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Monde

Le barreau de Paris reporte son voyage décrié à Jérusalem : retour sur la polémique

Rédigé par Hanan Ben Rhouma | Mercredi 19 Novembre 2014

Près de 300 avocats parisiens étaient invités à se rendre à Jérusalem du 20 au 23 novembre dans le cadre d'un voyage présenté comme œcuménique. Cependant, une rencontre programmée avec les autorités israéliennes a fait bondir des avocats qui ont refusé de participer au séjour, y voyant là un voyage politique qu'ils ne sauraient cautionner à l'heure où Israël durcit sa politique d'occupation à l'encontre des Palestiniens, y compris à Jérusalem. Le lien étroit entre des organisateurs du voyage et des groupes défendant l'action gouvernementale israélienne en France n'est pas étranger au choix de la rencontre, comme le démontre Saphirnews.



Le barreau de Paris reporte son voyage décrié à Jérusalem : retour sur la polémique
« Le barreau de Paris montre l’exemple. » Tel est le nom d’une association du barreau de Paris qui projetait d’organiser un voyage de trois jours à Jérusalem du jeudi 20 au dimanche 23 novembre. Projetait car les organisateurs ont décidé, la veille du départ, et après avoir pris en compte l’avis du Quai d’Orsay, de reporter le séjour auquel devait participer 275 avocats parisiens.

« Le message qu’ils souhaitaient porter était celui de la tolérance, en tant que valeur fondamentale du barreau. Des visites symboliques avaient été prévues avec les plus hautes autorités. Malheureusement, la situation d’insécurité et de violence s’est tellement dégradée à Jérusalem qu’il est devenu impossible d’assurer la sécurité du groupe et de maintenir les différentes manifestations », a-t-on justifié.

« Une sage décision du bâtonnier de Paris » Pierre-Olivier Sur, pour Hacen Boukhelifa, qui avait dénoncé ce voyage auquel l’avocat franco-algérien a refusé de participer. Outre l’insécurité régnant dans la ville trois fois sainte, « je ne saurai en effet cautionner, par ma présence, un voyage qui, de toute évidence, au-delà de l’aspect officiellement religieux avancé, rompe d’une part avec l’équilibre qui doit prévaloir dans cette région du monde et, d’autre part, apporte en réalité un soutien inconditionnel au gouvernement d’Israël et donc à sa politique vis-à-vis des Palestiniens, ce que je ne peux accepter », a-t-il signifié le 17 novembre.

Hacen Boukhelifa
Hacen Boukhelifa

Une instrumentalisation des avocats par Israël refusée

Ce voyage, présenté comme une occasion de dialoguer autour des trois grandes religions monothéistes, avait en effet pour point d’étape une rencontre officielle avec le Consul de France à Jérusalem ainsi qu’avec les plus hautes autorités de l'Etat d'Israël, Benjamin Netanyahou en tête. C’est bien ce point du programme qui a dérangé plusieurs avocats du barreau, dont Hacen Boukhelifa, « qui ne veulent en aucun cas être instrumentalisés par le gouvernement israélien ».

Hacen Boukhelifa avait pointé « la nécessité, puisqu’il est prévu de rencontrer les plus hautes autorités de l’Etat d’Israël, de rencontrer également les plus hautes autorités Palestiniennes à Ramallah ». Une requête restée lettre morte du bâtonnier de Paris. Seule la réponse - insuffisante - d’un confrère est parvenue à Hacen Boukhelifa à la suite de sa prise de position ferme. « Il s’agit d’un voyage à Jérusalem, ville des trois religions et non d’un voyage politique. (...) S’il est prévu un jour prochain un voyage à Ramallah, en Jordanie ou ailleurs, je viendrai bien volontiers ; d’ailleurs, pourquoi n’en prendriez-vous pas l’initiative ? », lui a répondu Rémi-Pierre Drai, omettant, à tout le moins, que Jérusalem est une capitale disputée par les deux parties. Une forme de non reconnaissance de la réalité palestinienne de la ville est ainsi actée.

Ariel Goldman (à g.) et Serge Hoffman
Ariel Goldman (à g.) et Serge Hoffman

Des soutiens inconditionnels d'Israël à la manoeuvre

Officiellement, l’association « Le barreau de Paris montre l’exemple », parrainée par l’Ordre des avocats, « s’est donné pour but de diffuser les valeurs qui nous sont les plus précieuses : la tolérance, le sens du dialogue et du partage, la reconnaissance de nos différences qui s’expriment dans la confraternité, qui nous lie ».

A sa tête, Serge Hoffman. La proximité de cet ancien membre du conseil de l'Ordre des avocats avec le Conseil représentatif des institutions juives de France (CRIF), non soulignée jusqu'à présent, permet de comprendre en partie l'intégration, dans le programme, d’une rencontre avec les autorités israéliennes seules, qui fait prendre à ce voyage un caractère hautement politique. Serge Hoffman a été élu en décembre 2013 au Comité directeur du CRIF avec 15 autres personnes, dont le député franco-israélien Meyer Habib. Il est aussi président du comité des Juristes au sein de l'Appel unifié juif de France (AUJF) selon le site officiel de l'organisation. Celle-ci se présente comme l'organe central de collecte de la communauté juive de France qui soutient, « en France et en Israël, des programmes sociaux et éducatifs » et est, sans surprise, un soutien inconditionnel de l'Etat hébreu. Son président est Ariel Goldman qui se trouve être... un des organisateurs du voyage à Jérusalem.

Cette relation avec le CRIF, qui a dernièrement appelé les députés français à ne pas reconnaître la Palestine, et l'AUJF n'est mentionnée nulle part dans le cadre du voyage mais elle vient apporter une clé de compréhension à cette affaire. La polémique n'est pas tout à fait close pour le moment. Les organisateurs n'ont en effet pas pris la décision d'annuler le voyage dont la suite qui lui sera donné sera surveillée de près.





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