Points de vue

Financement des mosquées : la centralisation commence au Moyen Âge

Rédigé par Seyfeddine Ben Mansour | Lundi 4 Mars 2013 à 08:36



Plus de sept ans après sa création, la Fondation des œuvres de l’islam de France (FOIF) peine à se mettre en place. Il s’agit d’une structure d’utilité publique destinée à contribuer au développement du culte musulman en France au travers, notamment, d’une gestion transparente du financement des lieux de culte. Elle réunit en qualité de membres fondateurs les principales organisations musulmanes du pays : la Grande Mosquée de Paris (GMP), le Comité de coordination des musulmans turcs de France (CCMTF), la Fédération nationale des musulmans de France (FNMF) et l’Union des organisations islamiques de France (UOIF). Cette dernière n’ayant pas, à ce jour, désigné ses représentants au sein du nouveau Conseil d’administration, l’institution demeure bloquée, privant l’islam de France, notamment, d’un canal de financement qui serait d’autant plus transparent qu’il serait pratiquement exclusif.

L’existence d’une structure centralisatrice est la norme dans les pays musulmans, que ce soit sous la forme d’un ministère (des Affaires religieuses, comme en Tunisie, ou des Waqfs, comme en Egypte), ou d’un directoire (Diyanet dépendant du Premier ministère dans la Turquie laïque).

Cette centralisation à laquelle aspire la France aujourd’hui apparaît très tôt en islam, fût-ce de manière embryonnaire : en 736, le juge chargé, comme c’était la règle, de la gestion d’une mosquée, un certain Tawba Ibn Namir al-Hadrami, crée un conseil chargé d’administrer l’ensemble des dotations, jusque-là gérées séparément, et dont les revenus sont dédiés au financement des mosquées (entretien, construction, formation et rémunération des personnels, etc.). Ces dotations (waqfs ou habous) consistent en biens immobiliers : logements locatifs, fonds de commerce, moulins, etc.

Entre le gouvernant et les particuliers fortunés

Jusqu’alors ‒ et si l’on excepte les cas de conversions d’édifices religieux existants (églises, notamment), du fait, le plus souvent, de conversions massives les rendant superflues ‒, l’édification de mosquées et leur entretien étaient soit le fait du gouvernant, soit le fait de particuliers fortunés.

Dans le premier cas, il s’agit d’une obligation morale, mais aussi sociale et politique : il s’agit de répondre aux besoins de la population. En l’an mille, Badr Ibn Hasanawayh, gouverneur de Jibal, dans le Khorassan, a ainsi fait construire 3 000 mosquées et logements.

Dans le second cas, il s’agit le plus souvent d’un acte pieux, conformément au hadith selon lequel « Qui fait édifier une mosquée, Dieu lui édifiera une demeure au Paradis ». Dans cette catégorie se rangent les mosquées dues à des personnages célèbres, comme le Masjid Simak ou le Masjid al-Ash‘ath, mais aussi des mosquées corporatistes comme celle des officiers supérieurs des impôts dans la Bagdad abbasside, voire des mosquées à usage quasi privé, comme celle que fit édifier Taj ad-Din al-Jilani en 1273, et dans laquelle il aimait prier seul et méditer dans une pièce retirée. Ces abus seront condamnés.

C’est sous les Fatimides que le processus de centralisation, amorcé au VIIIe siècle, atteindra une forme aboutie. Le calife al-Mu‘izz (932-975) crée une « direction des biens de mainmorte » et une « direction des mosquées » à la tête desquelles il met le doyen des juges. A ces deux institutions, il ajoute en 974 un organisme de financement spécifique dépendant du Trésor public et garantissant un revenu annuel minimal de 150 000 dirhams. L’ensemble des paiements liés aux mosquées étaient effectués par cette administration, après avoir été justifiés par l’économat des différentes mosquées. Ces dernières étaient ainsi administrées par les juges qui, à travers ces institutions, étaient soumis à leur doyen, lui-même sous l’autorité directe du calife.