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Points de vue

Macron : le triomphe de la pensée unique et de l’ultraconformisme

Rédigé par Alain Gabon | Mercredi 7 Juin 2017



Macron : le triomphe de la pensée unique et de l’ultraconformisme
Il n’aura pas fallu plus de deux semaines depuis son élection du 7 mai pour que l’illusion Macron commence déjà sérieusement à se dissiper, révélant la réalité du phénomène EM : du vieux emballé dans du neuf, de la pensée unique ultraconformiste derrière la sémantique de l’« innovation », que les têtes parlantes du PAF nous assènent depuis des mois.

Certains comme Thomas Guénolé et Michel Onfray avaient dès le départ perçu que derrière la hype insensée dont il bénéficiait, Emmanuel Macron était non pas un agent anti-système mais, au contraire, un pantin de ce système, entre banal « serviteur de l’État maastrichtien », candidat du CAC 40, et poupée gonflable du capital mondialisé.

Macron, entend-on chaque jour depuis des mois, serait un « novateur » absolu, un génie qui aurait « réinventé la politique », un « dynamiteur » qui « casserait tous les codes », un être « atypique » qui « chamboule » tout sur son passage. Un vrai rebelle, quoi !

Jugeons-en donc sur pièces.

● Son programme ?

→ Essentiellement une continuation du sarko-hollandisme.

À une poignée d’exceptions près, Macron s’est engagé soit à maintenir, soit à conforter les dizaines de mesures majeures prises par son prédécesseur et ancien patron dans les domaines économiques, sociaux, militaires ou culturels : loi travail, CICE, transparence et moralisation de la vie publique, non-cumul des mandats, réduction du nucléaire, état d’urgence, interventions au Mali, en Irak et en Syrie, mariage pour tous et on en passe. Dans tous ces domaines, Macron suit Hollande.

● Sa ligne politico-idéologique ?

→ La vieille orthodoxie juppéo-sarko-lagardo-hollando-strausskhanienne usée jusqu’à la corde mais que lui et ses chantres du PAF nous présentent comme l’aube d’une ère nouvelle.

« Réformer la France », « assouplir le droit du travail » pour « aider les entreprises à embaucher », « adapter notre législation aux mutations en cours », « encourager l’initiative individuelle et la création d’entreprises », combattre les « rigidités » et « excès de règlementation » qui « bloquent » la « mobilité du marché du travail », mettre en place une « fiscalité favorable aux investisseurs », « réduire la dépense publique » ainsi que les impôts sur les sociétés, supprimer des postes de fonctionnaires, faire preuve de « sérieux budgétaire » et ainsi de suite.

Novateur ? Il s’agit de bout en bout de la vieille pensée et politique unique qui domine toutes les politiques de droite comme de gauche depuis Thatcher, Reagan et la conversion des socialistes aux logiques du marché depuis 1983.

L’euro, l’Europe, le marché, l’individu, l’entreprise, la compétitivité, etc. Voilà qui frappe en effet par son originalité révolutionnaire !

Loin d’être atypique, Macron n’est que le plus petit dénominateur commun de tout ce qui s’est dit et fait en politique depuis 50 ans, de Giscard à Juppé et Sarkozy, du duo DSK-Lagarde à Hollande, et de Blair à Schroeder. Le degré zéro de la pensée politique, mais avec un look à la (sous) Justin Trudeau, histoire de faire jeune et nouveau.

● Sa politique internationale, peut-être ?

→ Là aussi, orthodoxe et ultraconventionnelle à en pleurer.

D’ailleurs, sa première visite fut, bien évidemment, pour Angela Merkel. Quel iconoclaste, ce Macron !

● Ses positions sur le Moyen-Orient, le terrorisme, l’état d’urgence, le conflit israélo-palestinien, les interventions militaires françaises, l’Europe, la crise des réfugiés, etc. ?

→ Un festival de platitudes, de clichés et de vacuités destinées à ménager la chèvre et le chou et à surtout ne rien changer dans la politique française. Il suffit d’écouter ou de lire Macron dans le texte pour voir que, mis à part sa compréhension de la laïcité et de l’islam nettement plus saine que celles de ses prédécesseurs, il n’est dans tous ces domaines qu’un suiviste sans pensée ni imagination ni audace.

● Sa « politique autrement » ?

→ Il aura suffi de quelques jours pour que son « mouvement » se transforme en parti politique et que Macron donne le spectacle quotidien des habituels renvois d’ascenseur, récompenses aux copains énarques et soutiens de la première heure, compromis, « politique politicienne » (ménager Valls, El Khomry et de possibles futurs alliés) et tractations électoralistes qui sont le banal lot quotidien de tout parti .

● Sa « moralisation de la vie publique » ?

→ On voit à quel point elle est sincère dans le cas Richard Ferrand (sa compagne, son ex-femme, son fils, lui-même), le déni qui l’accompagne, le silence assourdissant de messieurs Macron et Bayrou (qui se tait depuis le début de cette affaire), le choix d’un Premier ministre ouvertement opposé à la transparence des revenus des élus, et ainsi de suite.

Mais surtout, ces pratiques de vases communicants public-privé, partout présentes dans ce gouvernement. À peine constitué, ce gouvernement est déjà saturé de conflits d’intérêts. Oh, comme tout cela rappelle Fillon…

● Le double plan communication « diversité » et « société civile » ?

→ Une grosse opération de marketing politique dont on a depuis pu vérifier le côté mystificateur, puisque la plupart des membres du gouvernement labellisés « société civile » se sont en fait, après examen, révélés être des proches du pouvoir et des cabinets ministériels. Comme toujours, il semble qu’il y a tromperie sur la marchandise.

Jusque dans sa vision gestionnaire du gouvernement (très new management), l’uniformité de classe qui apparaît dans son entourage d’énarques, de « technos », de hauts fonctionnaires et de managers, le choix des symboles (l’hymne européen, la Pyramide du Louvre, descendre les Champs-Élysées en jeep militaire) ou son mépris de classe (révélatrice répartie sur le costard aux ouvriers en grève…) : dans tous ces domaines, Macron reste platement typique de son milieu.

● Son parcours personnel ?

→ Non pas un itinéraire hors-norme contrairement à ce que l’on tente de nous faire croire mais, au contraire, une trajectoire pur produit du sérail et du système, de tous les systèmes : écoles, Ena, inspecteur des finances, banquier d’affaires. Comme il est désormais bien connu, sa carrière politique doit tout à ses multiples parrains et sponsors, eux aussi tous des produits du sérail et piliers du système (Attali, Minc, Sarkozy, Valls, Hollande…), qui tous l’ont introduit, promu, protégé. Un véritable « outsider », en effet !

L’unique originalité de Macron aura en fait été de trahir ceux (Valls et Hollande) qui l’auront placé là où il put les trahir en allant jouer perso.

On comprend mieux les raisons du succès d’EM et de sa popularité auprès de tout ce que la planète compte d’élites (politiques, économiques, médiatiques, culturelles) et de dominants : celle-ci est due non pas à son originalité mais au contraire à son absence totale d’originalité qui en fait le parfait représentant du consensus mondialisé ambiant et de tous les pouvoirs dominants.

Car, avec lui, ils savent qu’ils peuvent dormir sur leurs deux oreilles et que ce n’est pas sa pseudo « révolution » qui bouleversera quoi que ce soit pour eux. Bien au contraire !

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Alain Gabon, professeur des universités aux États-Unis, dirige le programme de français à Virginia Wesleyan University (université affiliée à l’Église méthodiste de John Wesley), où il est maître de conférences. Il est l’auteur de nombreux articles sur la France contemporaine et la culture française.






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