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Religions

Les organisations musulmanes unies pour un « Manifeste citoyen des musulmans de France »

Rédigé par | Samedi 28 Novembre 2015



Dimanche 29 novembre se réunit l'ensemble des fédérations musulmanes de France à l'institut du monde arabe pour un "rassemblement citoyen", au cours duquel le ministre de l'Intérieur s'adressera pour la première fois spécifiquement aux musulmans deux semaines après les attentats de Paris et de Saint-Denis.
Dimanche 29 novembre se réunit l'ensemble des fédérations musulmanes de France à l'institut du monde arabe pour un "rassemblement citoyen", au cours duquel le ministre de l'Intérieur s'adressera pour la première fois spécifiquement aux musulmans deux semaines après les attentats de Paris et de Saint-Denis.
Deux jours après l’hommage national rendu par le chef de l’État aux 130 victimes des attentats de Paris et de Saint-Denis, le Conseil français du culte musulman (CFCM) organise un « rassemblement citoyen des musulmans de France » à l’Institut du monde arabe (IMA), dimanche 29 novembre.

« Lors d’événements tragiques comme ceux de janvier dernier ou ceux de novembre, on reproche toujours que les musulmans ne s’expriment pas assez », explique Anouar Kbibech, président du CFCM. « Nous avons voulu réunir l’ensemble des fédérations musulmanes et leurs membres (recteurs de mosquées, responsables associatifs, aumôniers…) non pour un colloque ni un séminaire de travail, mais plutôt pour un appel unitaire et solennel. »

À cet effet, un « manifeste citoyen des musulmans de France », comprenant une dizaine d’engagements sera proclamé et signé par l’ensemble des organisations musulmanes. Objectif : affirmer haut et fort « l’attachement des Français de confession musulmane à leur citoyenneté et à leur pays », tout en condamnant sur la base des principes de l’islam la violence et le terrorisme et en proposant « des actions concrètes pour prévenir la radicalisation des jeunes ».

Une loyauté des musulmans toujours à prouver…

Au risque de se répéter ad vitam aeternam, la condamnation des actes terroristes n’a cessé d’être exprimée, que ce soit par voie de communiqués ou lors de sermons du vendredi. Une semaine après les attentats, la plupart des fédérations se sont évertuées à rédiger un prêche à ce sujet et à le diffuser auprès de leurs mosquées affiliées : pour dénoncer inlassablement la barbarie de Daesh (UMF), et en rappelant que l’islam interdit l’assassinat et l’attentat à la vie humaine au nom du verset coranique bien connu « Qui tue un être humain tue toute l’humanité ».

De même, des propositions contre la radicalisation ont déjà été émises depuis belle lurette. Anouar Kbibech lui-même, également président du Rassemblement des musulmans de France, listait à l’issue du colloque du RMF sur la radicalisation en octobre 2014 ‒ qui inaugurait une série d’autres conférences régionales sur le même thème en 2015 ‒ un ensemble de préconisations : « former les imams, aumôniers, éducateurs pour promouvoir les valeurs du juste milieu de l’islam, en dotant ces acteurs de l’argumentaire théologique nécessaire pour faire face à l’argumentaire des jihadistes » ; « faire entrer ces acteurs de la transmission dans l’ère numérique » ; « créer des espaces d’échanges entre imams, aumôniers, éducateurs pour partager des expériences et capitaliser les solutions des uns et des autres » ; « mettre en place dans les mosquées et associations des cellules d’écoute des jeunes et des chefs de famille »

L’Union des musulmans de France (UMF), concurrente du RMF, tout juste créée fin 2013, démarrait son activité 2014 sur des rencontres régionales consacrées entièrement à la question du radicalisme. Là encore, des préconisations au cours de ces états généraux sur la radicalisation ont été formulées : le prêche du vendredi qui doit faire l’objet d’un « travail collégial digne des défis auxquels sont confrontés les musulmans de France » ou encore la « coopération entre imams et professionnels de la communication » pour que la transmission religieuse investisse Internet, vecteur jusqu’ici privilégié par les plus radicaux.

Enfin, pour ceux qui douteraient encore de la loyauté des musulmans à l’égard de la France, le CFCM, alors sous la présidence de Dalil Boubakeur, recteur de la Grande Mosquée de Paris, publiait en 2014 la Convention citoyenne des musulmans de France pour le vivre-ensemble. Un document de 15 pages, destiné à être distribué à l’ensemble des mosquées de France et à servir de verbatim aux responsables cultuels, mais surtout à rassurer l’opinion publique et les élites politiques. Dans l’article 9 consacré « au radicalisme, à l’extrémisme et à la violence », on y lit par exemple que « les menées politiques, idéologiques ou activistes, instrumentalisant (…) le religieux, ne peuvent que dénaturer le message et la vie des musulmans de France, soucieux avant tout de s’intégrer à la société française dont ils font pleinement partie ». Qu’on se le dise !

Les organisations musulmanes unies pour un « Manifeste citoyen des musulmans de France »

Des interventions variées

La journée de dimanche 29 novembre à l’IMA comprendra deux tables rondes. La première convie six imams pour affirmer et démontrer que « le terrorisme n’a pas de religion ».

Outre cinq grandes mosquées (Évry, Lyon, Mantes-la-Jolie, Saint-Denis de La Réunion et Marseille), la deuxième table ronde sous la bannière « Agir ensemble contre le terrorisme » réunit ‒ fait assez exceptionnel pour être relevé ‒ quasi toutes les fédérations musulmanes de France : le Comité de coordination des musulmans turcs de France (CCMTF), la Confédération islamique Milli Görüs (CIMG France), la Fédération française des associations islamiques d’Afrique, des Comores et des Antilles (FFAIACA), la Fédération nationale de la Grande Mosquée de Paris (FNGMP), la Fédération nationale des musulmans de France (FNMF), la Fédération Tabligh al Dawa Il Allah, le Rassemblement des musulmans de France (RMF), l’Union des mosquées de France (UMF) et l’Union des organisations islamiques de France (UOIF).

On note également les interventions de François Clavairoly, président de la Fédération protestante de France mais également de la Conférence des représentants des cultes en France (CRCF), de Gilles Clavreul, délégué interministériel à la lutte contre le racisme et l'antisémitisme (DILCRA), et de Radia Bakkouch, nouvelle présidente de l’association Coexister.

Un discours de Bernard Cazeneuve à l’adresse des musulmans

Le rassemblement sera clôturé par un discours du ministre de l’Intérieur, Bernard Cazeneuve, qui s’adressera pour la première fois directement aux musulmans après les attentats du 13 novembre et devant une assemblée encore bien plus nombreuse que celle qui se trouvait à l’instance de dialogue avec l’islam organisée en juin en guise de resserrage de liens avec la deuxième religion de France dans un contexte post-Charlie.

Un discours très attendu d’autant que des perquisitions plus que musclées ont déjà eu lieu dans des lieux de culte, des commerces et au domicile de personnes dont le tort serait sans doute d’être des « musulmans visibles » et que tout un chacun étant susceptible d’être fiché S le risque est grand de voir la société virer à l’islamoparanoïa tombant sous le chant des sirènes du tout-sécuritaire.





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