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Economie

« Plus halal que moi, tu meurs »

A chacun son halal

Rédigé par Hanan Ben Rhouma | Mardi 8 Novembre 2011

La Toile regorge d’avis et de commentaires en tout genre sur le halal. Un document, publié sur salafs.com en mars, est sorti du lot et agite le monde du halal. Et pour cause : sur fonds d’arguments théologiques, le texte remet en cause l’interdiction stricte, prônée par plusieurs associations musulmanes de certification et d’abattage rituel, de l’étourdissement pre-mortem et de l’abattage mécanique. Ce qui n’a pas manqué de faire réagir AVS.



« Plus halal que moi, tu meurs »
Et si l’étourdissement de l’animal pouvait être halal et l’abattage mécanique autorisé ? Et si la viande provenant des pays des Gens du Livre, à savoir juifs et chrétiens, était considéré comme licite ? Le débat sur le halal est relancé depuis la parution d’un texte sur le site salafs.com en mars. Sobrement intitulé « Halal ? », le texte [à télécharger plus bas], qui a bien circulé sur le Web, prend position contre l’interdiction stricte de l’étourdissement pre-mortem et de l’abattage à la chaîne.

« Essayer d’établir la vérité » sur le halal, c’est le souhait émis par l’éditeur anonyme du document, que nous appellerons Saïd. « Le discours dominant concernant le halal est totalement déconnecté de toute base religieuse », nous déclare-t-il. Pour l’occasion, Saïd souhaite « mettre fin à la surenchère du "plus halal que moi, tu meurs" ».

Revoir la définition du halal, selon salafs.com

Selon plusieurs sources, 70 % des viandes halal serait en fait constitué de « faux halal ». Cependant, selon Saïd, une partie de ce qui est qualifié de haram est en fait halal « puisque la définition de base qu'on donne du halal est galvaudée. On qualifie de "faux halal" ce qui n'est pas en accord avec des conditions émises par l'organisme de certification, qui lui sont propres, comme un gage de qualité ».

Ainsi, la distinction entre le sacrifice des animaux destinés à la consommation et celui destiné à se rapprocher de Dieu pendant l’Aïd el-Kebir par exemple est clairement établie dans le texte. Dans le premier cas, pas besoin que la bête soit orientée en direction de La Mecque ou sacrifiée par un musulman. Le sacrifice des animaux par les juifs et les chrétiens est ainsi permis tant que ce qui est sacrifié est licite pour les musulmans, qu’il soit égorgé vivant dans les règles – couper au moins la trachée et l’œsophage de l’animal avec un instrument aiguisé –, qu’il soit saigné et que soit prononcé le nom de Dieu lors de l’égorgement, rappelle le document.

Les industriels peuvent-ils faire du halal ?

D'une part, l'étourdissement de l'animal est possible tant que l'animal ne meurt pas des suites de cette méthode avant l'abattage, explique-t-on. D’autre part, salafs.com rappelle qu’« aucun Texte ne permet de spécifier que l’abattage doit être fait à la main. » Par là, l’abattage mécanique serait autorisé aux conditions que les instruments utilisés soient « tranchants » et qu’ils coupent la trachée et l’œsophage. Une seule mention d’Allah, prononcé par le musulman, le juif ou le chrétien – et non un dictaphone –, qui actionne la machine, suffirait.

Enfin, l’utilisation de machines servant au sacrifice d’animaux impurs comme le porc ou la bête morte non égorgée est permise tant que les instruments - comme les couverts - soient purifiés au préalable. A cette condition, ce qu’on pourrait alors comprendre est qu’il n’est nul besoin de microscope pour vérifier si de l’ADN de porc subsiste toujours car, même après un lavage minutieux, les chances d’en trouver existent. Il ne s’agira pas de dédouaner des industriels de leurs responsabilités dans ces affaires mais à dire vrai, les musulmans ne se sont jamais pris la tête sur l'ADN jusqu'à l'apparition récente des microscopes… Selon salafs.com, il n’existe pas non plus de Texte interdisant l’étourdissement, tant que celui-ci ne provoque pas la mort avant la saignée et que la souffrance de la bête est limitée, voire allégée.

Tous ces éléments fournis rendraient moins compliqués la notion du halal pour la grande distribution et aux groupes industriels et pourraient ouvrir des portes à ceux qui s’intéressent de près au marché du halal. « C'est le manque d'information qui pénalise les grands groupes, qui ne savent plus vers qui se tourner pour obtenir cette certification, alors que, dans les faits, il est très simple, même pour une multinationale, de faire du halal. Un seul employé prononçant le nom d'Allah au moment d'appuyer sur le bouton pour lancer la chaîne, un étourdissement léger et une saignée, rien de plus. Et il ne faut pas croire que cela se passe autrement en Turquie ou en Malaisie », déclare Saïd.

AVS contre-attaque

D’emblée, et pour ne pas être pris en faute de conflits d’intérêts, Saïd tient à préciser qu’il ne travaille « pour personne » mais souhaite dénoncer « de manière globale un discours, volontairement ou non, erroné ». Surtout, le document ne fait que reprendre, selon l’éditeur, l’avis majoritaire des savants, en particulier ceux du cheikh Abdullah al-Bassam sur ce que doit être le halal pour les produits carnés. « Rien ne doit nous être attribué de manière personnelle, si ce n'est l'introduction, la conclusion et quelques jonctions entre les passages », nous déclare-t-il.

Devant les émules et les interrogations que suscite le texte, AVS a décidé de réagir en juillet en publiant des contre-arguments [à télécharger plus bas], notamment en ce qui concerne la question de l’étourdissement, en prenant le soin de contacter au préalable salafs.com pour avoir des explications. « Ce qui est interdit n’est pas le doute mais la suspicion », écrit Fethallah Otmani, porte-parole de l’association, qui justifie à coups d’arguments techniques, l’interdiction de l’étourdissement en raison des risques encourus par l’animal de mourir avant la saignée et des douleurs infligés à l’animal.

« Là, on entre dans la "bataille d'experts" : on ne peut que se fier à l'étude qui paraîtra la plus fondée scientifiquement. C'est sur cette base et, peut-être, à la lecture de nouvelles études, qu'il faut interroger les savants de l'islam pour obtenir une réponse tranchée et fondée, tant du point de vue religieux que du point de vue scientifique », répond Saïd.

La conception libérale du halal prônée sur son site tranche avec les positions, généralement plus radicales, des salafs dans d’autres domaines de la vie des musulmans et met à dos la vision stricte du halal prônée en France par une grande partie des agences musulmanes de certification, AVS la première. Les arguments théologiques offerts aux lecteurs du document de salafs.com − qui s'interroge sur le bien-fondé des études scientifiques présentées aux musulmans de France − tiennent debout. Afin que la science puissent étayer les avis religieux des uns et des autres, scientifiques et savants musulmans sont appelés à se réunir en toute impartialité sur la question.

Pour lire le document de Salafs.com, cliquez ici
Pour lire la réponse d’AVS à ce texte, cliquez ici







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