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Politique

Une sénatrice fait sa pub pour l’interdiction du halal en France

Rédigé par Hanan Ben Rhouma | Mardi 13 Novembre 2012

La sénatrice de l'Ain et maire de Cerdon, Sylvie Goy-Chavent, s'est lancée dans un nouveau combat contre l'abattage rituel en France, avec la bénédiction de la Fondation Brigitte Bardot. Voulant communiquer autour de son projet de loi contre l'abattage sans étourdissement préalable, elle s'est offert, mardi 13 novembre, une page de publicité dans un grand quotidien national, où elle dénonce le halal.



Une sénatrice fait sa pub pour l’interdiction du halal en France
L’Union des démocrates et indépendants (UDI), un nouveau parti centriste présidé par Jean-Louis Borloo, souhaite se faire remarquer sur la scène politique. Après avoir proposé un délit de harcèlement religieux, la sénatrice de l'Ain et maire de Cerdon, Sylvie Goy-Chavent, a solennellement demandé à François Hollande l’interdiction de l’abattage rituel en France.

Sylvie Goy-Chavent a ainsi déposé, mardi 13 novembre, une proposition de loi au Sénat visant à rendre obligatoire l'étourdissement des animaux avant tout abattage. Pour mieux se faire entendre, la sénatrice s’est carrément offert, avec l’aide financière de la Fondation Brigitte Bardot et de plusieurs associations de protection animale, une pleine page de publicité dans Le Parisien, daté de ce mardi, pour lancer un « appel au président de la République ».

Le halal, « un risque pour la santé »

Alors que l’abattage rituel est une pratique qui concerne musulmans et juifs, Sylvie Goy-Chavent a décidé de ne s’en prendre explicitement qu’au halal, qui « approvisionne les cantines, les restaurants, les hypermarchés, sans aucune information au consommateur, (…) présente un risque pour la santé » et « finance certains cultes au mépris des principes républicains de laïcité ».

« Alors que les musulmans pratiquants représentent moins de 5 % de la population française, plus de 50 % de la viande produite en France est issue de l’abattage rituel », lit-on encore. Ces arguments douteux, présents dans le texte de loi, sont en tous points similaires à ceux de l’extrême droite, qui avait réussi à déclencher une vive polémique autour du halal en pleine campagne présidentielle.

Publicité dans Le Parisien contre l'abattage rituel
Publicité dans Le Parisien contre l'abattage rituel

La Fondation Brigitte Bardot aux commandes

Les arguments présentés sont aussi ceux de la Fondation Brigitte Bardot, qui avait lancé, en 2011, une campagne nationale d’affichage contre le halal et le casher ainsi qu’un site Internet dédié. Leur caution scientifique : un avis daté de 2006 de la Fédération des vétérinaires d’Europe (FVE) indiquant que « du point de vue de la protection des animaux et par respect de l’animal », l’abattage sans étourdissement préalable est « inacceptable, quelles que soient les circonstances. »

Cet avis ne fait pourtant pas l'unanimité, rappelle-t-on. Parmi les voix discordantes qui se font entendre, notons celle de Joe Regenstein, professeur en science de l'alimentation dans l'université américaine de Cornell, qui a plusieurs fois fait savoir que cette méthode d'abattage n'est pas plus cruelle pour les animaux que celle qui prône l'usage de l'électronarcose, l'assommage ou encore l’étourdissement au gaz avant la mise à mort de l'animal : l'éthique est même à interroger dans ce cas.

« Je vous demande, Monsieur le Président, l'interdiction de tout abattage sans étourdissement préalable », conclut la maire de Cerdon, qui rappelle les propos de Hollande, tenus en mai dernier : « Sous ma présidence, rien ne sera toléré en termes de présence de viande halal dans les cantines de nos écoles ! »

Cette nouvelle offensive des opposants à l'abattage rituel, qui estiment être les seuls à pouvoir incarner la lutte contre la souffrance animale, s’apparente, encore une fois, à une propagande de lutte contre les habitudes alimentaires des citoyens juifs mais surtout musulmans, le tout nappé d'un fond islamophobe, à laquelle Sylvie Goy-Chavent souscrit sans que Le Parisien y ait guère prêté attention. Les communautés musulmane et juive espèrent simplement que le Sénat ne s'attardera pas sur le sujet pour se préoccuper d'autres projets de loi plus sérieux.






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