Points de vue

Terrorisme : sept propositions pour en finir

Rédigé par William Barylo | Samedi 12 Décembre 2015 à 08:00



Depuis six ans que j’étudie les associations musulmanes en Europe pour ma thèse en sociologie, j’observe que, depuis plus de vingt ans, le gouvernement s’entête dans des mesures sans issues et à l’efficacité questionnable. Dans mon parcours, je me suis entretenu avec des musulmans en voie de « radicalisation » et d’autres qui en revenaient. Je n’ai qu’un seul constat : il devient urgent de changer de stratégie. Voici une liste, modeste et non exhaustive, d’idées inspirées d’entretiens et d’observations sociologiques.

1. Encourager le développement économique

Ceux qui rejoignent l’EI et ceux qui rejoignent les mouvements d’extrême droite (eux aussi sont bien des terroristes), viennent généralement d’environnements pareillement défavorisés. La violence leur apparaît comme l’ultime recours pour changer leur condition.

Que l’on n’ait pas de diplôme, peu de moyens financiers, que l’on vive dans une ville où il est difficile de trouver un emploi, il est du devoir du gouvernement d’encourager l’entrepreneuriat et d’offrir des formations à cet effet. Monter une petite entreprise locale est accessible et donne à beaucoup ce dont ils ont le plus besoin : de l’espoir.


2. Encourager les initiatives interreligieuses

La France jouit d’une des populations les plus diverses au monde. Cependant, peu font l’effort de connaître l’Autre. Il est tout aussi important à la société de connaître les bases de l’islam, de l’hindouisme, de la foi sikhe, du judaïsme et de l’humanisme, que des gens de différentes spiritualités de se connaître l’un et l’autre. Un concept très efficace en Grande-Bretagne.

Que ce soit à travers des actions en faveurs de démunis, des formations, des évènements culturels et artistiques ou autres, la France a besoin de citoyens de toutes confessions (ou sans confession) pour monter ensemble des projets sociaux ayant un impact au niveau local. Les volontés sont là. Ces initiatives demandent parfois un simple coup de pouce financier pour démarrer.

3. Promouvoir l’alphabétisme culturel

Les gouvernements successifs et les médias se font un jeu de diviser les citoyens depuis des années.

D’une part, il est urgent que l’Education nationale inclut dans le programme scolaire les dégâts causés par la colonisation, et un enseignement de l’histoire et de la géopolitique d’une perspective non eurocentrique ; parler des privilèges de classe, de couleur, de genre et leurs implications directes, inclure des éléments majeurs comme les Empires d’Afrique, les sociétés américaines indigènes, l’Histoire du Maghreb, de l’Asie du Sud-Est et du Proche-Orient, ainsi que leurs différentes spiritualités. Comment se fait-il qu’en Guyane française des élèves préparant le baccalauréat savent situer sur une carte les ressources industrielles de la métropole, mais n’aient qu’une idée superficielle de l’esclavage dans la Caraïbe ?

D’autre part, il est important d’encourager les communautés à offrir plus de discussions et de cours sur leur propre héritage. Si les Français ayant rejoint l’EI connaissaient le Coran et la vie du Prophète Muhammad, je suis prêt à parier qu’ils ne l’auraient jamais rejoint.

4. Réformer le système pénal et carcéral

Les soi-disant « jihadistes » sont aujourd’hui traités en criminels. De manière générale, l’Etat exclut les criminels de la société et les isole du monde en prison. Cet environnement ne fait que causer plus de frustrations et augmente le risque de récidive, de radicalisation et de passage à l’action violente.

Je souhaite que la France prenne exemple sur les pays nordiques où les criminels sont traités en tant qu’être humains en besoin de soins intensifs, à l’aide de psychologues, de psychiatres et d’aumôniers, qui travaillent à leur réhabilitation afin qu’ils deviennent des citoyens contribuant positivement à la société.

5. Employer des chercheurs et acteurs associatifs comme consultants

L’Europe compte parmi les meilleures universités au monde. Plutôt que d’employer ces ressources, le gouvernement invite des consultants n’ayant qu’une connaissance superficielle des réalités de terrain et des défis auxquels font face les citoyens. A chaque formation à laquelle je participe à destination des élus, services publics et forces de l’ordre, les choses sont invariablement les mêmes : la plupart semblent complètement déconnectés des citoyens.

J’attire l’attention du gouvernement afin que dans toute prise de décisions on se tourne vers des professeurs, des chercheurs, des doctorants, des acteurs associatifs qui ont passé des années à analyser ces problèmes, à chercher et à tester des solutions.

6. Inviter les citoyens aux conseils municipaux

Nul ne parle mieux pour les citoyens que les citoyens eux-mêmes. Chaque personne, peu importe les diplômes ou le statut social, possède une voix qui mérite d’être écoutée. Les réunions des conseils municipaux sont ouvertes au public, mais ce fait reste largement méconnu.

Il se trouve un besoin urgent d’inviter des citoyens de générations différentes, de cultures diverses et de parcours professionnels variés. Les défis sont différents pour chacun, cependant chaque personne est en capacité d’apporter une brique dans la construction d’une société harmonieuse.

7. Arrêter la vente d’armes et suspendre les relations avec les pays en violation des droits de l’homme

Il n’est plus de secret, à l’heure où Britanniques et Américains confessent leur rôle dans l’émergence de l’EI, que le profit est plus important aux gouvernements que les vies humaines, au point de rester aveugle devant les atrocités commises par les pays du Golfe. Les attentats de Paris ne sont qu’un retour de bâton de la vente d’armes aux dictatures et de relations amicales avec des pays violant les droits de l’homme.

Je souhaite que les membres du gouvernement puissent visiter les ruines des villes syriennes, la situation en Lybie, les familles détruites à Gaza afin de réaliser la portée de leurs actions. Enfin, si j’avais un unique souhait, ce serait d’avoir à la tête du gouvernement des hommes et des femmes possédant une once de dignité pour affirmer : « On ne négocie pas avec les droits de l’homme. »

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William Barylo est doctorant en sociologie à l’EHESS, à Paris. Il est le réalisateur d'un documentaire Musulmans polonais et d'une fiction sur la dépression A Strange Perfume Of Jasmine.