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Economie

Halal : ASIDCOM condamnée par la Mosquée de Lyon pour un appel au boycott

Rédigé par Hanan Ben Rhouma | Lundi 11 Mars 2013

ASIDCOM, l’association de défense des consommateurs musulmans, a été condamnée en ce début d’année 2013 par la justice pour avoir lancé un appel au boycott des produits issus de l’étourdissement avant l’abattage que pratiquent les trois Grandes Mosquée, dont celles de Lyon (ARGML). Cette condamnation n’a été rendue publique que récemment. Doit-on y voir une menace à la liberté d’expression des consommateurs ? Les deux parties s’expriment sur Saphirnews.



ASIDCOM condamnée par la Mosquée de Lyon pour un appel au boycott de ses produits.
ASIDCOM condamnée par la Mosquée de Lyon pour un appel au boycott de ses produits.
La Grande Mosquée de Lyon a saisi la justice contre l'Association de sensibilisation et de défense des consommateurs musulmans (ASIDCOM) le 15 janvier 2013 après que celle-ci ait appelé au boycott les produits certifiés par l'ARGML.

Tout est parti d'un bulletin d’information, diffusé par ASIDCOM le 19 décembre 2012 sur leur site officiel, retiré depuis. ASIDCOM revenait alors sur l’affaire opposant AVS à la marque de charcuterie Isla Délice qui, depuis la fin de leur partenariat, est certifiée par l’ARGML.

En souhaitant expliquer « les dessous de l’affaire », ASIDCOM a clairement appelé les consommateurs à boycotter les produits des trois Grandes Mosquées (Paris, Evry et Lyon) en raison de leur usage de l’étourdissement électrique (électronarcose) avant l’acte de saignée rituelle que l’association estime contraire à la religion musulmane. Elle se base ainsi sur les avis du Conseil français du culte musulman (CFCM) ou encore de l'Union des organisations islamiques de France (UOIF). Des propos suivis plus loin des logos barrés des trois certifications. L'ARGML n'était donc pas la seule visée mais l'appel n’a pas manqué de faire réagir au quart de tour la Grande Mosquée de Lyon, qui a obtenu gain de cause en référé le 18 janvier dernier. Outre le retrait du tract, ASIDCOM a été condamnée à ne plus réitérer l’appel au boycott ainsi qu’à une amende de 3 000€.

Des limites à la liberté d’expression pour l’ARGML

La Grande Mosquée de Lyon n’a jamais caché, sur son site, son usage de l’électronarcose, estimant - références religieuses à l’appui - que ce procédé est autorisé en islam à condition que l’animal ne soit pas mort avant le sacrifice rituel [voir document plus bas].

Kamel Kabtane est formel : l’appel au boycott de sa certification est « une insulte, un opprobre » sur leur sérieux. « Quand on prétend faire un bulletin d'information, on n'insulte pas les gens. La liberté d'expression est un droit fondamental mais elle a ses limites, elle s'arrête là où commence la dignité des autres. On n’est pas des voyous, ni des voleurs. Nous sommes des responsables et on n'a pas à insulter notre travail », réagit sans détour le recteur de Grande Mosquée de Lyon.

Le boycott, un impact économique « irrémédiable »

« La question du halal a toujours fait l’objet de vifs débats, et nous acceptons pleinement la part de la critique de nos actions et de nos conceptions. Mais je distingue la libre critique de l’appel au boycott lancé par une association de consommateurs », développe-t-il plus tard dans un droit de réponse envoyé à la rédaction, précisant que la procédure « ne remet rien en cause de la liberté d’expression de l’association ».

« ASIDCOM est libre de développer ses théories, et en l’occurrence, de revendiquer une lecture de l’abattage rituel qui lui appartient. (…) Ainsi, il existe un débat entre la thèse devenue très majoritaire permettant l’électronarcose avant l’abattage et la thèse qui refuse tout système d’endormissement. C’est un débat honorable et d’ordre général », est-il expliqué dans la procédure de référé.

Cependant, ici, « il ne s’agit donc plus d’exprimer une opinion, mais d’appeler à un boycott, de manière à éliminer un acteur économique. Cette campagne qui induit un doute global et systématique sur la certification de l’ARGML est susceptible d’avoir un impact irrémédiable », conclut l’ARGML.

ASIDCOM décidée à faire appel de la décision

ASIDCOM, qui milite pour un abattage rituel sans électronarcose avant et après la mise à mort de l’animal, regrette les poursuites judiciaires lancées à son encontre. « Ce sont les consommateurs qui sont attaqués car nous en sommes des représentants », réagit Hanen Rezgui, la présidente d'ASIDCOM, qui nous fait part de son intention de faire appel de la décision. Elle explique ne pas avoir été présente à l’audience car l’association n’a « pas pris connaissance des courriers » qui lui furent adressés. Ce que M. Kabtane réfute : il déclare avoir appelé, avant l'audience, Mme Rezgui personnellement pour lui demander le retrait du tract. « Une solution amiable aurait pu être trouvée car nous étions au civil » si ASIDCOM s’était présentée au tribunal, souligne l'ARGML.

Quel que soit l'issue de l'affaire, cette procédure traduit une volonté de faire taire une opinion, selon Mme Rezgui. « L’électronarcose s’est généralisée en France, le consommateur musulman n’a pas d’alternative. (…) Les petites salles d’abattage subissent des pressions pour introduire l’électronarcose sous peine de ne pas obtenir d’agrément qui leur permet d’exercer », indique-t-elle. « La seule solution : que les consommateurs musulmans n’achètent plus de produits issus d’un abattage avec électronarcose pour que puisse émerger une offre sans électronarcose, inexistante à ce jour », ajoute-t-elle, en prenant le soin de ne pas citer une des trois Grandes Mosquées.

En s'attaquant à ASIDCOM, l’ARGML marque sa volonté à préserver son image, quitte à servir au passage les intérêts de deux autres certifications concurrentes, plus mal en point que sont la SFCVH (Société française de contrôle de viande halal) de la Grande Mosquée de Paris et l’ACMIF (Association culturelle des musulmans d'Ile-de-France) de la Grande Mosquée d’Evry. Les débats autour de l’électronarcose ne sont pas prêts de se refermer au sein de la communauté musulmane.






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