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Sur le vif

Une expertise démontre qu'Adama Traoré est mort avant l’intervention des secours

Rédigé par | Mercredi 19 Juillet 2017



C'est autour du slogan « Justice pour Adama » qu'un millier de personnes ont manifesté dans les rues de la capitale parisienne. © Saphirnews.com
C'est autour du slogan « Justice pour Adama » qu'un millier de personnes ont manifesté dans les rues de la capitale parisienne. © Saphirnews.com
Un an après la mort d'Adama Traoré, de nouveaux éléments de l'affaire sont révélés mercredi 19 juillet, date anniversaire de la mort du jeune homme de Beaumont-sur-Oise (Val d’Oise). L'Obs a eu accès à une retranscription des enregistrements sonores des échanges du Samu le soir du décès.

A la demande de l'avocat de la famille Traoré, celle-ci a pu obtenir cette expertise auprès des magistrates parisiennes en charge d’instruire l’affaire. « Ces éléments me font dire une nouvelle fois que les forces de l’ordre n’ont pas aidé mon frère à vivre. Et nous confortent dans nos accusations de non-assistance à personne en danger à l’égard des gendarmes », estime Assa Traoré, la sœur de la victime.

Des médecins « envoyés sur un faux truc »

Les échanges radio évoquent à 17h43 « un truc bizarre, en tout cas, c’est à la gendarmerie et c’est une interpellation et il a fait un malaise inconscient dans la cour ». Puis, à 17h58, suite à une « demande de renfort par la radio » de la part des pompiers, le Samu envoie une équipe. L’agent de régulation indique l'adresse du 26 avenue Jean-Jaurès à Persan, mais les informations ne sont pas claires : « Je sais pas si c’est une association, un pavillon ou autre, ils ont rien noté les pompiers. »

C’est à 18h30 qu’un membre du Samu, arrivé sur place il y a déjà une trentaine de minutes, appelle le régulateur. Il explique se trouver dans une gendarmerie, ce qui semble l’étonner ainsi que son interlocuteur. Il ajoute que, contrairement aux informations données, « le mec, il convulse pas, il est mort, il est en arrêt (…). On sort pas pour ça, on sort pour une crise convulsive (…) Ça change tout, voilà. Donc le contexte est un peu tendu parce que c’est une interpellation ». Le médecin précise ensuite qu’il y a eu « une interpellation des gendarmes, ils l’ont ramené chez eux, enfin chez eux, à la gendarmerie, et puis dans la voiture, je sais pas, dans la voiture il (Adama Traoré) a dit "J’ai du mal à respirer", c’est tout confus, et puis voilà (rires) il a perdu connaissance. A priori, il a pas convulsé… ».

Un bilan médical qui ne correspondait pas à la réalité

Le médecin régulateur fait un point avec le médecin à la gendarmerie sur le dossier médical du défunt. « Ben si tu veux nous, on a une crise convulsive, durée trois minutes, pas de perte d’urine ni morsure, arrête de convulser, antécédent épilepsie… », affirme le premier tandis que le second lui répond : « Qui c’est qui te donne ce bilan ? (…) Nous, on a (si tu veux) donc 24, 25 ans, il est archiconnu de la gendarmerie (…), il est consommateur d’alcool, consommateur de stupéfiant. (…) Et puis il a des piqûres, enfin des points d’injection au niveau du bras (…) Donc est-ce-que c’est monté, enfin comme une tachycardie qui se transforme. Est-ce que c’est de la coke, est-ce que… je sais pas, en tout cas, c’est mal barré, ben clairement… »

Mais ces informations sont erronées. Le dossier médical d’Adama Traoré ne fait aucune mention d’une épilepsie. Les analyses toxicologiques prouveront plus tard que le jeune homme n’était pas sous l’emprise d’alcool ou de cocaïne ce jour là. A 18h48, bien que le pouls du Val d’Oisien soit inerte, les médecins opèrent une demande d’ECMO, un dispositif d’assistance cardio-respiratoire auprès du Samu de Paris tout en sachant que cette démarche est inutile. Le médecin qui est à la gendarmerie lance encore un appel au régulateur et déclare avoir échangé de nouveau avec les pompiers. Il informe que « ils ont jamais perçu de pouls (…). Ils ont vu un vieux tracé sur leur Scop (appareil de monitoring cardiaque) qui faisait des ondes tu vois, donc clairement on considère que depuis 18h02 il est en arrêt ».

D’après Assa Traoré, « tout cela signifie que, bien que mon frère soit mort, les gendarmes n'ont pas voulu lui retirer ses menottes, puisqu'on sait que les pompiers ont dû leur demander à deux reprises avant qu'ils obtempèrent ». La sœur de la victime prépare un grand événement commémoratif en l’honneur d’Adama Traoré samedi 22 juillet à Beaumont-sur-Oise. L’occasion de sensibiliser les soutiens de la famille sur cette affaire mais également sur les cas de son frère Bagui Traoré, emprisonné pour outrage à agent.






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