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Religions

Zakat al-mal, le pilier invisible de l’islam de France

Rédigé par Fouad Bahri | Samedi 22 Décembre 2012



Zakat al-mal, le pilier invisible de l’islam de France
Alors que l’hiver s’apprête à frapper les démunis, les ONG compteront comme chaque année sur la zakat al-mal. Pilier de l’islam destiné à compenser les inégalités sociales, la zakat, aumône légale et «droit des pauvres sur les riches», semble pourtant éloignée des préoccupations des musulmans de France. Pour le professeur Shakeel Siddiq, le manque de structuration de l’islam de France explique largement ce flou ambiant.

En cette fin d’année 2012, les associations de solidarité ne chôment pas. Avec l’arrivée du grand froid, les démunis mobilisent toutes les ressources des bénévoles et des structures humanitaires. Dans ce combat contre la précarité, les ONG musulmanes, très présentes, sont censées bénéficier d’un allié précieux : la zakat al-mal. Troisième pilier de l’islam, droit du pauvre sur le riche, la zakat a très tôt été conçue comme l’outil privilégié des sociétés musulmanes dans leur lutte contre la pauvreté.

Pourtant, paradoxalement, la zakat ne semble pas faire parler beaucoup d’elle dans les réseaux sociaux, les forums ou les médias musulmans. S’agit-il ici d’une indifférence caractérisée à l’égard d’une obligation financière n’incombant pas à tous les fidèles ? A l’association Motif, laïque et très présente dans la communauté turque de Lyon, on le croit volontiers.

Selon son responsable Yukcel Erdogan, « on a tendance à oublier la zakat al-mal au profit des sadaqas (aumônes facultatives, ndlr). Nous avons parfois dans les dons qui nous parviennent des versements de la zakat, mais cela se raréfie. C’est une part très faible des dons reçus », dit-il. M. Erdogan estime notamment que « le fait d’être constamment sollicités peut faire oublier aux donateurs l’importance de la zakat ».i[

La responsabilité des élites musulmanes

Pour Shakeel Siddiq, professeur de sira (enseignement de la vie du Prophète, ndlr) à l’Institut musulman d’enseignement à distance, la question reste difficile à trancher. « Je pense qu’on n’en parle pas beaucoup, mais il faut se fier à des études scientifiques », déclare l’enseignant qui ajoute que « certains donnent la zakat directement, d’autres l’envoient au pays, d’autres encore la versent à des organismes humanitaires ».

Et M. Siddiq de conclure : « C’est compliqué, on ne sait pas vraiment ce qui se passe, car l’islam de France n’est pas sous contrôle. A partir de là, comment juger ? » A ce retrait relatif ou réel de la zakat et de sa place dans les préoccupations des musulmans de France, les élites musulmanes du pays pourraient remédier en s’impliquant davantage. C’est du moins l’avis de Shakeel Siddiq, pour qui « c’est aux personnalités savantes et aux médias musulmans d’orienter la pensée islamique et de rappeler l’importance de la zakat al-mal ».

Pas d’institution pour collecter la zakat

Absence d’une institution musulmane structurée et centralisée : ce reproche, adressé régulièrement aux représentants du Conseil français du culte musulman, est spécialement pertinent dans le cas de la zakat, traditionnellement perçue par un organe public (Etat, fonds social, trésor public) chargé de sa collecte et de sa redistribution aux nécessiteux. Mais ce flou ambiant autour de la zakat se retrouve également auprès des acteurs de terrain, qui divergent sur l’importance de cet impôt dans les dons perçus.

D’après Imed El Qouqi, chargé des collectes au Secours islamique, la zakat reste l’un des piliers financiers de l’ONG humanitaire. « Notre fonds zakat al-mal, depuis quatre ou cinq ans, est en constante augmentation. Il est l’une des sources de financement essentielles du Secours islamique. Il y a un intérêt pour ce type de dons, nos donateurs y sont assez sensibles », explique-t-il, tout en précisant qu’étant donné le poids démographique des musulmans en France, on reste encore en-deçà du potentiel économique de cette manne sociale.


A partir de quel montant d'épargne doit-on payer la zakat annuelle ?

Souvent traduite par l'expression « impôt social purificateur », la zakat se distingue de la sadaqa, « aumône », en ce sens qu'elle doit être acquittée pour qui en a les moyens et redevable chaque année, contrairement à la sadaqa, dont le montant et la périodicité restent à la discrétion du donateur.

Troisième pilier de l'islam, la zakat est donc obligatoire dès lors que le croyant ou la croyante possède, durant une année, en épargne ou en biens au moins l'équivalent du nissab, soit 85 grammes d'or, que l'on calcule chaque année selon le cours de l'or.

Au 1er muharram de l'année hégirienne 1434 (soit le 15 novembre 2012), le nissab a été calculé à hauteur de 3 533 €.

Au titre de la zakat, le ou la contribuable doit alors verser aux démunis 2,5 % de son épargne égale ou supérieure à 3 533 €. C'est ce qu'on appelle, en islam, le « droit du pauvre », qui va bien au-delà de la « charité » présente dans d'autres spiritualités.






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