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Culture & Médias

Festival des Mokhtar Awards : ce qu'on retient de l'édition 2014

Rédigé par Hanan Ben Rhouma | Mercredi 31 Décembre 2014



Festival des Mokhtar Awards : ce qu'on retient de l'édition 2014
Après le succès de la première édition, les organisateurs des Mokhtar Awards ont voulu mettre le paquet pour attirer du (beau) monde. Pour ce faire, le festival de courts-métrages sur l'islam et les musulmans s'est étalé cette année sur trois jours pendant lesquels ateliers, masterclass et projections ont été organisés.

L'attente était des plus fortes de la part du public, d'autant que le ticket d'entrée pour le grand soir, dimanche 28 décembre, s'est tout de même élevé à 36 euros. C'est dans une salle des Docks de Paris, en région parisienne, bien moins remplie que l’an passé (1 500 personnes contre 3 000 en décembre 2013), que la cérémonie de clôture du festival s'est déroulée.

Sur les 38 films en compétition dont les contenus étaient inconnus des spectateurs, dix courts-métrages ont été sélectionnés par un jury de professionnels composé du réalisateur Mourad Boucif (Belgique), de l'acteur Mohammad Jairuddin (Espagne), du producteur à la British Muslim TV Bilal Hassan (Grande-Bretagne), et de la rédactrice en chef de Salamnews Huê Trinh Nguyên (France). Tous ont eu à cœur de sortir du négativisme ambiant et de donner à voir la pluralité des expressions dans le fond comme la forme dans l’objectif, toujours, de déconstruire les préjugés contre les musulmans.

Le jury des Mokhtar Awards 2014.
Le jury des Mokhtar Awards 2014.

La diversité en compétition

Dans une ambiance moins festive, malgré les efforts d’Abdelhafid et de Jovanny à l’animation, cinq fictions et cinq documentaires ont été diffusés avec, constatons-le, une nette amélioration dans la production mise en avant cette année. Une histoire, signée Les Wanted, parle à tous : « Hymne à la tentation », celle d’un homme entre deux « nous », tiraillé par la bonne et la mauvaise conscience à chaque action à entreprendre ou décision à prendre. Lequel des deux va gagner, c’est à nous de choisir... selon notre conscience.

Plus gros est ton siwak, plus grande est ta barbe, plus blanche est ta djellaba, meilleur musulman tu seras... vraiment ? Tel est le synopsis du drôlissime « Masha Allah » de Jihad Dantier qui a remporté la franche adhésion du public et l’unanimité du jury : c'est sans surprise que le 1er prix lui sera d'ailleurs remis, « masha Allah ! ». Usant du registre comique, la fiction dénonce avec pertinence la compétition religieuse, bâtie sur les apparences, entre fidèles.

Plus sérieuse est la catégorie des documentaires où se mêlaient l’histoire de surfers soufis en Afrique du Sud (« Sufi surfers », de Fizah Tahir), pour qui la pratique du surf est leur source de rappel à Allah, et celle d’une étudiante en musicologie, voilée qui plus est, à la voix lyrique d’exception (« Raisons et sentiments », de Ceewa)... halte aux jugements des plus conservateurs !

« Quand on veut, on peut », c’est ce qui résume le touchant court-métrage « 60 et une année » qui met en lumière une mère de famille accomplie d'origine maghrébine qui reprend tardivement – et avec succès - ses études à Toulouse. La mention spéciale, nous l'attribuons au bouleversant « Voyage avec des femmes ouïgoures », qui revient sur la lutte d’une minorité musulmane en proie à la répression de la Chine à travers le portrait de femmes d'exception. Ce court-métrage engagé, réalisé par Aouatef Khelloqi après trois mois de voyage en Asie de juin à août 2014, a en outre remporté le deuxième prix, un voyage, au même titre que la fiction « Nur » de Mai Nguyen.

Médine entouré des animateurs.
Médine entouré des animateurs.

Promouvoir « la force de la culture »

Il faudra attendre 00 h 40 – plus de deux heures après l’heure officielle de clôture ! – pour connaître les résultats. Avant, c’est au son de « Gaza Soccer Beach » entonné par Médine que la soirée s’est poursuivie. « Il faut opposer la force de la culture à la culture de la force », a lancé le rappeur. Son hommage rendu aux enfants tués sur la plage de Gaza, en juillet 2014, lors de l’opération militaire israélienne s’est naturellement intégré à cette édition des Mokhtar, où la Palestine a été associée avec la venue du réalisateur Emad Burnat, auteur de « Cinq caméras brisées ».

Au bout du compte, « Festival de Shahada », de Yasser Booley, a été plébiscité par le public : il remporte le 1er prix côté documentaire et, à la clé, 15 000 euros. Le court-métrage, sans doute le plus classique parmi les réalisations présentées, nous amène à la rencontre de membres de la communauté musulmane en Afrique du Sud, dont la démarche est de faire connaître le message de l'islam aux habitants de Soweto et Pretoria. Un travail de prédication qui porte ses fruits ; il se concrétise chaque année par l'organisation d'une journée durant laquelle des dizaines de conversions sont enregistrées. 15 000 euros, c'est la même somme remportée par le réalisateur de « Masha Allah » qui eut bien plus de chances que « 60 et une année » et « Hymne à la tentation », gagnants d'un simple... tiramisu.

Une soirée aux avis partagés

Tandis que l'effervescence régnait dans les coulisses, les avis sur la cérémonie sont partagés du côté du public mais impossible d'échapper à la déception qui montait au fur et à mesure que la soirée, perturbée par des problèmes techniques, tirait en longueur avec des saynètes qui auraient mieux fait de ne pas être jouées. Pour ne rien arranger, la présence de Maxence Buttey, élu du Front national, n’a pas été du goût de tous, d'autant qu'il a été « invité », nous confirme l'intéressé lors de la soirée. S’il ne s'est pas fait remarquer pendant la soirée, malgré son apparition dans un sketch avec Gibran Hasnaoui, l'organisateur, le mot n’a pas tardé à passer via les réseaux sociaux le lendemain, faisant apparaître des critiques acerbes à l'endroit des Mokhtar.

Au-delà de la polémique qui invite nécessairement l'équipe organisatrice à de la clarté, force est toutefois de constater que le festival se professionnalise et monte en gamme grâce, d'une part, à une élévation du niveau des réalisations et, d'autre part, aux précieuses interventions d'experts en cinéma comme Oubayda Mahfoud, à l'initiative du Centre éducatif de recherche en cinéma et audiovisuel (Cerceau) en amont de l'événement. Les Mokhtar Awards est le révélateur d’une dynamique au sein de la jeunesse musulmane et d'une créativité qui ne demande qu'à être exposée. Il doit aussi être l’occasion pour la communauté musulmane d’apprécier sa diversité et de s'interroger sur le sens de leurs pratiques et de leur contribution dans la société. Que de défis en vue pour la troisième édition... si elle est organisée.





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