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Religions

Autour du Dalaï-lama, la force du dialogue interreligieux réaffirmée en France

Rédigé par Hanan Ben Rhouma | Vendredi 16 Septembre 2016

Avec ou sans Hollande, le Dalaï-lama a un agenda bien chargé en France. Son séjour de six jours a été rythmé par de très nombreuses rencontres. L’une des plus importantes a été organisée mercredi 14 septembre au Collège des Bernardins autour du dialogue interreligieux, en présence des principaux représentants des cultes en France. Retour sur une matinée riche en partage des idées.



Les représentants des cultes en France autour du Dalaï-lama le 14 septembre au Collège des Bernardins. De g. à dr.: le révérend Olivier Wang-Genh (bouddhisme), Moshé Lewin (judaïsme), le pasteur François Clavairoly (protestantisme), Anouar Kbibech (islam), le Dalaï-lama, le cardinal André Vingt-Trois (catholiscisme), et le Métropolite Emmanuel de France (orthodoxie). © Olivier Adam
Les représentants des cultes en France autour du Dalaï-lama le 14 septembre au Collège des Bernardins. De g. à dr.: le révérend Olivier Wang-Genh (bouddhisme), Moshé Lewin (judaïsme), le pasteur François Clavairoly (protestantisme), Anouar Kbibech (islam), le Dalaï-lama, le cardinal André Vingt-Trois (catholiscisme), et le Métropolite Emmanuel de France (orthodoxie). © Olivier Adam
Dalaï-lama superstar. A l’occasion de la venue en France du chef spirituel tibétain, une rencontre interreligieuse au sommet a été organisée en plein Paris, au Collège des Bernardins. Les représentants des six principales religions en France, tous présents au sein de la CRCF, n’ont pas manqué ce rendez-vous historique.

Le cardinal André Vingt-Trois, archevêque de Paris, le pasteur François Clavairoly, président de la Fédération protestante de France (FPF), le Métropolite Emmanuel, président de l’Assemblée des évêques orthodoxes de France, Anouar Kbibech, président du Conseil français du culte musulman (CFCM), Haïm Korsia, Grand Rabbin de France, et le révérend Olivier Wang-Genh, président de l’Union Bouddhiste de France, ont été réunis sur scène autour du Dalaï-lama afin de réaffirmer la nécessité d’un dialogue interreligieux « au service du respect et de la tolérance ».

C’est un Dalaï-lama décontracté et au rire facile qui est apparu devant l’assistance. « Je n’aime pas les formalités », a-t-il lancé devant les quelque 300 personnes, principalement des personnalités et acteurs religieux et du dialogue interreligieux, venues l’écouter. Serviette posée sur la tête, le dignitaire religieux, accompagné du moine Matthieu Ricard, a insisté sur la nécessité de faire preuve de « plus de bienveillance et de compassion » envers son prochain pour remédier aux conflits qui naissent souvent « de la peur, de la colère et de la frustration ». Citant l’islam et le bouddhisme, « il y a, au sein des différentes religions, des personnes qui se comportent de manière innommable. En aucune façon, Ils ne sauraient être l'incarnation de ces religions et les représenter », a-t-il martelé.

Un potentiel d’amour à exploiter pour le vivre ensemble

« Toutes les grandes religions ont le potentiel de promouvoir un message d'amour, de tolérance et de compassion. Pour rendre efficace ce message, nous devons agir ensemble », a signifié le Dalaï-lama.

« Aujourd’hui, pour des milliards d’êtres humains, la compassion à laquelle vous appelez ne peut plus se limiter simplement à la bienveillance envers son proche immédiat, mais doit inclure un sens de la responsabilité universelle, comme le Pape François l’a évoquée dans son encyclique Laudato Si, la responsabilité de la maison commune », a estimé l’archevêque de Paris.

« De même, la rencontre des religions a pu pendant beaucoup de temps, rester le privilège de quelques spécialistes, de religieux qui maîtrisent la capacité d’entrer en relation avec des systèmes de pensée différents mais qui finalement laissent le peuple tout entier ignorant de ces rencontres », dit-il. « Entrer dans le dialogue des religions, ce n’est pas simplement avoir une maîtrise rationnelle de la confrontation des idéologies, c’est développer une capacité de relations constructives et fraternelles avec des hommes et des femmes dont l’identité, l’origine, ou l’histoire auraient pu construire des concurrents, voire même des ennemis. »

« L’intolérance qui frappe notre monde peut être comprise comme une crise de notre civilisation et le dialogue interreligieux et ses acteurs doivent permettre la redécouverte de valeurs universelles qui forgent ce vivre-ensemble jusqu’à inspirer la Déclaration des droits de l’homme », indique le Métropolite Emmanuel de France. « A cet égard, la démocratie n'a pas à avoir peur de faire valoir l’universalité de sa mission de protéger sa diversité, à partir de la dignité humaine. »

L’enjeu de « reconnaître l’Autre différent » pour une société fraternelle

« Rencontrer, estimer, aimer ceux qui ne sont pas comme nous et qui cependant sont tous fils de Dieu », une mission selon les mots du cardinal qui rejoignent aussi ceux du pasteur François Clavairoly pour qui l'enjeu mondial est « d’arriver à reconnaitre l'Autre différent en frère (et sœur) ».

Insistant sur l’importance de la fraternité, le troisième élément de la devise française « oublié et même humilié », le président du FPF estime que « si les religions sont réquisitionnées sur ce thème, c’est que la parole politique a sans doute faibli sur la production du vivre ensemble fraternel ». « La place laissée à l'altérité est véritablement le premier pas de la fraternité qui reconnaît l’Autre différent », poursuit-il, estimant que chaque Homme est « convoqué à être le gardien de son frère ».

Anouar Kbibech, en accord avec le Dalaï-lama sur sa définition du « jihad intérieur » comme un « combat des émotions destructrices » y compris pour les bouddhistes, va dans le sens du pasteur, plaçant comme une des conditions sine qua none du dialogue interreligieux, outre « la sincérité », le besoin de « reconnaître l’altérité religieuse et faire de la diversité une opportunité et non une concurrence ou une adversité » car les différences sont « sources d'enrichissement ». Il s’agit donc de ne pas s’arrêter au premier cercle de la fraternité entre croyants d’une même communauté mais aller jusqu’à « la fraternité dans l'humanité », une exigence à instaurer « loin de toute pression, même médiatique ».

L’unité « sans syncrétisme »

Avant lui, le grand rabbin de France Haïm Korsia s’exprimait sur sa conception du dialogue interreligieux qui n’est « pas un pis-aller qui nous est imposé par la laïcité en France mais la base même des relations entre les Hommes voulues par Dieu », elle est « une nécessité religieuse ». « Tout entre-soi est l’exclusion de quelqu’un. (…) C’est parce que nous sommes différents que nous pouvons défendre l’unité » qui est « l’inverse de l’uniformité » dans le judaïsme, dit-il, sans défendre un quelconque « syncrétisme ».

Même son de cloche pour Olivier Wang-Genh. Pour le révérend bouddhiste, il existe « une source commune » à toutes les religions, à savoir « le silence ». « Peu importe la pratique qui conduit au silence – la prière l’oraison, la contemplation, la médiation -, il est temps pour les religieux d’aller explorer ces espaces communs, ces lieux de partage et de communion qui ne sont en aucun cas des lieux de syncrétisme idéaliste mais des lieux d’expériences », fait-il valoir, avant de proposer au public d’observer « 60 secondes de silence pour partager une joie paisible et une espérance pour l’avenir ». La rencontre terminée, le Dalaï-lama leur a tous remis une écharpe blanche, signe d'accueil et de bienveillance pour les Tibétains.






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