Sur le vif

L'ONU appelle la France à lutter contre le racisme systémique

Rédigé par | Vendredi 2 Juillet 2021 à 15:55



En voici une recommandation qui relance un vieux débat connu pour diviser la classe politique française. Dans son rapport annuel portant sur le racisme et les discrimination raciales, et publié lundi 28 juin, la Haut Commissaire des Nations-Unies aux droits de l’Homme, Michelle Bachelet, exhorte la France, ainsi que plusieurs autres États, à recourir aux statistiques ethniques pour lutter contre « le racisme systémique ».

« Dans certains pays, on reconnaît désormais plus largement le caractère systémique du racisme dont sont victimes les Africains et les personnes d’ascendance africaine, ainsi que la nécessité de réexaminer le passé afin de garantir des conditions de vie futures favorisant le respect de la dignité et des droits de tous. Il est de notre devoir collectif de nous occuper de ces questions, immédiatement et partout dans le monde », indique-t-on.

Pourquoi cette mesure ?

Invoquant le meurtre de Georges Floyd tué par Derek Chauvin en mai 2020, qui a donné plus de puissance au mouvement Black Lives Matter (BLM), l’instance indique vouloir « remédier à la culture du déni », et « faire en sorte que la voix des personnes d’ascendance africaine et de ceux qui s’élèvent contre le racisme soit entendue ».

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Dans cette optique, la Haut Commissaire invite les Etats dont la France à « recueillir et publier des données complètes ventilées selon la race ou l’origine ethnique, ainsi que selon le sexe et d’autres facteurs, dans le respect de garanties strictes et du droit international des droits de l’homme ».

« En outre, les États devraient analyser les effets cumulés des lois, des politiques et des pratiques sur certains groupes raciaux et ethniques en particulier. Tout en étant conscient des difficultés mentionnées par certains États, le HCDH rappelle que ces données permettent de disposer d’éléments empiriques pour mieux comprendre l’ampleur du racisme systémique au niveau local et les mesures institutionnelles qui ont été prises, et pour contrôler l’efficacité des mesures stratégiques. Le fait de reconnaître expressément les personnes d’ascendance africaine dans les statistiques et les recensements nationaux est également un pas vers la reconnaissance de leur identité et de leur héritage, qui va de pair avec leur droit à la dignité ».

Une mesure qui divise la classe politique

Si, en France, le recours aux statistiques ethniques est strictement encadré et ne peut pas être mobilisé dans le cadre d’études sur la mesure de la diversité, comme le rappelle l’Insee, il est davantage répandu dans le monde anglo-saxon.

En France, le sujet est, par ailleurs, au centre de nombreux débats. Si certaines personnalités politiques comme Nicolas Sarkozy ont pu s'y déclarer favorables, la majorité de la classe politique française se déclarent contre le recours aux statistiques ethniques. En 2020, Emmanuel Macron l'avait rejeté, estimant préférer la mise en place concrète de mesures de lutte contre les discriminations.

Le député LR Robin Reda indiquait partager cet avis dans un rapport datant du mois de mars 2020. « L'instauration de statistiques ethniques plus poussées pourrait sembler utile pour mieux mesurer certaines discriminations, mais cela pourrait aussi bien fragiliser la cohésion sociale en donnant une reconnaissance à l'existence de certaines 'communautés' et en figeant certains groupes en fonction de critères ethniques parfois artificiels », écrivait-il.

La Commission européenne avait, elle aussi, plaidé pour le recours aux statistiques ethniques en novembre 2020, assurant que ces données permettrait de mesurer pour mieux inclure tous et toutes dans la societé.

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