On a fait quelque part le procès de ces mauvais Français qui ne chantaient pas La Marseillaise et ne respectaient pas le maillot. Depuis que l'équipe de France ne gagne plus, on ne parle de ce sport qu'en termes de dérives. Les élites françaises exigent du football et des footballeurs une exemplarité qu'ils ne s'appliquent pas. Quelque part, j'en avais marre d'entendre Eric Zemour, Alain Finkelkraut, pour donner deux exemples au hasard, parler de football.

Joachim Barbier, journaliste sportif (So Foot)
Joachim Barbier, journaliste sportif (So Foot)

Pourquoi la France n'aime pas le foot et les stades sont pleins tous les week-ends ?

J. B. : Les stades ne sont pas forcément pleins en France. La moyenne des spectateurs en France est de 17 000, alors qu'elle est de 40 000 en Allemagne, et de 35 000 en Angleterre.
Donc, on aime moins nos clubs que dans la plupart des pays voisins. Et ce n'est pas tant une histoire de nombre de spectateurs que de passion. Elle est moindre en France, on regarde le football avec plus de distance et de relativité. Au-delà de ça, je trouve, de façon subjective, que la France ou plutôt ses élites n'aiment pas le football pour ce qu'il est. Toute chose produit ses propres effets négatifs. C'est pareil avec le football.
Depuis quelques années, on assiste à une espèce de volonté de moraliser le football. Alors que le football professionnel ne peut pas être moral, il y a trop d'enjeux et d'argent. Et on met dans le même sac, les soirées de Ribéry, la main de Thierry Henry et les matchs amateurs du dimanche. Alors que ce sont deux choses différentes. En France, on aime surtout ceux qui gagnent.
A l'opposé, dans d'autres pays on est plus fidèle, surtout dans la défaite.

Qu'est-ce qui a changé depuis 1998 et la victoire des Bleus ?

J. B. : Avant 1998, les élites politiques, intellectuelles ou médiatiques ne s'intéressaient pas au football dans ce pays. Et puis, avec la victoire en Coupe du monde, tout
s ces gens qui avaient un certain mépris pour cette passion populaire ont commencé à s'y intéresser et à dire - souvent - n'importe quoi.

L'équipe de France à l'Euro 2012
L'équipe de France à l'Euro 2012

Que voulez-vous dire quand vous écrivez que les élites ont kidnappé le football ?

J. B. : Comme leur intérêt pour le football est récent, elles utilisent le football pour un écho médiatique. Si l'on prend l'exemple de Jean-Marie Le Pen et maintenant de sa fille, ils ne parlent de football qu'une fois tous les 4 ans. Avant le début de chaque Coupe du monde, en général pour dire que les Français ne se reconnaissent pas dans cette équipe composées de Noirs ou d'Arabes.
De la même manière, les commentaires lâchés après la grève des joueurs ne constituaient pas des opinions sur le football mais une manière d'évoquer l'échec du modèle d'intégration français. Penser que l'équipe de France était éliminée à cause de la division entre musulmans et non-musulmans dans le vestiaire est d'une bêtise absolue.
On se sert du football pour légitimer un discours, souvent populiste et assez médiocre.

Comment est-on passé du foot au foot-business ?

J. B. : Je n'aime pas l'expression « foot business ». Le football professionnel, qui existe depuis 150 ans en Angleterre, a toujours été un secteur économique atypique et marginal. La différence, c'est le poids de la télévision payante, type Canal+ ou Be In Sport aujourd'hui, qui se sont ruées sur le « produit » football pour fidéliser leurs abonnés. Le football et les footballeurs en ont profité, notamment au niveau des salaires et des budgets.
L'économie du football n'est comparable qu'avec celle de Hollywood. Je ne sais pas si Ribéry mérite 1 million d'euros par an comme je ne sais pas si Brad Pitt mérite 30 millions de dollars par film. C'est quelque part le prix du rêve.
Ce qui est scandaleux ce n'est pas le salaire d'un footballeur mais plutôt le fait qu'une infirmière ne soit payée que 1 500 euros. Si on pouvait payer moins Ribéry ou Benzema pour payer mieux une infirmière ou un instituteur, ce serait génial. Sauf que, malheureusement, c'est plus compliqué.

Quel regard portez-vous sur les footballeurs aujourd'hui ?

J. B. : La génération actuelle est née et a grandi dans cet environnement, contrairement à celle de 1998 qui a connu l'argent et la gloire sur la fin de sa carrière.
Il y a 15 ans, personne n'aurait imaginé que Fabien Barthez, le gardien de la sélection championne du monde, ferait la "une" de Voici au bras d'un top model. Ceux d'aujourd'hui ont totalement conscience, grâce à leur entourage, de ce qu'ils représentent. Du coup ils sont devenus, chacun, des sortes de PME qui doivent gérer leur carrière et faire vivre leur entourage. D'où la difficulté de les impliquer dans un projet collectif.
Une équipe de football, cela reste quand même 11 gars qui essayent de faire un truc ensemble. Je ne sais pas s'ils sont plus individualistes mais ils sont, en tout cas, de plus en plus individualisés. Peut-être la faute des médias qui mettent en avant la performance de Messi plutôt que celle de son équipe.

Joachim Barbier : « Ce qui est scandaleux, ce n'est pas le salaire d'un footballeur mais le fait qu'une infirmière soit payée 1 500 euros »

Quel rôle jouent les commentateurs ? On a vu l'émotion nationale qui a suivi la mort de Thierry Rolland.

J. B. : Les commentateurs sont juste des accompagnateurs du spectacle. Certains sont bons, d'autres donnent le sentiment de faire de la publicité de supermarché en survendant un match très moyen.
Thierry Rolland était à part, à cause de sa longévité et de sa façon très personnelle de faire vivre un match. Il parlait avec le cœur, donc forcément, il arrive qu'on dise des conneries en 40 ans. Alors que les commentateurs d'aujourd'hui s'expriment comme des robots. Ils balancent 45 statistiques à la minute, ils ont l'air d'être très contents de montrer leur tête à la télévision, mais ils ne disent rien de "sentimental". Alors qu'on regarde le football pour les émotions qu'il procure.
On passe des larmes à la joie, de la haine à l'amour, en quelques minutes. C'est ce yoyo émotionnel qui explique la popularité du football.


*Ce pays qui n'aime pas le foot, de Joachim Barbier, éditions Hugo&Cie, 223 pages, 15 euros.




Assmaâ Rakho-Mom


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