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Société

Violences policières : la liberté retrouvée pour un pro-palestinien condamné

Rédigé par Hanan Ben Rhouma | Samedi 9 Août 2014

Condamné en première instance à quatre mois de prison ferme, Mohamed S. a passé 25 jours en prison quand son procès en appel s’est tenu, jeudi 7 août, au Palais de justice de Paris. Heureusement pour lui et sa famille, ce sera aussi son dernier jour à Fresnes : le tribunal a ordonné sa libération, tout en le condamnant à trois mois de prison pour « rébellion » lors de son interpellation le 13 juillet dernier après la manifestation de solidarité pour Gaza. Le récit.



Violences policières : la liberté retrouvée pour un pro-palestinien condamné
Jeudi 7 août, 9h30. Une trentaine de personnes se pressent dans une des nombreuses salles d'audience que compte la Cour d'appel de Paris, en soutien à Mohamed S., emprisonné depuis près d'un mois après sa participation à la première manifestation pour Gaza le 13 juillet. La fatigue du jeune manutentionnaire, dans le box des accusés, transparaît dans son attitude et sa voix. Le passage en prison laisse des marques.

A lire : le récit de cette affaire avant le procès.

Contestant les faits de violences à l’encontre de policiers qui lui sont reprochés et desquels il a été relaxé le 15 juillet, il reconnaît n’avoir pas voulu se faire menotter parce que le contrôle – celui de son frère cadet à l’origine - n’avait rien de normal. Mohamed raconte ainsi s’être « pris des coups avant même que le contrôle se fasse » par des policiers qui, par la suite, « ont mis la main pour (l')étrangler » avant de l'embarquer. « Je vois pas l’intérêt d’aller jusqu’à Barbès pour aller taper des policiers. Si j’avais voulu le faire, je l’aurais fait à Bastille », déclare-t-il, rappelant qu’il a été bénévole au service d’ordre de la manif pro-palestinienne qui vient renforcer la tâche des CRS.

Un contrôle motivé par « la couleur de peau »

Au tour des policiers de s’exprimer. De l’équipe interpellatrice à l’origine de la condamnation de Mohamed, celui qui déclare avoir reçu un coup de la part du prévenu n’était pas là. Pour expliquer les raisons qui les ont poussées à s’arrêter, un premier policier évoque le keffieh de Hassen qui dissimulait son visage mais déclare aussi qu’« en aucun cas, la manifestation devait se poursuivre boulevard Barbès ». Or, les frères S. et leur ami Renaud affirment tous qu’ils marchaient tranquillement et ne scandaient aucun slogan quand ils ont été arrêtés...

Quant au pourquoi Renaud, « le Blanc », n’a à aucun moment été contrôlé, le second agent dira simplement qu’« il est parti », répond-t-il. Interrogé à la sortie du tribunal, Renaud dément : il était là jusqu’au bout de l'interpellation, et a même tenté de s'interposer entre Mohamed et le policier avant d'être placé dans le trottoir d'en face. Me Nicolas Putman, l’avocat du prévenu, qui relève plusieurs incohérences dans le récit policier ou encore l’absence d’un rapport médical mettant en exergue les allégations de mauvais traitements sur Mohamed, plaide la relaxe, eu égard « du flou évident de ce dossier », teinté d’un « racisme sournois » révélé lors d’un contrôle d’identité motivé par « la couleur de peau ». « On a tout fait pour que cette interpellation dégénère », finit-il par dire.

Sa réinsertion professionnelle plaide en sa faveur

C'est « la légitimité de l'interpellation des policiers qui est remise en cause » pour l’avocat de la partie adverse, qui réclame une confirmation de la condamnation en première instance et des dommages et intérêts pour ses clients. Dans un registre plus apaisé, le procureur demande aussi une confirmation de la condamnation compte-tenu de son passé judiciaire mais non assortie d'un mandat de dépôt car la réinsertion de Mohamed, qui travaille depuis août 2013, est une réussite. Il est d’ailleurs des plus attendus par son employeur. A Saphirnews, Karine P. déclare avoir « toujours eu de très bons retours de mes clients à son sujet que ce soit pour le travail ou pour son comportement. Quand il a été arrêté, il travaillait pour un de nos clients qui a réclamé récemment qu'il revienne. (…) J'attends qu'il m'appelle pour le remettre en poste dès lundi s’il s'en sent capable ».

Les derniers mots sont pour Mohamed qui s’adresse, avec émotion, d’abord à sa famille présente dans le tribunal. « Vraiment je suis innocent, je n’ai rien fait du tout. (…) Si je suis dans le box des accusés, c’est parce que je suis musulman et que j’ai manifesté pour la Palestine », lance-t-il.

Il est finalement déclaré coupable de « rébellion », tout en voyant sa peine réduite à trois mois de prison. Surtout, il recouvre la liberté et n’a pas de dommages et intérêts à payer aux policiers. Du verdict, Hassen nous déclare : « On n’est pas satisfait à 100 %, on sait qu’il n’a rien fait. Mais l’important, c’est qu’il rentre à la maison, hamdoulilah. » Parce qu'il est encore quasi-impossible de remettre en cause la parole policière, les affaires de violences policières et de contrôles au faciès et leur impact sur les victimes sont encore difficiles à appréhender par la justice. C'est tout un débat à relancer.






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