Economie

A l’approche du Ramadan, une fédération du halal appelle au rassemblement

Rédigé par Maria Magassa-Konaté | Jeudi 19 Juillet 2012 à 00:06

Le projet de fédération du halal porté par Saber Bouzaza avance à grands pas. Début juillet, l’entrepreneur lorrain avait annoncé son intention de créer une fédération. Le but : remplacer les mosquées dans leur rôle de certificateur. Mais, aujourd’hui, il clarifie les choses. Cette fédération, qui sera officiellement lancée le 20 juillet, date du premier jour du Ramadan 2012, visera à rassembler tous les acteurs du halal et non à remplacer les certificateurs, nous indique M. Bouzaza, mettant ainsi fin à un malentendu avec les mosquées.



« On est là pour être avec les mosquées », assure Saber Bouzaza. Dans plusieurs médias, dont Le Journal du dimanche (JDD) et Le Figaro, son projet de fédération avait été présenté comme visant à remplacer les mosquées dans la certification du halal. Mais M. Bouzaza tient à clarifier les choses. A l’inverse, son but est de travailler avec les mosquées qui « ont 15 ans d’avance » sur lui. Il y a eu « un quiproquo avec un journaliste », note-t-il.

L’entrepreneur a ainsi pu mettre les choses au clair avec Kamel Kabtane, le recteur de la Grande Mosquée de Lyon, qui avait mal pris cette annonce de l’entrepreneur et avait réagi dans le JDD.
Lors d’une « longue » conversation téléphonique, les deux hommes ont pu voir qu’ils étaient finalement sur la même longueur d’ondes.

Un grand rassemblement

Si elle ne vise pas à se substituer aux grandes moquées dans l’attribution des certifications halal, cette fédération nationale du halal, d'après M. Bouzaza, est surtout là pour fédérer les acteurs de ce marché. « On veut rassembler les trois grandes mosquées qui délivrent des certifications halal (La Grande mosquée de Paris, celle de Lyon et celle d’Evry, ndrl), l’AFNOR (Association française de normalisation), les consommateurs et les certificateurs agréés par les mosquées», explique Saber Bouzaza. « On veut aussi avoir l’Etat avec nous. Il doit prendre ses responsabilités », ajoute-t-il.

Ce rassemblement permettra de proposer un label unique du halal et ainsi de contrer les nombreuses fraudes sur ce marché. « Aujourd’hui, tout le monde peut apposer un certificat halal sur ces produits, ce n’est pas normal », déplore-t-il.

Pour Kamel Kabtane, le recteur de la Grande Mosquée de Lyon, si cette fédération permet de « se battre » contre les fraudes et de « faire parler du halal », il n’y a aucun problème.
Les musulmans, qui sont estimés entre 5 et 6 millions de personnes en France, ont bien droit à cela.

Et avec un tel label, ce ne sont pas seulement les consommateurs musulmans qui sont visés mais aussi tous ceux qui consomment des produits halal, indique M. Bouzaza, à la tête de Sunny Market, un supermarché de bio halal à Fèves, en Moselle.
« 30 % des consommateurs du halal ne sont pas musulmans », précise-t-il.

Pour la foi

Une fédération nationale du halal peut permettre de « booster la dynamique du halal et d'améliorer la situation », juge Fathallah Otmani, le porte-parole d’AVS (A Votre Service), un organisme de certification halal.
Loin de contester le projet, comme des médias à l’instar du Figaro ont pu le dire, il concède que c’est « une bonne idée », même s’il n’en voit pas vraiment l’utilité.
De plus, selon lui, Saber Bouzaza, en tant qu’entrepreneur, ne serait pas le mieux placé pour créer une telle fédération. « C’est aux consommateurs de prendre les choses en main pour faire face aux fraudes », ajoute M. Otmani.

Mais, pour M. Bouzaza, sa légitimité est toute trouvée. « En tant que commerçant, je suis le mieux placé car c’est moi qui doit donner aux clients la certitude que les produits que je vends sont halal. Je ne suis pas fabricant mais distributeur. Si je me rends compte que beaucoup de mes produits ne sont pas halal, je les retirerais sans problème », explique-t-il.
En effet, Saber Bouzaza dit ne pas avoir d’intérêts économiques car il est avant tout le dirigeant d’une société spécialisée dans la distribution et l’installation des solutions de sécurités biométriques. Il ne vit pas du halal mais a voulu créer une enseigne halal « par convictions, pour faire sortir de l’ombre le halal et arrêter de le diaboliser », nous dit-t-il. « Si on n’avait pas la morale et la foi, on aurait abandonné », clame l'entrepreneur.

Quant à l’Association de sensibilisation, d’information et de défense de consommateurs musulmans (ASIDCOM) et à l’Union française des consommateurs musulmans (UFCM), qui défendent les consommateurs musulmans, M. Bouzaza dit ne pas connaître leurs actions sur le plan national...
A l’inverse, sa fédération a l’ambition de s’imposer comme un acteur incontournable, affiche-t-il.

Pour redynamiser le marché

Cette fédération du halal en proposant un label unique aura le mérite de rassurer le consommateur, mais aussi de rassurer les marques, estime le chef d'entreprise.
Saber Bouzaza n’en démord pas. Les produits halal vont se multiplier car les marques rassurées par un label unique se dirigeront plus facilement vers ce marché. « Aujourd’hui, les marques ne savent pas quel certificateur elles doivent choisir. Elles ont peur de faire le mauvais choix et, du coup, ne se lancent pas. »

Cet épicurien, qui aime les produits du terroir, espère que des marques de plus haut de gamme se tourneront ainsi vers le halal. « On cherche la qualité. On veut la gamme au-dessus », déclare-t-il en déplorant que les produits halal proposés aujourd’hui soient des « produits de second prix ».

Le marché du halal estimé en 2011, comme en 2010, à environ 5,5 milliards d'euros a encore du potentiel sur ce créneau. Tôt ou tard, les marques devront répondre aux exigences de plus en plus grandes des consommateurs de produits halal.

Pour prendre des parts de marché conséquentes, les distributeurs, à l’image de Carrefour, ont déjà franchi un cap en proposant leurs propres produits (dits) halal. Et ces distributeurs sont déjà au garde-à-vous pour le Ramadan, qui, selon les estimations du cabinet d’études marketing Solis, devraient rapporter 350 millions d’euros pour cette année 2012.

Avec une attirance plus grande des entreprises pour le halal due à un label unique, les organismes de certification halal verront leurs chiffres d’affaires augmenter, estime ainsi M. Bouzaza.
Actuellement, une tonne de viande labellisée rapporterait environ 100 euros. Mais M. Kabtane tient à tempérer les choses. « Trop souvent on essaie de faire croire que le halal est une boîte de pandore. Que l’on s’en met plein les poches. Mais on n’est pas des voyous, on essaie juste de faire notre travail », clame le recteur de la Grande Mosquée de Lyon.

Saber Bouzaza dit avoir obtenu les statuts de la fédération mercredi 18 juillet. Son lancement sera lancé officiellement ce vendredi 20 juillet, date du début du Ramadan.
M. Bouzaza attend ce moment pour commencer à prendre contact avec les différentes parties qui composeront la fédération et signeront une charte.
Reste à convaincre tout ce beau monde de se rassembler...