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Politique

Esther Benbassa : « La France ne me fait plus rêver »

Rédigé par Maud Druais | Mardi 3 Avril 2012

Invitée lundi 26 mars à la Plateforme de Paris pour présenter son ouvrage De l’impossibilité de devenir français*, Esther Benbassa a pris position contre l’ambiance délétère sur l’immigration et l’islam en France. Insistant sur la responsabilité de la classe politique dans ce climat, l’intellectuelle a néanmoins refusé toute attitude de victimisation.



Esther Benbassa : « La France ne me fait plus rêver »
La tuerie de Toulouse a été la triste introduction à la présentation de l’ouvrage d’Esther Benbassa, De l’impossibilité de devenir français, lors d’une conférence organisée par la Plateforme de Paris, lundi 26 mars. Mme Benbassa en a profité pour revenir sur la situation des banlieues, que « tous les gouvernements ont occultée » et qui « fabrique des Mohamed Merah ». L’universitaire renvoie dos à dos la gauche comme la droite, les uns ne s’y intéressant pas, les autres l’ayant « laissé tomber ».

Cette femme, qui aime rappeler être née en Turquie d’une famille juive, avoir été scolarisée dans les écoles françaises stambouliotes avant de partir en Israël puis en France, est un exemple de réussite. Aujourd’hui sénatrice d’Europe Écologie-les Verts, directrice d’études à l’École pratique des hautes études (EPHE-Sorbonne), elle souligne que « personne ne sait à quel prix » elle est arrivée là. Un parcours de vie personnel, qui constitue l’objet de son ouvrage.

Refuser de faire profil bas

Pour Esther Benbassa, l’effort d’intégration doit venir des immigrés, mais aussi de l’État français qui doit les accepter tels qu’ils sont, avec leurs différences.

Lors de la conférence, elle a également lancé un appel vigoureux au combat des intellectuels d’origine étrangère contre l’islamophobie et l’antisémitisme, en refusant la victimisation. « Les intellectuels turco-arabes musulmans doivent avoir le courage de défendre les immigrés », a-t-elle exprimé. Elle a avoué que cette lutte était difficile, en évoquant toutes les pressions qu’elle a subies elle-même : « Les membres de ma communauté me crient dessus, ils m’écrivent des lettres d’insultes, ils me dénoncent à mon président d’université, mais, enfin, cela vaut mieux que ce petit profil bas. »

Mme Benbassa a enfin dénoncé les débats sur l’identité nationale, l’immigration, « credo de l’extrême droite », et que l’on peut comparer à l’antisémitisme français des années 1930. Visiblement très affectée par les débats qui secouent l’actualité politique française, elle a insisté : « Le combat ne s’arrête jamais », et a achevé la conférence en rappelant qu’elle appartient au i[« groupe d’amitié France-Turquie, France-Israël, France-Palestine, juste répartition de [son] destin »]i.


* De l’impossibilité de devenir français, d'Esther Benbassa, Ed. Les liens qui libèrent, 220 p., 2012.

Esther Benbassa : « La France ne me fait plus rêver »
Présentation de l'ouvrage De l’impossibilité de devenir français. Nos nouvelles mythologies nationales :

« J'ai aimé la France le jour où ma préceptrice arménienne a commencé à m'apprendre les premiers mots d'une langue, le français, dont la musicalité allait me marquer à jamais. La France, hélas, n'est plus le pays de l'art et de la musique, ni celui de la liberté, de l'égalité, de la fraternité et des droits de l'Homme. Quelle tristesse que ces valeurs ne soient plus bonnes qu'à être gravées sur le fronton des mairies !

Ce livre passe en revue les récentes vicissitudes d'un pays empêtré dans un néonationalisme aux relents vichystes, qui a remis au goût du jour des mythologies éculées faute de projets d'avenir porteurs. La France y est regardée avec les yeux d'une ancienne immigrée, qui a rêvé d'elle et qui a par ailleurs beaucoup reçu d'elle, même si le prix payé n'a pas été des moindres.

Ce n'est pourtant pas là un texte d'émotion, mais de raison. C'est aussi parce que je suis profondément attachée à ce pays que je déplore qu'il ait pris un mauvais virage.

J'aurais tant souhaité qu'il éveille encore de l'espoir chez tous les Français sans exception ; chez les enfants d'immigrés qui y font leur trou, mal, mais quand même ; chez les étrangers en quête d'une vie meilleure.

Dans notre pays, on ne change les choses que par des révolutions. Et le peuple français n'a pas tout à fait perdu leur mémoire. La nouvelle révolution sera-t-elle celle d'une France qui nous ressemble, à nous tous, citoyens ou résidents du métissage ? Enfin tous français, sans distinction à l'ancienneté ou à l'origine... Utopique, n'est-ce pas ? »






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