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Société

Animateurs suspendus pour Ramadan à Gennevilliers : une peur de l’islam ?

Rédigé par Maria Magassa-Konaté | Jeudi 2 Août 2012

Virés pour avoir jeûné ? La décision prise par la municipalité de Gennevilliers (Hauts-de-Seine) a suscité incompréhension et indignation chez les musulmans. Le premier jour du Ramadan, vendredi 20 juillet, celle-ci avait décidé de suspendre quatre animateurs de colonie de vacances qui avaient effectué le jeûne durant leurs heures de travail. Même si la municipalité a finalement fait marche arrière en décidant de laisser jeûner les animateurs durant le Ramadan, cet épisode symbolise une cassure plus profonde entre la mairie communiste et les jeunes de ses quartiers issus de l’immigration.



Animateurs suspendus pour Ramadan à Gennevilliers : une peur de l’islam ?
Partis pour encadrer des enfants, lors d’un séjour sportif dans les Landes, Samir, Moussa, Nassim et Mehdy, ont été suspendus par leur employeur, la mairie de Gennevilliers. Avoir observé le jeûne leur aura coûté leur place.

En effet, le premier jour du Ramadan, après avoir appris qu’ils jeûnaient, leur responsable a décidé de les suspendre de leur fonction, en brandissant l’article 6 de leur contrat de travail qui stipule l’obligation de se restaurer et de s’hydrater.

Ils «  n'ont pas respecté, en cours de séjour, les obligations de leur contrat de travail, pouvant ainsi mettre en cause la sécurité physique des enfants dont ils avaient la responsabilité», avait justifié la mairie dans un communiqué.

Interdiction de jeûner

« Ce défaut d'alimentation et d'hydratation pouvait conduire ces agents à ne plus être en pleine possession des moyens requis pour assurer le bon déroulement et la sécurité des activités du séjour, ainsi que la sécurité physique des enfants dont ils avaient la charge », avait jugé la municipalité.
Elle rappelait d’ailleurs que l'article 6 de leur contrat avait été mis en place après l’accident d’une animatrice qui avait jeûné, il y a trois ans. Au volant d’un véhicule, elle avait eu un malaise et deux enfants avaient été blessés, rapporte la mairie.

Une fausse excuse pour Me Mohand Yanat, l’avocat des animateurs suspendus qui avaient l’intention de porter l’affaire en justice. « On a déguisé les choses. Ce n'est pas l'état de santé qui dérange mais le fait de pratiquer le ramadan », a-t-il jugé.

La communauté musulmane aussi s’est sentie, une fois de plus, visée par une décision discriminante apprise par voie de presse le 30 juillet. Le Conseil français du culte musulman (CFCM) avait même envisagé de porter plainte pour discrimination contre la mairie dénonçant comme la Grande Mosquée de Paris, une atteinte à la liberté religieuse.

Un débat ouvert

Face à ce tollé, le maire communiste Jacques Bourgoin a décidé le 31 juillet de faire marche arrière. La municipalité, qui ne souhaite plus communiquer sur cette affaire, indique dans un communiqué « ne pas imposer l’application de l’article incriminé du contrat de travail sur le mois d’août » « pour apaiser le débat ». Les animateurs qui souhaitent jeûner pendant le mois du Ramadan peuvent donc le faire sans craindre une sanction.

Mais, en parallèle, la mairie indique vouloir « renforcer la visite régulière de ses centres de vacances » et remettre la question du jeûne des animateurs au cœur du débat à la rentrée.

« Depuis deux jours, cette décision est sujette à incompréhension. Elle est par ailleurs l’otage soit de manœuvres politiciennes, soit d’interprétations religieuses que nous ne souhaitons pas. (…) Nous subissons de façon injuste des polémiques totalement éloignées de nos convictions antiracistes et de notre engagement contre les discriminations », déplore-t-elle également.

Les enfants d’immigrés marginalisés

Cette décision reste purement discriminante pour les musulmans. La mairie de Gennevilliers avait d’ailleurs obtenu le soutien du Front national, heureux qu’une ville se positionne clairement contre les pratiques religieuses musulmanes.

Cet épisode risque, par ailleurs, de creuser un fossé encore plus large entre la municipalité de Gennevilliers et sa population issue de l’immigration. Dans son ouvrage La Gauche et les Cités : enquête sur un rendez-vous manqué (La Dispute, 2003), Olivier Masclet,actuellement maître de conférences en sociologie à l'université Paris Descartes, relève déjà une fracture entre ces deux mondes.

A l'issue d’une enquête d’une dizaine d’années menée dans les quartiers de la ville, il constate que les bénévoles associatifs, fils et filles d’immigrés, ne se sentent pas reconnus par les élus communistes de Gennevilliers. Marginalisés par la municipalité, ces derniers n’ont pu être intégrés dans le paysage politique. Aucune place ne leur a été donnée.

« Les élus de Gennevilliers, et avec eux de nombreux autres élus socialistes ou communistes, ont été conduits à se méfier des enfants d’immigrés algériens et marocains en raison de toutes les représentations sociales qui ont contribué à particulariser ces jeunes », indique Olivier Masclet dans un texte communiqué lors d’une rencontre-débat organisée par le Centre de ressources politiques de la ville en Essonne, en 2004.

L'islam instrumentalisé ?

Aujourd’hui, la méfiance envers les jeunes issus de l’immigration semblerait toujours de mise à Gennevilliers. Mais l’histoire des quatre animateurs fait penser qu’elle s’est déplacée plus particulièrement sur les musulmans.

Il est vrai que, de nos jours, certains politiciens de gauche, à l’image de la sénatrice Françoise Laborde, membre du Parti radical de gauche (PRG), à l’origine de la loi interdisant le port du voile aux nounous, n’hésitent pas à surfer sur une laïcité rigoriste… aux dépens des musulmans.

Incompréhensible pour une gauche qui défend des valeurs de tolérance d’autant plus que les musulmans votent en majorité pour elle.

Pour protester contre une stigmatisation de plus, la communauté musulmane s’organise. Une manifestation et la rupture du jeûne devant la mairie de Gennevilliers sont prévues samedi 4 août.






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