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Société

Lycée Averroès : contre les accusations, une double plainte déposée

Rédigé par Leila Belghiti | Samedi 14 Février 2015



Lycée Averroès : contre les accusations, une double plainte déposée
Le temps maussade ne les aura pas empêché de répondre à l'appel du lycée Averroès. La grande salle polyvalente était bondée vendredi 13 février au soir. Profs, parents, élèves, tous étaient réunis pour exprimer un sentiment inattendu de communion, à « J+7 » de l'affaire Zitouni qui a secoué le premier établissement musulman de France.

La prise de parole de l'avocat du lycée en charge du procès, Me Hakim Chergui, était des plus attendues. Invoquant des preuves et les multiples contraventions à la loi dans le comportement du professeur incriminé, il se dit « très confiant » et tente de rassurer l'assemblée, qui propose de se porter partie civile à travers l'association des parents d'élèves d'Averroès.

Une double plainte a déjà été déposée. L'une au pénal, pour diffamation, l'autre à l'administratif, visant à le radier de l'Éducation nationale. « Son ''islam éclairé'' lui a permis de trahir tout un établissement qui l'a respecté et lui a fait de la place », ironise le directeur, Hassan Oufker. « Eh bien, qu'il nous laisse dans nos ténèbres qui nous permettent d'être honnêtes et consciencieux dans notre travail ! ».

Antisémitisme : une note compromettante

« Comment oser nous traiter d'antisémites alors que nous et les juifs sommes frères ! », s'insurge, un brin amusé, un parent d'élève, rappelant la filiation du prophète Abraham, figure commune des trois grandes religions. « Si j'avais senti ici ne serait-ce qu'un soupçon d'antisémitisme, il y a longtemps que je serais parti », confie Michel Soussan, conseiller pédagogique et ex-inspecteur.

Répliquant aux attaques d'antisémitismes de son ancien professeur, l'établissement a mis en ligne sur la première page de son site une note de son ancien professeur accompagnant la vidéo de la conférence compromettante, où on le voit encadrer un débat avec un rabbin et son collègue d'éthique musulmane.

« Une bien belle rencontre que celle entre "Rav" Yona Ghertman, auteur de livres sur le judaïsme et administrateur du site des études juives, et Sofiane Meziani, notre professeur de culture musulmane. M. Ghertman a orienté son intervention dans le sens d’une découverte du judaïsme, de ses fondements théologiques ainsi que de ses pratiques cultuelles. M. Meziani quant à lui a mis l’accent sur les points communs entre judaïsme et islam, et tout particulièrement sur le fait que pour ces deux religions, la raison et la foi sont compatibles et peuvent se nourrir l’une l’autre, comme l’a démontré le grand théologien andalou et juif du Moyen Âge, Maïmonide. Les nombreuses questions de nos élèves ont ensuite donné un certain relief au débat. Gageons alors que cette rencontre fraternelle entre judaïsme et islam au lycée Averroès a pu apporter de la lumière des deux côtés. S. Zitouni, professeur de philosophie »

Une pétition en ligne baptisée « Avec Averroès » a récolté en trois jours plus de 3 800 signatures. « Nous espérons que les enquêtes judiciaire et administrative répareront l'honneur du lycée Averroès et de ses acteurs impactés par cette affaire », lit-on.

Victime de son succès ?

Ouvert en 2003, le lycée Averroès est le pionnier des établissements musulmans de France. Sur une trentaine d'écoles à caractère musulman, il est le seul sous contrat d'association avec l'État. Les inspections de l'Éducation nationale y sont très régulières. Un enseignement strict des programmes de l'éducation nationale, avec une touche de spiritualité islamique pour qui le souhaite, à travers l'option « éthique », voilà ce qui fait sa particularité. Mais pas seulement : ses excellents résultats lui ont valu d'être hissé au tout premier rang des établissements de France en 2013.

Dans cette affaire, « le lycée est victime de son succès », analyse un membre de la direction, « on ne tire pas sur une ambulance ! ». Évoquant le comportement de ses élèves, Sophie, professeur d'espagnol, se dit « épatée » : « même si je ne suis pas musulmane, je suis très fière d'être dans ce lycée. »

Une cellule psychologique pourrait être mise en place la semaine prochaine dans l'établissement. La plainte étant en cours, une première audience est déjà prévue le 3 avril, selon l'avocat. Ébranlé par la tempête médiatique de cette affaire, le lycée ne souhaite plus recevoir de journalistes. Une seule préoccupation désormais pour Averroès : cap sur le baccalauréat. Après la pluie, le beau temps ?





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