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Stéphane Hessel : « Israël doit changer d'attitude envers les Palestiniens »

Entretien exclusif

Rédigé par Hanan Ben Rhouma | Jeudi 10 Novembre 2011

La troisième session du Tribunal Russell pour la Palestine vient de s’achever en Afrique du Sud. Dès son retour en France, Stéphane Hessel, président du jury, a accordé à Saphirnews un entretien pour délivrer ses souhaits et ses impressions. A 94 ans, l’ancien résistant qui fut l’un des 18 rédacteurs de la Déclaration universelle des droits de l'homme, impressionne toujours autant.



Stéphane Hessel, président du jury du Tribunal Russell pour la Palestine.
Stéphane Hessel, président du jury du Tribunal Russell pour la Palestine.

Saphirnews : Quelles sont les conclusions que vous tirez de la session du Cap ? Sur quelles bases les avez-vous élaborées ?

Stéphane Hessel : Après deux journées passées à écouter un très grand nombre d’experts et de témoins, nous avons conclu que ce qui se passait en Palestine s’apparente, aux yeux du droit international, au crime d’apartheid. Les questions essentielles que le droit international inclut sous le nom d’apartheid et en y ajoutant le terme de persécution s’appliquent indéniablement à la façon dont sont traités les Palestiniens par les autorités israéliennes.

Il a fallu donc décrire toutes les exactions que subissent les Palestiniens et les comparer avec ce que disent, entre autres, le statut de la Cour internationale de justice (la CIJ basée à La Haye, ndlr), les avis de cette Cour (parmi lesquels celui de 2004 qui déclare illégal le Mur de séparation en Cisjordanie, ndlr), les résolutions adoptées par les Nations unies, la convention sur le crime apartheid. (…) L’interprétation de ces textes démontre clairement que les persécutions commises sont tributaires du droit international.

Quelles sont les principales recommandations que vous émettez à l’issue de la session ?

S. H. : Nous demandons à Israël de cesser de traiter les Palestiniens comme ils les traitent et de rendre justice à tous ceux qui ont été lésés. Nous recommandons aussi et surtout aux Etats membres des Nations Unies et qui ont la responsabilité de maintenir le droit international de se tenir informés et sont priés de tenir compte de nos conclusions dans leurs relations avec Israël.

Les recommandations émises ne sont pas contraignantes pour l’Etat hébreu. Sur qui comptez-vous pour les faire appliquer ?

S. H. : Comme toujours, le Tribunal Russell espère que l’opinion publique, d’une part, et les instances mises en accusation, de l’autre, réagissent et fassent le nécessaire pour que la situation change. (…) A ce titre, la campagne BDS (Boycott, Désinvestissement, Sanctions) a été mentionnée comme une campagne qui mérite notre soutien.

Vous qui étiez présents à toutes les sessions, quelles évolutions observez-vous depuis la création du TRP ?

S. H. : La première session de Barcelone (qui a mis en accusation l’Union européenne, ndlr) a été particulièrement réussie. La presse espagnole et internationale a réagi très positivement à notre égard.
La seconde à Londres (portant sur la responsabilité de multinationales, ndlr) a été intéressante puisqu’il y a eu quelques effets sur certaines grandes entreprises mises au banc des accusés.
La troisième session au Cap était, à mon avis, la plus importante parce que les témoignages recueillis et la manière dont ils ont été restitués apportent un éclairage très fort sur la nécessité pour tous les Etats complices à changer de politique à l’égard d’Israël ; et pour Israël de sortir de l’attitude qu’est la sienne au cours des 40 dernières années.

Vous avez envoyé une lettre à Jacob Zuma, président de l’Afrique du Sud. Que lui avez-vous demandé ?

S. H. : Nous veillons à ce qu’un témoin venu à la session du Cap ne subisse pas de réprimandes car on pourrait être tenté de lui retirer des droits qu’elle dispose alors qu’elle est députée à la Knesset. Nous avons alors demandé à l’Afrique du Sud et à d’autres pays, dont la France, d’intervenir en sa faveur et de veiller à ce que toute personne qui vienne simplement dire la vérité devant le Tribunal ne subisse pas de représailles dans son pays.

Vous faites référence à Haneen Zoabi. La menace qui plane sur elle concernant une éventuelle déchéance de sa nationalité est réelle ?

S. H. : Il ne faut pas exagérer. C’est un membre de la Knesset qui a laissé entendre que le témoignage de Mme Zoabi mériterait qu’elle soit punie parce qu’elle s’est rendue à l’étranger pour dire du mal d’Israël. Elle n’est pas menacée gravement, mais le fait même que sa présence ait été soulignée montre que le Tribunal Russel intéresse Israël.
Nous sommes contents que cet Etat voit l'importance de ce qui se passe avec nous et que, par conséquent, une personne qui vient témoigner au TRP est une personne qui peut lui apporter des inconvénients.

Quelles sont les suites que vous donnez à cette session ?

S. H. : Le compte rendu détaillé des témoignages et des expertises entendus au Cap seront envoyés à tous les partenaires et les comités de soutien du TRP implantés dans une centaine de pays. Les conclusions vont aussi être largement diffusées auprès de tous, y compris Israël, mais aussi à ses principaux partenaires et aux parlementaires par l’intermédiaire du gouvernement sud-africain qui nous a beaucoup aidés à tenir notre réunion.

Cap vers New York bientôt. Quels seront vos objectifs?

S. H. : Une quatrième session se tiendra à New York en septembre prochain (2012, ndlr). Elle s’appliquera particulièrement aux Nations unies et aux responsabilités que porte l’organisation envers la situation inacceptable faite aux Palestiniens, non seulement par Israël mais aussi par les autres Etats. Cette session sera alors la dernière et donnera lieu ensuite à une conclusion générale.




Hanan Ben Rhouma


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