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Religions

La Grande Mosquée de Cergy : un symbole de l'islam de France

Rédigé par Maria Magassa-Konaté | Lundi 9 Juillet 2012

Il y avait foule, vendredi 6 juillet, pour l'inauguration officielle de la Grande Mosquée de Cergy (Val-d'Oise), dans le quartier de Cergy-le-Haut. Manuel Valls, le ministre de l'Intérieur en charge des cultes, avait même fait le déplacement. L'occasion pour lui d'affirmer sa volonté de rompre avec l'instrumentalisation de l'islam mais aussi d'appeler à « un islam de France ».



La Grande Mosquée de Cergy : un symbole de l'islam de France
« Une mosquée, quand elle s’érige dans la ville, dit une chose simple : l’islam a toute sa place en France », a clamé Manuel Valls devant les très nombreux Cergyssois venus assister à l'inauguration de leur mosquée.

« Après tant et tant d'années d'attente, tant et tant d'années d'interrogations et d'incertitudes, nous sommes là enfin », a commenté, ravi, Dominique Lefebvre, le député-maire de Cergy (PS), qui a beaucoup soutenu et suivi la communauté musulmane dans ce projet.

Manuel Valls, le ministre de l'Intérieur et des cultes.
Manuel Valls, le ministre de l'Intérieur et des cultes.

Du gymnase à la mosquée

Enfin, car l'idée de la construction de cette mosquée « remonte à 9 ans en même temps que la création de la fédération qui regroupe 10 associations », explique Hamida Maïga, le président de la Fédération musulmane de Cergy (FCM) qui a porté ce projet.

A présent, les fidèles qui ont inauguré en avant-première la mosquée, vendredi 29 juin, peuvent dire adieu au gymnase dans lequel ils faisaient la prière du vendredi. A la place, ils bénéficient d'une grande mosquée de 2 000 m² sur trois niveaux, qui peut accueillir jusqu'à 1 500 fidèles.

Il faut dire que le lieu est vaste. La mosquée comprend deux grandes salles de prière : une pour les hommes et une pour les femmes, avec leur salle d'ablutions mais aussi deux cuisines, un salon de thé, un bureau pour l'imam, une salle funéraire, des salles de classe et une salle polyvalente.

Nul doute que les musulmans de Cergy sauront occuper tout cet espace qui leur est mis à disposition. Ils n'y sont d'ailleurs pas étrangers, car le financement de la mosquée provient uniquement des dons des fidèles. Plus de 3,7 millions d'euros ont été nécessaires à sa construction.
Mais les appels aux dons ne sont pas terminés, car la FMC a bénéficié d'un prêt bancaire à taux zéro de 2,2 millions d'euros pour que les travaux puissent être achevés. Il reste donc encore beaucoup d'argent à collecter pour rembourser ce prêt.

Un bail de 99 ans

Mohammed Moussaoui, le président du Conseil français du culte musulman (CCFM), venu « partager cet événement historique », a toutefois tenu à souligner l'écart entre l'offre et la demande de lieux de culte pour les musulmans en France.
« En 2005, on dénombrait 23 000 lieux de culte mais seulement 65 avaient une surface supérieur à 1 000 m², soit 4 %. Et 40 % avaient une surface inférieur à 100 m² alors que l'on estime entre 850 000 et 1 million le nombre de fidèles qui vont prier à la mosquée chaque vendredi. Pour que chacun ait une place, il faudrait une surface de 500 000 m², soit le double », a expliqué M. Moussaoui, en notant tout de même qu'il y avait une « phase de rattrapage », ces dernières années, avec l'inauguration de plusieurs Grandes Mosquées.

Le président du CFCM a également salué la validation du bail emphytéotique par le Conseil d'Etat. Les baux emphytéotiques administratifs (BEA) permettent aux associations cultuelles de louer un terrain à des collectivités locales pour une très longue durée (jusqu’à 99 ans) à un loyer très bas. Ce mécanisme avantageux est utilisé par de nombreuses municipalités pour permettre aux musulmans d'ériger leur lieu de culte. En effet, en vertu de la loi de 1905 sur la laïcité, les pouvoirs publics ne disposent que de ce moyen pour aider les croyants dans la construction de leurs lieux de culte.
C'est d'ailleurs, notamment, par ce biais que la mairie de Cergy a soutenu la construction du nouvel édifice religieux.

Le maire Dominique Lefebvre, pour qui il était nécessaire de permettre aux musulmans de « disposer d'un lieu de culte digne » et ainsi de garantir le « libre exercice des cultes », a consenti à un bail sur une durée de 99 ans.
La municipalité a également garanti à hauteur de 50 % l'emprunt bancaire de la FMC.

Des musulmans et un maire unis

Très impliqué dans ce projet, le maire de Cergy est celui qui a impulsé la création de la fédération, en poussant les différentes associations musulmanes de la ville à se rassembler.
« C'est lui qui a réussi à réunir 10 associations », assure Tahar Mahdi, l'imam choisi pour officier à la Grande Mosquée de Cergy. « C'est un homme sincère, les autres hommes politiques devraient adopter son comportement », juge-t-il.

En assurant un dialogue permanent avec la communauté musulmane, il leur a permis de se rassembler. Aujourd'hui, réunis dans une seule fédération, les fidèles assurent qu'il n'y a aucun problème. « Il n'y a pas de conflits entre les communautés, pourtant la diversité est palpable » dans cette ville où cohabitent 130 nationalités d'origines différentes, dit l'imam qui explique que cette osmose est aussi due au fait que la majorité des fidèles appartient à l'obédience malikite : l'école religieuse suivie en grande partie par les musulmans originaires du Maghreb et de l'Afrique de l'Ouest.

Tahar Mahdi, l'imam de la Grande mosquée de Cergy.
Tahar Mahdi, l'imam de la Grande mosquée de Cergy.

Un exemple de l'islam de France

Un rassemblement salué par le ministre de l'Intérieur Manuel Valls, qui voit la Grande Mosquée de Cergy comme une «  belle illustration de ce qui doit se passer dans notre pays ».

« Je veux, dans un même mouvement, condamner tous les clichés, toutes les petites phrases, que l’on entend, ou que l’on tolère, et qui visent les musulmans », a-t-il également assuré, tout en précisant vouloir « défendre avec fermeté la laïcité ».

Ardent défenseur d'un « islam de France », il compte ouvrir des débats notamment sur la formation des imams. « Il faut s’assurer que tous ceux qui s’adressent aux fidèles – et ils sont nombreux – ont une connaissance réelle et partagent les valeurs fondamentales du pays dans lequel ils s’expriment », a-t-il tenu à dire.

A Cergy, c'est un message qui fait écho. « On veut un islam local », assure l'imam de la Grande Mosquée. « On ne veut pas être financé par l'étranger. Il y a un islam algérien, marocain alors pourquoi pas un islam français. Cela ne veut pas dire que l'on ne va pas respecter les valeurs de l'islam, bien sûr que non. Mais si nous avions été financés par un pays étranger, des questions politiques seraient apparues », argumente Tahar Mahdi.

Pour s'assurer une totale indépendance, ce docteur en civilisation et langue arabes indique que les nombreuses propositions d'aides financières venues d'ambassades comme l'Algérie ou l'Arabie Saoudite ont été refusées.
Mais, en France, beaucoup de mosquées les acceptent, faute de trouver d'autres financements.

Garantir une indépendance des mosquées françaises passera sûrement par un rassemblement de la communauté musulmane au niveau national. Avec un CFCM qui peine à s'imposer comme une instance représentative, la route s'annonce longue.
« J'appelle les responsables du culte musulman à prendre la mesure des défis qui se posent à nous. Les divisions, les égoïsmes, la concurrence ne peuvent pas différer plus longtemps le dialogue indispensable qui doit s’ouvrir sur les sujets cultuels », a tenu à mettre en garde Manuel Valls.




Maria Magassa-Konaté


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