Le dialogue avec l’Autre dans sa pleine diversité pour diffuser la culture de la paix (3/3)

Rédigé par Mohammed El Mahdi Krabch | Jeudi 6 Aout 2026



Lire la première partie ici : Les fondements du dialogue entre les civilisations à la lumière de la sira prophétique

Lire aussi la deuxième partie ici : Pourquoi choisir la sira prophétique comme modèle de dialogue intercivilisationnel

Le Prophète Muhammad, paix et salut sur lui, a encouragé le dialogue fondé sur la sagesse et le bon conseil, ainsi que sur le respect des opinions divergentes, conformément au verset coranique : « Invite (les gens) sur le chemin de ton Seigneur par la sagesse et la bonne exhortation, et discute avec eux de la meilleure façon. » (Coran 16:125) En islam, le dialogue constitue un instrument civilisateur de recherche de la vérité et non un moyen d’exclusion.

Selon Ibn Ishaq, les habitants de Najran, chrétiens, se sont rendus au Prophète et ont prié dans sa mosquée après la deuxième prière de l’après-midi (al-asr). Bien que certains aient voulu les en empêcher, le Prophète les laissa accomplir leur culte en direction de la qibla. Cet épisode illustre une forme élevée de tolérance religieuse et de communication interculturelle.

L’engagement des savants, imams, prédicateurs et enseignants dans le dialogue interreligieux et interculturel trouve son fondement dans cet accueil de la délégation de Najran. Il montre que le dialogue constructif est non seulement souhaitable d’un point de vue religieux, mais qu’il exprime également la nature humaine saine et incarne la sunna prophétique.

Diffuser la culture de la paix à l'humanité

Les décideurs et penseurs ont reconnu l’importance de telles rencontres pour diffuser la culture de la paix et maintenir la cohésion sociale. Cela a conduit à la création d’associations dédiées au dialogue religieux et culturel. À titre d’exemple, l’Université populaire des religions, cofondée à Nîmes, illustre ces initiatives parmi de nombreuses associations, conférences et séminaires visant à promouvoir le dialogue interreligieux, la tolérance et le respect d’autrui.

La tradition coranique souligne la nécessité de la reconnaissance mutuelle et de la fraternité humaine : « Ô humains ! Nous vous avons créés d’un mâle et d’une femelle et nous avons fait de vous des nations et des tribus afin que vous vous connaissiez. Le plus noble d’entre vous, auprès d’Allah, est le plus pieux. Allah est, certes, Omniscient et Grand-Connaisseur. » (Coran 49:13)

Yahya Ibn Adam rapporte dans Kitâb al-Kharâj que le Prophète recommandait à Mu‘âdh ibn Jabal de ne pas inciter un juif à abandonner sa religion, confirmant ainsi que le respect de la liberté religieuse constitue un principe de communication universelle.

La sunna démontre que la sphère de la communication humaine s’étend à l’humanité entière, sur la base de l’égalité fondamentale, aux communautés et nations, comme en témoignent les récits coraniques relatifs à l’envoi de prophètes à Thamud et à Madyan, aux gens du Livre, envers lesquels Allah ordonne bonté et équité, et enfin, à ceux qui ne croient pas ou associent d’autres divinités à Allah.

Lors de la conquête pacifique de La Mecque, le Prophète interpella ses habitants : « Que pensez-vous que je ferai de vous ? » Ils répondirent : « Tu es un frère noble et le fils d’un frère noble. » Muhammad (paix et salut sur lui) accepta cette description et le témoignage de fraternité, pardonnant les offenses passées et proclamant l’amnistie générale : « Partez, vous êtes libres », protégeant ainsi leurs personnes, honneurs et biens.

Respect des engagements et diplomatie religieuse pour la paix internationale

Le Prophète Muhammad, paix et salut sur lui, faisait preuve de douceur, de générosité et de noblesse dans ses relations avec les individus et les communautés, agissant à la fois comme médiateur et conseiller auprès des souverains et dirigeants.

Muhammad ibn Tulun al-Dimashqi rapporte dans lâm al-Sâ’ilîn que le Prophète envoyait des lettres aux rois avec bienveillance et accessibilité, sans contrainte ni menace. Il dépêcha des émissaires auprès du Negus (roi d’Abyssinie), du César, de Khosro et des rois d’Oman, illustrant une diplomatie raffinée visant à présenter l’Islam sans convoiter les royaumes ou le pouvoir des destinataires. Ces lettres garantissaient la sécurité de leurs royaumes tout en transmettant le message divin.

La correspondance du Prophète avec le Negus, telle que rapportée par Al-Zayla‘i, commençait ainsi  : « Au Negus, roi d’Abyssinie : Paix. Louange à Allah, le Roi, le Saint, le Fidèle, le Maître. Je t’invite à Allah seul, sans associé… » Ces textes démontrent la finesse de la communication et la haute moralité du Prophète dans la diplomatie.

Le Prophète attachait une importance particulière au respect des pactes et des traités afin de préserver la paix et la stabilité entre peuples et civilisations. Avant l’Hégire vers Yathrib (Médine), il ordonna à Ali Ibn Abi Talib de restituer les dépôts confiés par les Quraysh, témoignant ainsi de son intégrité et de sa bienveillance, même envers ceux qui lui avaient été hostiles.

La pratique prophétique a été prise comme modèle dans le dialogue avec l’autre par des leaders religieux contemporains, je cite comme exemple le grand imam d’Al-Azhar Ahmed Tayyeb ou encore le roi Mohammed VI du Maroc, qui, en tant qu’amir al-mu’minin, commandeur des croyants et chef d’Etat, a promu une diplomatie religieuse respectueuse et ouverte. Cet engagement religieux se manifeste à travers plusieurs actes dont par exemple :

-L’accueil du pape François à Rabat en mars 2019, soulignant la préservation de Jérusalem et la promotion du dialogue interreligieux, de la fraternité humaine et du vivre-ensemble.

- L’ouverture et la clôture de ses discours royaux par des invocations et des versets coraniques, réaffirmant les valeurs prophétiques de clémence, de justice et de respect.

- La Constitution marocaine, qui affirme l’attachement du peuple aux valeurs de tolérance, d’ouverture et de dialogue interculturel.

En conclusion, la sira prophétique offre un modèle précieux pour le dialogue entre les peuples. L’humanité contemporaine a besoin d’incarner cette sira pour vivre et réussir la coexistence pacifique entre nations et peuples.

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Mohammed El Mahdi Krabch est membre correspondant de l’Académie de Nîmes (société savante), imam, théologien et aumônier référent des hôpitaux de l'Hérault. Il est consultant aux affaires théologiques et bioéthiques du culte musulman des hôpitaux de la région Occitanie.

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