Points de vue

À l’approche du Ramadan, de l'importance de redonner vie à son cœur

Rédigé par Khadija Ahouzi | Lundi 19 Janvier 2026



Quelques semaines seulement nous séparent du mois béni de Ramadan. Alors que ces mots sont écrits, dehors il neige, les paysages sont blancs, endormis. Les arbres sont dévêtus, les fleurs ne sont plus, les oiseaux ne se font plus entendre et les papillons sont aux abonnés absents. Les journées sont courtes, froides, au ralenti. La nuit tombe vite et le soleil se lève tard. La fatigue se fait ressentir, l’énergie n’est plus la même, le corps dépense beaucoup pour se réchauffer et se maintenir à une certaine température. Les balades se réduisent, les sorties en extérieur et en famille se font plus rares, les voyages et les visites ne sont plus au même rythme. L’hiver est bien là ! Une saison bien particulière, là où tout s’arrête et tout meurt pour ensuite revenir à la vie. Gloire à Dieu, Créateur des cieux et de la terre, Créateur des saisons et des lois terrestres et célestes.

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L’hiver, ce moment où il fait froid et où l’on aime rester au chaud chez soi, auprès d’un bon feu, un livre ou un chocolat chaud en main pour se réchauffer. Cette saison a de particulier qu’elle est à la fois majestueuse, avec ces flocons de neige qui descendent du ciel et habillent les paysages d’un si beau manteau blanc, et à la fois rude et difficile lorsqu’il faut faire face à ce froid glacial. Nous avons tous eu au moins une fois une pensée pour tous ces gens qui, dehors, n’ont pas de toit, qui, dans le monde, ont tout perdu, qui font face à ce grand froid sans avoir les conditions matérielles pour y faire face. Quel triste constat de notre humanité lorsque nous apprenons que des gens meurent de froid, aujourd’hui, en 2026, dans nos pays soi-disant développés. Tout près de nous, à nos portes, dans nos villes et un peu partout en Europe, mais également dans des contrées lointaines où se déroule en ce moment même un génocide. Et dans tous ces pays en guerre qui empêchent les gens de vivre dignement.

Le Ramadan vient comme pour rendre à la terre aride de nos cœurs des promesses d’un renouveau et d’une revivification de notre foi

Après la lecture de ces quelques lignes, peut-être vous demandez-vous quel rapport peut-on donc faire entre le Ramadan et l’hiver ? Le mois de Ramadan, tant attendu par des milliers de croyants à travers le monde, est cette saison où l’on voit nos cœurs reprendre vie. Cette saison d’adoration, de solidarité, de fraternité, de dépassement de soi. Cette saison où les valeurs humaines frappent fort à nos portes pour que nous ne les oubliions pas. Elles s’alignent main dans la main et s’avancent comme pour reprendre place en nous. Non pas pour se réchauffer de ce froid glacial, mais pour le chasser et laisser dans nos âmes la chaleur des valeurs universelles et humaines. Le feu brûlant de l’amour pour toutes les créatures de Dieu. Le soleil chaud et puissant des sentiments humains les plus nobles et les plus élevés, qui rendent toute leur noblesse aux Hommes.

Une saison qui vient comme après un hiver fait parfois d’insouciance, d’oubli, d’excès de nourriture, de sommeil, de paroles… Une saison qui vient comme pour redonner vie à nos cœurs endormis, à nos cœurs meurtris. Meurtris d’avoir parfois oublié de regarder vers le ciel, d’avoir oublié l’essentiel, d’avoir oublié de déployer ses ailes. Le mois béni de Ramadan vient comme pour rendre à la terre aride de nos cœurs des promesses d’un renouveau et d’une revivification de notre foi. C’est une école, un tremplin, un printemps pour nos cœurs qui retrouvent un éveil, sortent de leur sommeil, retrouvent le chemin, retrouvent le Divin.

Certes, toute l’année devrait être un mois de Ramadan, à l’image des compagnons du Prophète, paix et salut de Dieu sur lui, qui se préparaient six mois avant le Ramadan et en goûtaient encore les fruits six mois après. Il est rapporté qu’Al-Mou’ala ibn Al-Fadhl disait : « Les pieux prédécesseurs invoquaient Dieu, exalté soit-Il, pendant six mois pour qu’Il accepte leur jeûne, puis pendant six mois pour qu’Il leur permette d’atteindre le prochain Ramadan. » En effet, on n’adore pas le Seigneur des Mondes durant ce mois seulement et durant cette période. Mais si toutefois on s’est un peu égarés, si l’on s’est un peu perdus dans un monde terrestre qui nous trompe, alors que l’on sache que rien n’est jamais trop tard, rien n’est jamais perdu.

Dieu, exalté soit-Il, le Généreux par excellence, ne dit-Il pas dans Sa noble parole : « Dis : "Ô Mes serviteurs qui avez commis des excès à votre propre détriment, ne désespérez pas de la miséricorde de Dieu. Car Dieu pardonne tous les péchés. Oui, c’est Lui le Pardonneur, le Très Miséricordieux." » (Coran, Sourate Az-Zumar, verset 53)

Le mois de la privation de nourriture pour nos corps est en réalité le mois de l’abondance de nourriture pour nos âmes

Ce cœur que l’on pense mort peut retrouver la vie ; ce cœur que l’on n’entend plus battre au rythme des adorations peut encore retrouver les battements d’un quotidien fait de prières, de veillées nocturnes, d’évocation de Dieu, exalté soit-Il, d’invocations, de lecture assidue et continue de la noble parole de notre Seigneur, de jeûne, de présence forte à Dieu, de conscience de notre devenir après la mort, de bonnes actions et d’aumônes. Ce cœur que couvrent des centimètres de neige peut encore être déblayé pour retrouver ce sol vivant, vibrant, riche, nourrissant. Ce sol agricole qui offre ses aliments en abondance, expose ses plantes et fleurs par milliers comme un tableau aux mille couleurs. Ce sol qui nous tend ses cultures de blé, de céréales, ses arbres fruitiers et ses légumes colorés.

Le mois de la privation de nourriture pour nos corps est en réalité le mois de l’abondance de nourriture pour nos âmes. Des centaines de mets, de repas, de plats, de festins, de tables garnies pour une âme assoiffée et affamée, pour une foi parfois amaigrie et fragile, faible et vulnérable. Le mois béni de Ramadan est le mois où l’on récolte bien plus que des paniers d’aliments pour emplir un estomac déjà trop plein. Ce mois béni de Ramadan vient stopper notre inconscience, notre surconsommation, nos excès de tout, pour revenir à Lui ! Revenir à la raison, à la conscience, à la responsabilité. Revenir aux adorations, à un rythme de vie équilibré, revenir au jour et à la nuit du croyant : ce programme journalier riche et intense qui empêche le sol de nos cœurs de totalement s’assécher et mourir. Ce programme spirituel qui rythme une journée et une nuit pour donner un sens et une direction à notre existence.

Alors, si en lisant cet article, vous regardez par la fenêtre et y voyez une couche de neige, si vous ressentez que vos cœurs sont enneigés, froids et endormis, souvenez-vous que demain, il fera beau, le soleil reprendra place, le printemps reviendra et, avec lui, l’éclat du monde, le parfum des fleurs, le chant des oiseaux. Ainsi, en parallèle, souvenez-vous que demain le Ramadan frappera à nos portes pour que nos cœurs retrouvent, eux aussi, le printemps, la vie, l’abondance et la richesse qui n’ont pas de prix.

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Première parution sur le site de Participation et Spiritualité Musulmanes (PSM).

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