Religions

Pharos vu par Tareq Oubrou : la liberté religieuse scrutée à la loupe

Rédigé par Maria Magassa-Konaté | Mardi 9 Octobre 2012 à 00:00

Face à une liberté religieuse de plus en plus bafouée dans le monde, l’observatoire Pharos du pluralisme des cultures et des religions a été officiellement lancé mercredi 3 octobre. Cette nouvelle organisation française, qui a pour but d’éclairer sur la diversité culturelle et religieuse et de promouvoir la tolérance dans le monde, regroupe en son sein des chercheurs et des personnalités religieuses comme l’imam de Bordeaux, Tareq Oubrou. Explications.



L’observatoire Pharos, du nom d’une île égyptienne, d'où brillait le phare de la multiconfessionnelle Alexandrie dans l'antiquité, se donne pour mission principale de dresser l’état des lieux du pluralisme des cultures et des religions dans le monde. Sur son site internet, officiellement lancé mercredi 3 octobre par François Hollande en personne, une cinquantaine de fiches pays proposant chacune un éclairage précis de la diversité culturelle et religieuse de l’état étudié seront prochainement mises en ligne.

Des acteurs de terrain, comprenant chercheurs, journalistes spécialisés, associations, ONG et autres responsables religieux, vont s'efforcer de mener un travail d’enquête pour informer sur l'état des libertés et des restrictions et religieuses dans le monde. Le conseil d’administration, présidé par Mireille Delmas-Marty, se veut également pluraliste avec des personnalités du monde universitaire comme Régis Debray, médiatique comme Christian Dauriac (RTBF) et diplomatique à l’instar de Pierre Morel, ancien ambassadeur de France à Moscou, Pékin et Rome. Des représentants de différents cultes en font également partie, dont le recteur de la mosquée de Bordeaux, Tareq Oubrou.

Pharos : une mission d’observation

Le but de l’observatoire Pharos est d’« observer la situation des minorités mais également la situation religieuse » de différents pays, explique Tareq Oubrou. L’idée est d'« observer, éclairer, informer », précise-t-il.

Ce premier travail d’éclairage de la liberté religieuse et des conditions des minorités s’avère important de nos jours car « avec la mondialisation », la diversité religieuse, plus visible, est sujette à un « malaise », juge M. Oubrou. « Il se crée des crispations avec des revendications de plus en plus fortes des minorités pour une plus grande liberté religieuse », constate-t-il. Parfois, elles mènent à «l'extrémisme et à des violences ».

Parce que « Pharos est le phare qui illumine », il devrait apporter un éclairage le « plus objectif possible » des pays étudiés.

La France dans le viseur de Tareq Oubrou

Au sein de l’observatoire, l'imam de Bordeaux apportera plus particulièrement une analyse sur le monde musulman. « En tant que citoyen et être humain, mon rôle sera universel pour la défense des libertés mais j’aurai également un rôle dans l’explication du monde musulman » en prenant en compte « la part culturel, économique et religieuse » des pays étudiés car « je connais sa diversité », explique M. Oubrou.

Pour apporter sa contribution dans ce sens, il usera de ses connaissances liées aux « traditions » et de ses « outils intellectuels ». Mais, en dehors du monde musulman, son travail d’observation ne sera pas des moindres. M. Oubrou note aussi qu’en Occident, les entraves à la liberté religieuse existent, à l’image de la France sur des questions liées notamment à la « laïcité », devenue idéologique dans l'esprit de certains hommes politiques qui ne veulent pas d'un islam visible. « J’essaierai de contribuer au mieux en dénonçant les dysfonctionnements dans notre société », déclare-t-il.

La liberté religieuse en danger

L’observatoire Pharos a le mérite de se donner pour objectif de mettre en lumière la situation de la liberté religieuse alors qu’elle est de plus en plus bafouée dans le monde. Ainsi, un récent rapport du centre de recherches américain Pew Research a constaté un net recul de la liberté de culte sur l’ensemble de la planète de la mi-2009 à la mi-2010.

Malheureusement, les récentes atteintes à des populations telles les chrétiens d'Orient, les chrétiens et les musulmans de Birmanie, et les musulmans de France, qui font face à une forte montée de l'islamophobie pointée du doigt par Amnesty International laissent à penser que la situation ne fait que s’aggraver.

Le travail de veille de Pharos pourra faire l’écho à celui accompli, depuis 1998, par un bureau de veille du Département d’Etat américain qui publie chaque année un rapport sur l’état de la liberté religieuse dans le monde ».

Tirer la sonnette d’alarme est admirable mais l’on peut regretter que l’observatoire Pharos ne permette pas de sanctionner les Etats quand ils restreignent les libertés religieuses de leurs minorités. La création d’une telle structure subventionnée par l’Etat français reste toutefois primordiale. Selon François Hollande, « l'observatoire Pharos du pluralisme des cultures et des religions sera un espace de tolérance et donc d'abord d'information – tant il est vrai que l'intolérance naît de l'ignorance ». Aux Etats ensuite de prendre en compte ces observations pour se diriger vers un monde plus tolérant.