Finance éthique

Tout savoir sur la zakât

Rédigé par Abdallah Deliouah | Lundi 13 Juillet 2015 à 08:00

Pas assez connue ni correctement pratiquée, la zakât, troisième pilier de l’islam, est pourtant une obligation pour les croyants qui dépassent un certain seuil de revenus. Questions-réponses pour ne plus y déroger.



En arabe, la zakât englobe plusieurs sens : « purification », « croissance » et « bénédiction ». Troisième pilier de l’islam et obligation financière pour ceux qui ont en les moyens, elle est citée 32 fois dans le Coran et souvent conjointement à la salât (prière).

Pourquoi dénomme-t-on la zakât comme étant une « taxe sociale purificatrice » ?

La zakât englobe trois dimensions que nous pouvons rendre par la formule : taxe sociale purificatrice. Sur le plan économique, la zakât est une taxe (ou un impôt) à prélever annuellement sur ses biens. Elle est sociale, car c’est un acte de partage et de solidarité principalement destinée aux pauvres et aux nécessiteux. Elle a une dimension spirituelle parce qu’elle purifie les cœurs de l’avarice et l’attachement au matériel.

Quels sont les différents types de zakât ?

La zakât al-maal englobe la zakât al-an’am (sur le bétail), la zakât al-zourou’ (sur les récoltes agricoles), la zakât al-ma’adin wal-kenouz (sur les métaux et des trésors enfouis), la zakât des marchandises et la zakât de l’argent que nous traitons dans cet article. La zakât al-Fitr, quant à elle, est l’aumône de rupture du jeûne du mois de Ramadan.

Quels biens sont imposables ?

Le bien est imposable si les conditions suivantes sont réunies : la possession complète et légale, la disponibilité du bien, la fructification ou la possibilité de fructification et le surplus.
Ainsi ne sont pas soumis à la zakât les bijoux d’ornement pour les femmes, la maison, le terrain, la voiture, les meubles, les outils de travail, l’argent non accessible, l’argent gagné illégalement, l’argent qui va servir à vivre ou à rembourser une dette …
Sont imposables les biens et sommes provenant de l’héritage, de donations, les salaires, les primes, les honoraires des professions libérales, la location de biens, les avoirs détenus en espèces et dans tous ses comptes bancaires, les titres bancaires (actions…), l’argent qu’on a prêté à une personne pour une courte durée et dont le remboursement est sûr.

Qu’est-ce que le nissab ?

C’est le niveau de revenu à partir duquel on doit s’acquitter de la zakât al-maal. Les biens imposables doivent avoir dépassé un seuil (nissab). Ce seuil de richesse minimal est à hauteur de 85 g d’or, soit environ 3 200 € actuellement.

Quel est le taux d’imposition ?

Il est de 2,5 % sur les avoirs que l’on possède depuis une année. Vérifier annuellement à la date anniversaire l’argent possédé et en déduire les factures et les prêts qu’on doit rembourser dans une courte durée. Si la somme dépasse le nissab, la zâkat est due et s’élève à 2,5 % de cette somme.

Quand doit-on s’acquitter de la zakât al-maal ?

La période de calcul est celle d’une année hégirienne (hawl). Toutefois, si nécessaire pour des raisons de comptabilité, il est possible de payer la zakât selon l’année grégorienne pour correspondre à l’année fiscale : dans ce cas, il faut donner 2,57 % au lieu de 2,5 % (0,07 tient compte des 10 jours de différence entre l’année solaire et l’année lunaire).

Quels sont les bénéficiaires de la zakât ?

Le verset 60 de la sourate 9 désigne huit catégories de personnes : les pauvres (ceux qui n’ont pas la faculté de survivre par leurs propres moyens) ; les nécessiteux (ceux qui ont tout juste le minimum vital) ; ceux qui sont chargés de la collecte et de la redistribution de la zakât ; ceux dont les cœurs sont à gagner (à l’islam) ; les esclaves que l’on affranchit ou qui veulent racheter leur liberté ; ceux qui sont lourdement endettés ; ceux qui se consacrent à la cause de Dieu (financer un projet d’intérêt général, par exemple) ; les voyageurs (coupés de toutes ressources). On ne peut donner la zakât à ceux qui sont sous notre responsabilité financière (parents, enfants, épouse). Mais donner à un proche (cousin, sœur, frère, oncle…) n’est pas interdit : la zakât consolide les liens de parenté.

La zakât peut-elle être versée à un non-musulman ?

Il est permis de donner la zakât à un musulman qui n’observe pas son culte et qui commet des péchés, à condition qu’il n’utilise pas l’aide accordée dans une activité illicite. La zakât, étant une obligation cultuelle, ne peut être donnée aux non-musulmans (sauf dans le cas de « ceux dont les cœurs sont à gagner »). En revanche, la sadaqa (aumône) peut être versée aux non-musulmans.

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Abdallah Deliouah est imam à la mosquée de Valence (Rhône-Alpes) et auteur de La Zakât sur les salaires (Maison d’Ennour, 2012).

Première parution de cet article dans Salamnews, n° 53, juillet-août 2015.