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Société

Nouvelle escalade islamophobe : sept tombes de soldats musulmans profanées à Tarascon

Rédigé par | Vendredi 7 Mai 2010

Sur les 128 tombes, dont 17 de soldats de confession musulmane, que compte le carré militaire du cimetière de Tarascon (Bouches-du-Rhône), sept ont été profanées. Une profanation explicitement anti-musulmane, qui crée la stupeur dans cette ville du Sud si tranquille. Une enquête judiciaire est d'ores et déjà engagée.



Nouvelle escalade islamophobe : sept tombes de soldats musulmans profanées à Tarascon
Dans ce département des Bouches-du-Rhône, une cinquantaine de kilomètres seulement les séparent. Ce dimanche 25 avril, tandis que la ville d’Istres découvrait avec horreur que la mosquée Ar-Rahma (« La Miséricorde ») avait été mitraillée d’une trentaine de balles dans la nuit du samedi au dimanche, la ville de Tarascon – qui a donné son nom au célèbre personnage Tartarin né sous la plume d’Alphonse Daudet – célébrait, quant à elle, une cérémonie au carré militaire du cimetière Saint-Lazare. Une 65e Journée du souvenir, durant laquelle hommes politiques, civils et militaires rendaient hommage aux soldats morts pour la France.

C’était sans compter la vague islamophobe qui allait se déverser, elle aussi, d’Istres à Tarascon, dix jours plus tard.

Alors que la France se prépare à commémorer le jour de l’armistice du 8 mai 1945, sept tombes musulmanes ont été profanées entre mercredi 5, 19 heures, et jeudi 6 mai, 17 heures, heure à laquelle l’alerte a été donnée. Les sept stèles ont été renversées, descellées et mises au sol, trois d’entre elles se sont cassées en tombant. Aucune inscription n’a cependant été relevée sur les lieux.

Le carré militaire comprend 128 tombes datant de la guerre de 1914-1918, dont 17 sont celles de soldats de confession musulmane, qui étaient venus à l’hôpital de Tarascon pour s’y faire soigner.

Les musulmans attendent des condamnations fermes de la part des politiques

Selon la commissaire Marie-Josèphe Mazel, dépêchée sur les lieux, « les premières tentatives destinées à effectuer des prélèvements ont été infructueuses et aucune trace n’a été retrouvée au sol », rapporte Le Midi libre. Toujours selon le quotidien, « une enquête judiciaire a déjà démarré », indiquait le sous-préfet Pierre Castoldi, « venu immédiatement sur place pour manifester mon émotion et notre solidarité envers la communauté musulmane ».

Le Conseil français du culte musulman (CFCM), par la voix de son président Mohammed Moussaoui, a immédiatement réagi, lequel « condamne fermement cet acte inqualifiable, expression d’un racisme odieux et insultant à l’égard de la mémoire de ces hommes qui sont morts pour la France et un outrage à la mémoire et aux valeurs de la République ».

Khalid Belkhadir, président du CRCM-PACA, se dit « révulsé par la profanation des sept stèles de soldats musulmans, tombés sur le champ d’honneur » et « choqué par cet outrage porté à la mémoire des soldats musulmans qui ont bravement et loyalement combattu pour la France ». Un « acte inqualifiable » qui « blesse profondément au cœur la communauté musulmane de la Région et le pays tout entier ».

Comme toujours, le CFCM « appelle les pouvoirs publics à mobiliser tous les services concernés afin que les auteurs de cette profanation soient identifiés au plus vite et que leurs actes soient traités avec la sévérité qui s'impose ».

Un appel que les musulmans souhaitent enfin être entendu mais qui les laisse pour le moins dubitatifs, tant la liste des profanations de tombes musulmanes ne cesse de s’allonger : cimetière militaire de Montjoie-Saint-Martin (Basse-Normandie), cimetière militaire de Notre-Dame-de-Lorette, à Ablain-Saint-Nazaire (Nord)…, sans oublier les profanations de mosquées qui s'égrènent mois après mois.

Le Collectif contre l'islamophobie en France (CCIF), constate, pour sa part que « les agressions à l’encontre des musulmans croissent au fur et à mesure que les discours de haine se banalisent. Les autorités et particulièrement le gouvernement actuel endossent une responsabilité particulière dans ce climat délétère qui domine notre pays ».

Pour l’heure, seul le ministre de la Défense, Hervé Morin, s’est exprimé. Par voie de communiqué, il fait part de sa « profonde indignation devant un acte ignoble et lâche ».

« Je m’incline devant la mémoire de ces soldats avec d’autant plus d’émotion que cet ultime outrage semble les avoir volontairement visés pour leurs croyances religieuses », poursuit-il. « Qu’ils croient au ciel ou qu’ils n’y croient pas, qu’ils soient Français par le sang reçu ou par le sang versé, mes pensées, à la veille de la commémoration du 8 mai 1945, vont à tous les combattants qui ont offert leur vie de manière humble ou éclatante pour que vivent une France et une Europe, libres, justes et généreuses », conclut-il.

Revenant sur le mitraillage de la mosquée d’Istres, dans son édito de Salamnews du mois de mai, Mohammed Colin, directeur de publication, rappelle que « ce n’est pas un hasard si les lieux (de culte) sont régulièrement pris pour cibles par des groupuscules fascistes. Il faut dire que ces derniers sont habités par un sentiment d’impunité ».

« Il ne saurait en être autrement, explique-t-il, puisque les musulmans sont, à longueur de temps, présentés dans l’espace politique et médiatique comme le problème numéro un de la société française. » « L’État doit siffler la fin de la récré pour ces groupuscules », prévient Mohammed Colin, « car, demain, ce seront non pas seulement des murs mitraillés, mais aussi des corps perforés… »

En espérant que de tels drames ne surviennent jamais, le CRCM-PACA et le CFCM « face à la lâcheté de cette nouvelle agression » commise à Tarascon, appellent « toutes les forces vives de la nation, les représentants de l’État et les élus de la République » à participer à une cérémonie de recueillement, au cimetière militaire de Tarascon, le dimanche 9 mai, à 17 h 30.








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