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Religions

Prêche du vendredi : L’islam interdit l’assassinat et l’attentat à la vie humaine

Rédigé par Conseil théologique musulman de France (CTMF) | Vendredi 20 Novembre 2015

Ce texte est le sermon (khutba) proposé par le Conseil théologique musulman de France (CTMF) aux imams de France pour la grande prière du vendredi du 20 novembre 2015, sept jours après les attentats perpétrés à Saint-Denis et à Paris.



Prêche du vendredi : L’islam interdit l’assassinat et l’attentat à la vie humaine

بسم الله الرحمن الرحيم

Les attentats terroristes qui ont endeuillé la France le vendredi 13 dernier exigent de notre part de donner la position de l’islam vis-à-vis de tels actes, à travers les points suivants :

1. Le musulman ne doit jamais réagir aveuglément et sur la base de ses seules pulsions mais, au contraire, toujours à partir de la considération de tous les éléments d’une situation donnée et d’une compréhension globale des fondements de sa religion, car il se sait responsable de ses actes et de ses propos aux yeux de Dieu et aux yeux des hommes. Il veille, par conséquent, à ce que rien de ce qu’il dit ni fait ne puisse jamais être injustement imputé à la religion.

Pourtant, combien de propos tenus par certains musulmans sur l’islam, sans les connaissances requises, et combien d’actes commis dénués de toute compréhension de l’islam lui sont imputés ? Dieu nous met en garde contre le fait de Lui attribuer des propos injustement : « N’inventez pas par vos langues des mensonges, en disant “ceci est permis”, et “cela interdit” dans le dessein de mentir sur Dieu, car ceux qui mentent sur Dieu ne réussissent jamais » (s. 16, Les Abeilles, v. 116).

L’islam exhorte le musulman à être le meilleur ambassadeur de sa religion, envoyée sur Terre comme une miséricorde pour l’humanité tout entière. Ainsi Dieu lie-t-il la modération qui doit être celle de la communauté musulmane et sa retenue à son devoir de témoignage de la justice devant les hommes en disant : « C’est ainsi que Nous avons fait de vous une communauté du juste milieu afin que vous soyez les témoins des gens et que le Messager soit votre témoin » (s. 2, La Vache, v. 143).

2. L’islam interdit l’assassinat et l’attentat à la vie humaine. Les textes à ce sujet sont très nombreux. Parmi eux, il y a ce verset : « Et c’est pour cela que nous avons prescrit aux enfants d’Israël que quiconque tue une âme sans que ce soit pour une âme ou pour une corruption aura tué toute l’humanité et quiconque en garde une en vie aura gardé toute l’humanité en vie » (s. 5, La Table servie, v. 32). Il y a aussi ce hadith qui dit : « Le serviteur peut espérer demeurer dans les largesses de la religion, tant qu’il ne verse pas une goutte de sang, interdite » (recueilli par Al-Bukhari).

Il n’est pas juste d’opposer à ces textes et à ceux allant dans le même sens ceux qui autorisent le droit de légitime défense auquel une autorité légale et reconnue peut avoir recours en cas d’agression. Ces derniers n’établissent pas de règles quant aux relations que les musulmans doivent avoir entre eux et/ou avec les non-musulmans. La règle, en la matière, est celle qu’édicte le verset du chapitre Les Chambres : « Ô vous les hommes, Nous vous avons, assurément, créés en hommes et femmes et avons fait de vous des peuples et des tribus pour que vous fassiez mutuellement connaissance. Le meilleur parmi vous aux yeux de Dieu est le plus pieux » (s. 49, v. 13).

L’islam considère que ce qui doit caractériser les relations humaines, c’est la connaissance mutuelle et la paix. On ne peut donc pas opposer les versets les uns aux autres dans le seul but d’abroger d’autres versets coraniques coercitifs et des hadiths authentiques qui incitent à la bienséance, au vivre-ensemble et au dialogue.

3. La vie, de quelque personne que ce soit doit, être protégée, sur la base de l’anoblissement que Dieu a réservé aux hommes, et qui les recouvre tous (s. 17, Le Voyage nocturne, v. 13). Les enseignements islamiques ne font, à ce sujet, aucun distinguo entre un musulman et un non-musulman. Et ce, tant et si bien que le Prophète dit : « Quiconque tue une personne avec qui les musulmans ont un pacte ne sentira point l’odeur du paradis » (recueilli par Al-Bukhari).

4. Le musulman doit condamner toutes les injustices, quels qu’en soient les auteurs et quelles qu’en soient les victimes. Pour cette raison, il lui est demandé de les dénoncer et de défendre les sanctuaires de toutes les religions. Dans ce sens, Dieu dit : « Si Dieu ne protégeait pas certains humains par d’autres, il serait détruit des synagogues, des oratoires, des églises et des mosquées dans lesquels on cite le nom de Dieu à maintes reprises. Et Dieu secourra effectivement quiconque Le secourt. Il est assurément très Puissant et très Fort » (s. 22, Le Pèlerinage, v. 40). Aussi est-il recueilli du Prophète ceci : « Secours ton frère auteur ou victime d’injustice. » Un homme lui dit : « Je le secours quand il est victime d’injuste. Mais s’il en est auteur, comment puis-je le secourir ? » Il répondit : « En lui mettant des entraves à l’injustice ou en l’en empêchant. Ainsi le secours-tu » (recueilli par Al-Bukhari).

Comme il lui est prescrit de dénoncer ce qui arrive à ses frères, en religion, comme injustices, il est exigé de lui qu’il condamne toute injustice qui frappe tout humain. Le Prophète dit : « Craignez l’invocation d’une victime d’injustice, même non-croyante, car il n’y a aucun obstacle entre elle et Dieu » (recueilli par les imams Ahmad et Abu Ya’lâ).

5. S’il est entendu que l’on doit condamner l’injustice que subit toute victime, il l’est encore davantage si ce sont tes concitoyens qui en font les frais, car tu es des leurs et les accompagnes dans les moments de joie comme ceux de malheur. Et, de fait, les prophètes, nonobstant tout ce qu’ils ont subi de la part de leurs peuples, jamais ils n’ont cessé de rappeler les liens qui les liaient aux leurs.

Le Coran l’illustre à plus d’une reprise lorsqu’un prophète s’adresse aux siens (qui le combattent) par cette expression : « Ô mon peuple ». Et combien, par exemple, le Prophète était attaché à La Mecque, en dépit du rejet par ses habitants de son message ? Pourtant, une fois chassé d’elle, par amour pour elle il lui parle, comme on parle à un humain, et comme pour s’excuser de devoir la quitter, en ces termes : « Par Dieu tu es la meilleure terre de Dieu qui soit et celle que j’aime le plus. Et si tes habitants ne m’avaient pas expulsé de toi, jamais je ne t’aurais quittée » (recueilli par Ahmad, Al-Tirmidhi, Al-Nassa’i, Alhâkim, Ibn Mâjah et Al-Dârimi).

6. Notre attachement à la sécurité de notre pays et à la défense de tous ses citoyens et notre rejet de l’injustice et de toute agression ne doivent nullement nous empêcher d’exprimer nos idées en tant que citoyens, épris de justice, avec objectivité et impartialité, sur ce qui se passe dans le monde et au sujet des différentes politiques conduites dans notre pays, soucieux que ces dernières soient les plus proches possibles de la justice et de l’impartialité. Chose dans laquelle nous nous trouvons au même titre que le restant de nos concitoyens, animés des mêmes idéaux, en dépit des différences de croyances.

7. Nous devons comprendre que la sécurité est un des plus grands bienfaits qui soient. Dieu, dans le Coran, rappelle aux Mecquois ce cadeau infiniment énorme lorsqu’Il dit : « Alors qu’il adore le Seigneur de cette demeure qui les nourrit, après la faim, et les protégea de l’insécurité. » Comme le Prophète dit : « Celui qui se réveille en bonne santé, en sécurité, et en possession de sa subsistance quotidienne est comme celui qui a en sa possession tous les bienfaits du monde » (recueilli par Ibn Hibbâne).

Or la sauvegarde de la sécurité est l’affaire de tous. C’est ensemble que nous devons ou pouvons contrer quiconque veut ou voudra couler notre bateau commun, comme le mentionne un autre propos du Prophète.

8. Le devoir du musulman face à cette tragédie qui a endeuillé notre pays est de veiller à ce qui suit :

a. Chercher la science auprès des personnes qui la détiennent et aux bons endroits. Dieu dit : « Demandez alors aux gens du rappel (le savoir) si vous ne savez pas » (s. 21, Les Prophètes, v. 7). Faisant la glose de ce verset, al-Saadi dit : « Il y a dans ce verset l’ordre d’apprendre auprès des gens du savoir et de les interroger. Et, par là, il y a l’interdiction d’interroger celui qui est connu comme ignorant, pas formé. »

b. Éduquer nos enfants dans les principes de tolérance de l’islam, qui appellent au bien, à l’entraide, à la miséricorde et à l’amour d’autrui, à la paix, et proscrivent l’injustice et l’agression, ainsi que prendre en charge l’orientation de nos jeunes, le dialogue avec eux, afin de les protéger de toute idéologie extrémiste.

c. Enseigner les valeurs fondamentales de cette religion afin que notre pratique de la religion redonne à la communauté musulmane sa place du juste milieu, en répondant à l’injonction divine, qui veut que nous agissions ainsi (s. 2, La Vache, v. 143).

d. Œuvrer sans relâche à protéger le vivre-ensemble dans notre société, à la lumière de ce propos divin : « Aidez-vous dans le bien et la piété. Ne vous aidez point dans le pêché et l’agression. » Et le Prophète qui a établi la Constitution de Médine qui consacra le vivre-ensemble, l’égalité et la concitoyenneté dans cette cité est le meilleur exemple qui soit.

Puisse Dieu faire de nous des gens qui honorent les principes de leur religion, œuvrent pour la justice et font le bien à toutes les créatures.

Paris, le 18 novembre 2015.
Le Conseil théologique musulman de France (CTMF)





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