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Economie

Le gaspillage n’est pas halal !

Rédigé par Maria Magassa-Konaté | Mercredi 24 Octobre 2012

Guillaume Garot s’en va en guerre. Le ministre délégué à l'Agroalimentaire a annoncé, dimanche 21 octobre, en marge du Salon international des professionnels de l’agroalimentaire (SIAL), le lancement d’une campagne pour lutter contre le gaspillage alimentaire. Une initiative qui devrait être bien accueillie par les musulmans, sensibles à ce message.



Le gaspillage n’est pas halal !
« Chaque Français jette de 20 à 30 kilos de nourriture chaque année, dont 7 kilos d'aliments encore sous emballage », a pointé du doigt Guillaume Garot, dimanche 21 octobre, lors du lancement du SIAL, le plus grand salon alimentaire du monde, qui accueille le public jusqu’au jeudi 25 octobre à Villepinte, près de Paris.

« C'est un enjeu de pouvoir d'achat puisque la perte due au gaspillage est estimée à 500 euros par an par foyer », a précisé le ministre délégué à l'Agroalimentaire. Lutter contre ce gaspillage devenait donc primordial, afin de « s'engager concrètement contre les dérives de la société de surconsommation », a estimé M. Garot qui a décidé de déployer une campagne nationale contre le gâchis alimentaire.

150 kilos gaspillés par personne

Ce combat contre le gaspillage ne sera pas de tout repos, car gaspiller est devenu une habitude. Eh oui, qui peut se targuer de toujours terminer son assiette et de ne jamais jeter à la poubelle des denrées périmées, oubliées au fond de son réfrigérateur ?

Sur l'ensemble de la chaîne alimentaire, ce sont 150 kilos qui sont gaspillés par an et par personne en France, rappelle ainsi M. Garot. Un chiffre qui serait toutefois un peu meilleur que la moyenne européenne, selon lui. Il faut dire que le gaspillage est une tare mondiale.

« On estime qu’à l’échelle de la planète un tiers des aliments produits pour la consommation humaine est perdu ou gaspillé. Selon la FAO (l’Organisation des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture), ces pertes concernent environ 1,3 milliard de tonnes de denrées alimentaires par an », peut-on lire sur le site Internet Gaspillagealimentaire.fr du ministère de l’Agriculture. Alors qu’en 2010-2012, la sous-alimentation chronique touche encore près de 870 millions dans le monde selon l'Organisation des Nations unies pour l'alimentation et l'agriculture (FAO), ce gâchis fait bondir.

Des invendus pour les associations

Pour lutter contre le gaspillage, à l’échelle de la France, Guillaume Garot a prévu un plan comprenant cinq actions visant la grande distribution, les industriels, les associations mais aussi les consommateurs. L’objectif est clair : diviser par deux le gaspillage d'ici à 2025.

« Je veux créer une dynamique avec les associations de solidarité, les commerçants − je pense à Casino, Monoprix ou Système U − les industriels et les marchés d’intérêt, notamment le MIN de Rungis, et les cantines », a annoncé le ministre. Le but est de « faciliter la récupération des invendus par les associations ». « Sept grands marchés d’intérêt national (MIN), dont celui de Rungis » ont déjà signé des contrats dans ce sens et « l’opération sera généralisée aux 22 MIN en 2013 », informe M. Garot.

La vente des produits à l'unité sera aussi développée, a promis le ministre. « Aujourd’hui, si vous achetez deux produits dans le cadre d’une promo, vous partez avec un troisième gratuit, qui risque de se périmer. Demain, le magasin proposera au client d’emporter son lot plus tard », a-t-il ajouté.

Pour faire face à la péremption, il indique par ailleurs que les produits seront retirés des rayons, bien avant leur date de fin, « pour mieux les distribuer vers l’aide alimentaire » dans un souci de « sécurité sanitaire ». Des opérations pilotes dans des collèges en Dordogne sont également programmées afin d’apprendre aux élèves à ajuster leurs « portions alimentaires ».

Quant au site Internet, Gaspillagealimentaire.fr, il permettra de véhiculer les bonnes pratiques à l’ensemble des Français. Une campagne de sensibilisation suivra en janvier. Elle « sera traitée sur le mode de l’humour, pour ne culpabiliser personne », précise le ministre.

L’excès banni dans la religion musulmane

Cette campagne contre le gaspillage devrait trouver son écho auprès de la population française qui est majoritairement préoccupée par ce problème. Un sondage TNS Sofres publié dimanche 21 octobre révèle ainsi que, pour 54 % des Français, cette lutte est importante et 57 % disent en discuter avec leur entourage.

Les musulmans y sont d’autant plus sensibles car, pour eux, éviter le gaspillage est une manière d’affirmer leur gratitude envers Dieu. En effet, dans le Coran, le croyant musulman est invité à faire preuve de modération et à éviter tout excès. Cela vaut pour la nourriture mais aussi pour tous les autres biens qu’il reçoit de Dieu. La surabondance est bannie.

Lors des deux fêtes musulmanes, l’Aïd el-Fitr et l’Aïd al-Adha, le musulman doit aussi veiller à ne pas faire de gâchis, tout comme durant le Ramadan, bien que ce principe n'est pas toujours respecté.

Pour veiller à ne pas gaspiller, l'islam appelle aussi au partage et à la solidarité. Ainsi, le croyant, qui devra débourser une somme importante pour l’achat d’un mouton lors de l’Aïd al-Adha, se doit de partager, comme chaque année, la bête sacrifiée avec les plus démunis. Le partage est au cœur de cette fête qui rend hommage à la dévotion d’Abraham pour Dieu.

A l'image de leur prophète, les musulmans se doivent de respecter la Nature pour signifier leur dévotion au Créateur. Limiter le gaspillage alimentaire qui a des conséquences néfastes sur la planète est donc impératif.






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