Points de vue

Les mots piégés du débat républicain : à l’assaut du mot « créolisation »

Rédigé par Pierre Henry | Jeudi 3 Mars 2022 à 14:00

Les mots qui fâchent, les mots du vocabulaire politique, souvent mal connus, employés de manière inappropriée, instrumentalisés sont nombreux. Ils se répètent et se buzzent en réseaux, confortant postures et partis pris. Ils font débat et nous divisent. Ce sont les mots piégés du débat républicain. Ces mots, nous allons les déminer, les expliquer ou simplement vous permettre de mieux les connaître. Le mot du jour ici décrypté : la créolisation.



« L'assimilation, ça n'existe pas ! Ce qui existe, c'est la créolisation. » En s'exprimant ainsi en septembre 2021 face à un des candidats de l'extrême droite, produit de la maison Bolloré, Jean-Luc Mélenchon a suscité plus d'interrogations que d'adhésion. Il aurait pu dire que « l'assimilation, ça n'existe pas ; ce qui existe, c'est l'intégration ». Mais non, il a bien employé le terme de « créolisation ». Mais au fait, c'est quoi la créolisation ?

A l'origine, « créole » vient du portugais crioulo, dérivé du nom criado signifiant domestique ou servant. Le terme désigne dès le 17e siècle les personnes nées et ayant grandi dans les colonies françaises des Amériques, de La Réunion et de l'île Maurice, qu'importe leur couleur de peau et leur rang social, esclaves ou non.

La créolisation est un processus, un enrichissement culturel censé proposer un dépassement des identités. Le poète antillais Edouard Glissant explique que le mélange des identités et des cultures qu'ont connu les Antilles, et qui a créé une nouvelle identité, est un processus qui peut être transposé au monde entier.

La créolisation va, selon lui, à l'encontre de la standardisation et l'uniformisation du monde. Très bien. Mais Glissant disait aussi que l'universalisme français était une valeur usée, que cela niait les humanités au pluriel puisque l'universalisme est daté selon lui d'un temps où la mondialisation n'était pas encore au programme. La créolisation d'Edouard Glissant semble donc s'opposer au modèle républicain et à l'esprit français. Il y a parfois des modes dont il est utile de se prémunir. Plutôt que de clarifier le débat, l'introduction du mot « créolisation » vient l'obscurcir. Nos valeurs communes ne peuvent être variables et dépendre de la culture de chacun.

Edouard Glissant dit que « c'est dans le métissage que la fraternité peut avoir lieu, pas dans la sublimation républicaine ». Vaine querelle, car le métissage est un processus long et complexe. Et au fond, la sublimation républicaine, qu'est-ce que c'est ? C'est la raison, celle qui nous dit que l'on peut faire du même avec de l'autre. C'est cela, l'intégration, et c'est cela qu'aurait dû dire sans fioriture Jean-Luc Mélenchon. C'est affirmer : « Vous êtes très loin de moi, vous n'êtes pas mon frère, mais au nom d'un idéal partagé, nous allons faire famille récit commun. » Bel objectif, non, que ce processus d'enrichissement permanent ?

Après être revenu sur l'origine du mot « islamophobie » et sa balade dans l'actualité, un intervenant nous aide à y voir encore plus clair. Ici Aliocha Lasowski.

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Pierre Henry est le président de l’association France Fraternités, à l’initiative de la série « Les mots piégés du débat républicain », disponible également en podcast sur Beur FM.

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