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Société

Morts pour la France... leurs tombes sont profanées

Le CRCM Basse-Normandie porte plainte

Rédigé par Hanan Ben Rhouma | Vendredi 23 Octobre 2009

Les tombes de huit soldats marocains tués pendant la Seconde Guerre mondiale ont été profanées dans la nuit du mercredi 21 octobre à Montjoie-Saint-Martin, une commune du sud de la Manche (Nord). Indigné, le Conseil régional du culte musulman a décidé de porter plainte, a-t-on appris ce jeudi 22 octobre.



Le monument en mémoire des soldats marocains tombés pour la France à Montjoie-Saint-Martin, théâtre de profanations dans la nuit du mardi au mercredi 21 octobre.
Le monument en mémoire des soldats marocains tombés pour la France à Montjoie-Saint-Martin, théâtre de profanations dans la nuit du mardi au mercredi 21 octobre.
Montjoie-Saint-Martin est une commune du sud de la Manche d'ordinaire calme. Située en Basse-Normandie, cette ville ne compte que 270 habitants. Pourtant, le carré musulman du cimetière communal a été profané dans la nuit du mardi au mercredi 21 octobre.

Chacune des huit tombes était couvertes de tags figurant des symboles nazis, des croix gammées ou la lettre H qui caractérise le nom de famille d'Adolf Hitler. Les deux tombes de soldats français de ce même carré militaire n’ont, pour leur part, pas été dégradées.

Fait particulier, le carré musulman de la commune abrite les sépultures de huit soldats marocains de la 2e division blindée du général Leclerc, celle-là même qui a participé à la libération de Paris, en août 1944, et de Strasbourg, en novembre de la même année. Ces soldats ont été tués pendant les combats en Normandie. Un monument, sur lequel sont inscrits leurs noms, a d'ailleurs été érigé en 1999, en hommage à ces « indigènes » morts pour la France.

Sans attendre, la mairie de Montjoie-Saint-Martin a d'ores et déjà déposé plainte. Joint par Saphirnews, le président du Conseil régional du culte musulman (CRCM) de Basse-Normandie, Khalid Mounir, a été surpris par cette mauvaise nouvelle et assure qu’il se rendra bientôt sur les lieux afin de connaître l’identité des personnes inhumées et d’honorer leur mémoire.

« Ni l’administration ni les autorités locales n’ont pris la peine de m’informer ou d’informer le CFCM de cet acte grave », déclare-t-il, déconcerté. Malgré tout, « le CRCM, en accord avec le CFCM, dépose plainte auprès du procureur de la République » pour que ces agissements ne restent « pas impunis », annonce-t-il à Saphirnews.

Les oubliés de la République

Le constat est clair pour M. Khalid. « En France, il y a de plus en plus d’islamophobie. Dans certains discours politiques comme ceux des commémorations du débarquement en Normandie, on oublie qu’il y a des musulmans qui se sont battus pour la France. Ils ont été victimes de la colonisation mais ils ont participé à la libération du pays, à sa reconstruction et à son développement. Pourtant, beaucoup considèrent quand même les musulmans comme des arrivistes qui sont là juste pour profiter du système », déplore le président du CRCM.

Mais l’acte islamophobe de Montjoie-Saint-Martin n’est pas le premier dans la région.
« Des mosquées des départements de l’Orne et du Calvados ont été couverts de tags racistes voilà deux ou trois ans. Des plaintes ont été déposées mais je m’étonne que la police n’ait jamais contacté les associations en charge de ces lieux de culte. Aucune enquête sérieuse n’avait été menée », poursuit-il, estimant que les musulmans sont toujours « les derniers dans leurs droits » face à des actes racistes. Ce qui ne l’empêche pas d’espérer, pour cette fois, que toute la lumière soit faite autour de cette affaire.

Les profanations, signes d’une islamophobie grimpante

Comme pour la profanation du cimetière militaire de Notre-Dame-de-Lorette, près d’Arras, en décembre 2008, ce fait divers est arrivé aux oreilles des plus hautes instances de l’État. Nicolas Sarkozy a condamné, jeudi 22 octobre, « avec la plus grande fermeté » la profanation et a demandé, via un communiqué de l’Élysée, « aux services de police et à la Justice de tout mettre en œuvre pour retrouver les auteurs de ce geste inqualifiable et de les sanctionner sévèrement ».

Quant à SOS Racisme, qui a décidé de porter plainte contre X, il a dénoncé dans un communiqué « une attaque insupportable contre la République » et demandé que « tous les moyens soient mis pour appréhender les auteurs ». Selon les gendarmes, Les auteurs de ces actes encourent une peine de trois ans de prison ferme et 45 000 euros d'amende.


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