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Récits d’Algérie, un recueil fort de témoignages des souffrances endurées pendant la guerre d'indépendance

Reçu à Saphirnews

Rédigé par Lionel Lemonier | Vendredi 25 Novembre 2022 à 10:55



L’avis de Saphirnews

Un livre sur une période historique troublée, marquée par la guerre, la violence, les meurtres, les tortures, les viols, ne constitue pas une lecture facile. Récits d’Algérie est un livre qui secoue le lecteur. Un ouvrage historique fait d'histoires individuelles multiples et complémentaires, entrecoupées de textes explicatifs sur les grandes dates de la guerre de libération nationale algérienne.

Certains récits sont écrits à la première personne. Toujours vivants ou disparus récemment, les témoins parlent de ce qu’ils ont vécu dans leur enfance ou dans leur adolescence. D’autres textes sont indirects, les enfants ou petits-enfants de témoins présentent ce que leurs parents leur ont raconté de l’Algérie pendant la colonisation et surtout durant ce qu'ils appellent « les événements ».

Ce recueil de témoignages est le résultat « d’un projet collaboratif et intergénérationnel né de la volonté de collecter les mémoires de nos aînés au sujet de la guerre d’indépendance algérienne, de la colonisation à l’indépendance », explique Farah Khodja dès l'introduction. Un collectif de « jeunes femmes nées à la fin des années 1990 et élevées en France avec un héritage algérien » s’est constitué autour de cette tâche qui « anime la majorité, si ce n’est la quasi-totalité de (son) temps libre ».

Des témoignages indispensables

Du « récit silencieux » de Laadjal Kradaoui, le grand-père de Farah Khodja, à celui de Fatiha Chaachoua, une habitante de la commune de Tounane-Souahlia qui s’est confié à sa petite-fille, les histoires de gens simples sont émaillées de moments dramatiques, lorsqu’un frère, un oncle ou un père disparait ou est arrêté et torturé. Il y a aussi les témoignages d’appelés du contingent comme Roger Winterhalter, qui raconte sa découverte de la société coloniale à deux vitesses, des prisonniers malmenés ou de son indignation face aux morts engendrés par les tirs des soldats français sur la foule. Un événement qui le conduira à rejoindre une cellule du FLN infiltrée.

De son côté, 50 ans après son service militaire en Kabylie, Georges Garié a écrit des poèmes sur les opérations menées en tant que soldat. Comme on se lance dans une thérapie. « Encore aujourd’hui, certains ne peuvent pas parler de ce qu’ils ont vue, de ce qu’ils ont fait. Le fait de le mettre par écrit, d’essayer de le travailler, de transmettre mes sentiments, est un exercice qui m’a complètement libéré », affirme-t-il.

Un livre doublé d'un site de témoignages

Et toujours ces témoignages de civils coincés entre l’armée française et les moudjahidines et qui subissent les pressions et violences des uns et des autres. « Ce que je peux dire, c’est que les Français ont fait du mal et les moudjahidines aussi. Les moudjahidines venaient nous dire : "Fais-nous du pain ou on te tue". Ou encore : "Surveille-nous pendant qu’on mange." Ils s’enfuyaient et le lendemain, les Français venaient et nous menaçaient à leur tour », explique Belkacem Kadri, un paysan pauvre des Aurès dont le récit éclaire le lecteur sur les atrocités que recèle une guerre.

Récit d’Algérie est un livre utile qui se double d’un site internet dont l’objectif est double : présenter les témoignages et en susciter de nouveaux, avant la disparition complète des acteurs de l’époque qui vivent aujourd’hui des deux côtés de la Méditerranée. Alors que la société française commence à bénéficier sur sa présence historique en Algérie du regard de nombreux réalisateurs, ce livre est un outil supplémentaire pour briser le silence trop longtemps maintenu sur « les événements ». Il est grand temps que la France se retourne sur son histoire coloniale.

Présentation de l’éditeur

Portée par la nécessité de sortir du tabou historique que représente la colonisation en Algérie et la guerre d’indépendance, Farah Khodja est allée à la rencontre d’hommes et de femmes ayant combattu ou subi cette histoire, ainsi que de leurs descendants. Avec un peu plus de vingt témoignages d’Algériens et de quelques anciens appelés français, ce recueil offre une transmission des mémoires de la guerre d’Algérie, à travers des récits directs ou retranscrits par les enfants et petits-enfants des acteurs et des témoins. Entremêlant histoires intimes et grandes dates historiques, cet ouvrage souhaite apporter un regard intime et renouvelé sur cette période importante.

Fondé en février 2020 par Farah Khodja, Récits d’Algérie est un projet collaboratif et intergénérationnel qui vise à collecter et transmettre les mémoires de personnes ayant vécu la guerre d’indépendance algérienne.

Farah Khodja, Récits d’Algérie. Témoignages de nos aînés, de la colonisation à l’indépendance, Editions Faces Cachées, novembre 2022, 293 pages, 29,90 €